Luxembourg, 23/07/2015 (Agence Europe) - Les ministres de l'Environnement des Vingt-huit sont unanimes à considérer que les futurs objectifs mondiaux de développement durable (ODD), qui devront être adoptés à New York, au sommet de l'ONU (25-27 septembre), offrent une opportunité à saisir pour relancer la politique environnementale de l'UE, actuellement mise à mal.
Ils l'ont dit à l'occasion d'un échange de vues sur le volet environnemental des ODD, qui a mis un accent particulier sur la biodiversité toujours menacée en Europe et sur la révision à mi-parcours de la stratégie de l'UE à l'horizon 2020 - un exercice en cours dont la Présidence luxembourgeoise espère toujours qu' il pourra faire l'objet de conclusions ambitieuses du Conseil en décembre au plus tard.
« Les ministres estiment que les ODD sont un défi autant qu'une opportunité pour élaborer une politique plus cohérente et plus équitable. Ils veulent que l'UE assure le leadership dans la mise en oeuvre des ODD. Ces objectifs sont un outil pour renforcer les politiques environnementales européennes », a déclaré Carole Dieschbourg, présidente du Conseil Environnement, jeudi 23 juillet, en résumant les lignes de force du débat, à l'issue de cette réunion informelle. Et d'ajouter: « Les ODD vont confronter nos politiques à la réalité: mettre en oeuvre les ODD dans l'UE signifie que l'environnement doit rester en bonne place sur l'agenda et doit être intégré dans les autres politiques ».
Un large consensus s'est dégagé sur trois points: - les ODD sont à la fois une opportunité et un défi pour élaborer des politiques plus durables, équitables et cohérentes tant au niveau international qu'à l'échelle de l'UE ; - l'UE doit faire preuve de leadership dans la mise en oeuvre des aspects environnementaux des ODD ; - l'adoption d'objectifs universels d'éradication de la pauvreté et de développement durable à l'automne constituera une étape décisive sur la voie de la conférence climatique de Paris car ils contiennent un volet 'Climat' et que le changement climatique affecte tout particulièrement, et le plus durement, les populations pauvres et vulnérables des pays en développement.
Pour plusieurs délégations, les ODD offrent en outre un moyen de remédier à l'incohérence des politiques de l'UE. Au-delà du devoir de cohérence des politiques au service du développement, inscrit dans le Traité de l'UE, ces délégations ont souligné qu'on ne peut, d'un côté, saluer la perspective des ODD futurs et, de l'autre, créer dans l'UE de l'incertitude: incertitude pour l'économie circulaire, par le retrait de la proposition qui était sur la table, et possible incertitude juridique pour la protection de la biodiversité, en menaçant de diluer les directives de protection de la nature (Habitats et Oiseaux) à l'issue du 'bilan de santé' en cours en vue de 'mieux légiférer'.
C'est, là aussi, une question de cohérence - ont fait valoir les ministres - et un signal fort adressé à la Commission européenne pour qu'elle donne à l'UE les moyens de ses ambitions. L'Allemagne, appuyée notamment par l'Autriche et la République tchèque, a été la plus virulente pour défendre les acquis, jugés très précieux, des directives 'Habitats' et 'Oiseaux'. L ONG Birdlife a tenu le même discours en présentant aux ministres, lors du déjeuner de mercredi, son rapport publié le 2 juin en vue de l'examen à mi-parcours de la stratégie européenne de la biodiversité (EUROPE 11326).
Sans s'attarder sur ces questions, Karmenu Vella, commissaire européen à l'Environnement, a simplement reconnu que « de mauvaises politiques peuvent empêcher la réalisation des objectifs de développement durable ». Il a également souligné la nécessité de discuter, dans le cadre de l'ONU, du fossé qui sépare les ambitions des approches nationales, européennes et internationales des ODD.
Achim Steiner, directeur exécutif du programme des Nations Unies pour l'Environnement, qui a participé au débat, a estimé que « les ODD devraient être une partie de l'ADN des progrès de l'UE». Il a fait état de questionnements en cours à l'ONU sur le nombre élevé d'ODD et la difficulté de leur mise en oeuvre future, mais, selon lui, les ODD sont complexes et les instruments de leur mise en oeuvre doivent refléter une certaine complexité.
Pour guider le débat, la Présidence luxembourgeoise avait invité les ministres à répondre aux questions suivantes: comment les politiques européennes de l'environnement peuvent-elles contribuer au mieux à la réalisation des ODD ? Comment la cohérence des politiques de l'UE peut-elle être renforcée pour optimiser la contribution de l'UE à la réalisation des ODD en interne et à l'échelle mondiale ? Quels mécanismes de gouvernance devraient être envisagés pour soutenir une mise en oeuvre efficace à l'échelle de l'UE et des États membres ? Dans la perspective de la révision à mi-parcours de la stratégie de l'UE pour la biodiversité à l'horizon 2020, comment le programme post-2015 peut-il contribuer à ce que soient atteints les objectifs en matière de biodiversité au niveau national et mondial ? (Aminata Niang)