Bruxelles, 25/06/2015 (Agence Europe) - Le vice-chef de la Mission spéciale de surveillance de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) en Ukraine, Alexander Hug, a expliqué à EUROPE la détérioration de la situation en Ukraine depuis quelques semaines. 380 observateurs de la mission travaillent actuellement dans l'est du pays. (Propos recueillis par Camille-Cerise Gessant)
Agence Europe - Pouvez-vous nous décrire la situation dans l'est de l'Ukraine?
Alexander Hug - Nous avons assisté depuis fin avril-début mai à une détérioration de la situation. Cela s'est manifesté de nombreuses façons différentes.
Nous avons vu une augmentation de l'utilisation d'armes lourdes comparativement à la période précédente, y compris de systèmes lance-roquettes multiples et la réapparition en première ligne d'armes lourdes provenant de l'arrière où elles étaient précédemment stockées. En même temps, en tant que conséquences possibles de cet usage d'armes lourdes, nous avons assisté à une augmentation du nombre de blessés et de morts parmi les civils et les combattants.
Nous avons également constaté une augmentation des fortifications des deux côtés, y compris avec des champs de mines le long de la ligne de contact. En conséquence, les civils ont des difficultés pour passer du territoire contrôlé par le gouvernement à celui non contrôlé par le gouvernement et inversement. Et il n'y a pas que les civils qui ne peuvent pas passer. Il y a aussi l'aide, et des services qui ne peuvent pas être fournis le long de la ligne de contact. L'eau et le gaz sont régulièrement coupés et des villes ou quartiers restent sans eau pendant plusieurs jours.
Nous voyons aussi augmenter les attaques contre la mission.
En outre, alors que pour une longue période il y avait seulement deux points chauds le long de la ligne de contact - l'aéroport et ses alentours et le village de Shyrokyne dans le sud, - maintenant ces points se sont multipliés tout au long de la ligne de contact dans des endroits qui sont restés très calmes pendant longtemps.
Vous avez dit que la situation était dangereuse pour les membres de la mission, pouvez-vous développer ?
Le risque avec l'augmentation des combats est d'être pris dans des feux croisés. Là où le conflit passe, il y a des bombes non explosées, des champs de mines, qui deviennent plus fréquents et plus nombreux, et qui sont une menace pour nos membres civils. Dans certains endroits, en particulier la zone frontalière, les forces rebelles ne nous permettent pas l'accès à la zone en nous menaçant de leurs fusils ou en utilisant l'excuse que nous ne disposons pas des autorisations appropriées pour aller dans la zone (la mission n'a pas besoin d'autorisation, ndlr). Il y a des restrictions que nous nous imposons (pour des raisons de sécurité, ndlr) ou qui nous sont imposées. Ces 15 derniers mois, personne de la mission n'a été blessé ni tué.
Combien de violations du cessez-le-feu avez-vous constaté depuis la mise en oeuvre du paquet des accords de Minsk en février?
Nous ne les comptons pas, mais elles sont nombreuses. Les deux parties (séparatistes pro-russes et forces gouvernementales, ndlr) ne respectent pas le cessez-le-feu, ne respectent pas le retrait des armes lourdes et ont fait très peu sur les autres mesures de l'accord du 12 février.
Que pouvons-nous faire pour que l'accord de Minsk soit vraiment mis en oeuvre ?
Il y a un certain nombre de choses qui doivent être faites ou réalisées. La première chose, la mission numéro 1 dans le paquet de Minsk, est le cessez-le-feu. Il devrait être la préoccupation dominante pour tout le monde. Mais, dans le même temps, il n'est possible que si les parties rétablissent la confiance entre elles. Le renforcement de la confiance est très important. La plateforme et la discussion de Minsk sont une tentative de rapprocher les parties autour de la table et de se parler plutôt que de tirer les uns sur les autres. Et le fait que les parties se parlent effectivement à Minsk devrait être salué par tout le monde. Il n'y a aucune autre plateforme où les parties peuvent se parler pour le moment.
La deuxième étape, après le cessez-le-feu, est d'avoir d'autres résultats tangibles (...) y compris le plein retrait des armes, et de faire en sorte qu'elles ne soient pas seulement retirées, mais qu'elles le soient définitivement.
L'OSCE travaille également sur des cessez-le-feu localisés, pouvez-vous expliquer ?
Nous avons réussi à faciliter des cessez-le-feu localisés, en réunissant différents commandants et en convenant de cessez-le-feu localisés qui permettent, par exemple, de réparer le système d'adduction d'eau, le déminage, l'accès à l'aide humanitaire. Cela montre que les parties ne peuvent pas le faire par elles-mêmes, et ont besoin de quelqu'un entre elles. L'OSCE joue ce rôle de facilitateur de dialogue, comme c'est inscrit dans son mandat.
Le gouvernement ukrainien demande le déploiement d'une mission PSDC de l'UE à l'est de ses frontières. Qu'en pensez-vous ?
Notre mission coopère avec l'Union européenne à de nombreux niveaux, avec la mission existante de l'UE en Ukraine, à Bruxelles et à Vienne (où est basée l'OSCE, ndlr). La coopération est très étroite et très bonne. Le soutien financier de l'UE est très important, elle a déjà contribué à hauteur de 18 millions d'euros à cette mission et 2/3 de ses membres proviennent d'États membres de l'UE. Nous bénéficions également d'autres contributions telles que des véhicules blindés, des images satellite fournies par la France et l'Allemagne et, plus récemment, par l'UE.
Maintenant, toute initiative supplémentaire en Ukraine est la bienvenue, pourvu qu'elle apporte son soutien à l'Ukraine et à l'intégrité territoriale et la souveraineté du pays. Comment mettre cela en place doit être évalué dans cette perspective.