Bruxelles, 25/06/2015 (Agence Europe) - L'exposition à long terme des consommateurs au chlorate dans les aliments, surtout dans l'eau potable, est un risque potentiel pour la santé des enfants - en particulier les enfants qui présentent une carence légère ou modérée en iode, puisqu'au fil du temps l'exposition au chlorate peut inhiber l'absorption de l'iode-, mais nul besoin de revoir les doses journalières tolérables (DJT), selon un avis scientifique publié par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) mercredi 24 juin.
Même en considérant les niveaux les plus élevés estimés de ce composé chimique, les experts scientifiques de l'EFSA jugent improbable que l'apport total d'une seule journée dépasse le niveau recommandé pour les consommateurs de tous les groupes d'âge.
Cet avis scientifique sur les risques chroniques et aigus pour la santé publique liés à une exposition alimentaire au chlorate, y compris dans l'eau potable, avait été sollicité par la Commission européenne pour guider les décisions à prendre dans l'UE à l'heure où la Commission et les États membres réexaminent les mesures en vigueur pour limiter l'exposition des consommateurs au chlorate dans les aliments.
Eau, fruits, légumes et surgelés. L'eau de boisson est la principale source de chlorate dans le régime alimentaire, pouvant contribuer jusqu'à 60% de l'exposition chronique pour les nourrissons. Le chlorate peut être présent dans la nourriture suite à l'utilisation d'eau chlorée pour la transformation des aliments ou pour la désinfection des équipements de traitement des aliments. Les fruits et les légumes sont les catégories d'aliments les plus touchées. Et au sein de chaque catégorie d'aliments, ce sont les variétés surgelées qui présentent souvent les niveaux de chlorate les plus élevés. Ces taux dépendent probablement de la quantité de chlorate dans l'eau chlorée utilisée pour le traitement des aliments, souligne l'EFSA.
Exposition chronique. Selon l'EFSA, les estimations les plus élevées de l'exposition chronique pour les nourrissons, les enfants en bas âge et les autres enfants (jusqu'à 10 ans) se situent au-dessus de la dose journalière tolérable (DJT) de 3 microgrammes par kg (µg/kg) de poids corporel par jour fixée par l'EFSA. Cela montre la préoccupation pour tous les enfants présentant une carence en iode légère ou modérée.
Exposition aiguë. L'évaluation de l'EFSA a montré que les estimations les plus élevées de l'exposition alimentaire aiguë pour tous les groupes d'âge étaient inférieures au niveau de consommation « sûr» pour un apport quotidien (ou « dose de référence aiguë ») de chlorate de 36 µg/kg de poids corporel par jour, recommandé par l'EFSA. Si cette dose de référence aiguë a été fixée, c'est parce qu'un apport élevé de chlorate sur une seule journée est potentiellement toxique pour l'homme, étant donné qu'il peut limiter la capacité du sang à absorber l'oxygène et entraîner ainsi une insuffisance rénale.
L'EFSA avait par ailleurs été invitée par la Commission à évaluer l'impact sur l'exposition alimentaire d'une application, à tous les aliments visés par la législation de l'UE, du niveau indicatif recommandé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour le chlorate dans l'eau (0,7 milligrammes par kilogramme). Les experts ont estimé que si 0, 7 mg/kg était fixé comme le niveau maximum dans les aliments pour évaluer l'exposition alimentaire au chlorate (hors produits alimentaires et eau contenant du chlorate au-dessus de ce niveau), l'exposition ne diminuerait que légèrement et que, par conséquent, cela ne modifierait pas le risque potentiel. Selon le scénario - peu probable, selon eux - où les niveaux de chlorate dans tous les aliments et dans l'eau potable seraient égaux à 0,7 mg/kg, ils estiment que l'exposition alimentaire se situerait significativement au-dessus des niveaux actuels. Ils invoquent toutefois des lacunes dans les données disponibles (pour partie en raison de la durée limitée dont ils ont disposé pour l'évaluation) pour conclure que l'impact des incertitudes scientifiques sur l'évaluation du risque est important.
L'évaluation des risques pour l'élaboration de cet avis scientifique a été réalisée par l'EFSA en étroite coopération avec l'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques (BfR). L'EFSA précise qu'elle n'a pas examiné l'impact des résidus de chlorate sur la sécurité microbiologique des aliments, ses experts s'étant limités aux seuls aspects toxicologiques. (Aminata Niang)