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Bulletin Quotidien Europe N° 11343
CONSEIL EUROPÉEN / (ae) jai

Accord dans la douleur sur la relocalisation de 40 000 migrants

Bruxelles, 26/06/2015 (Agence Europe) - Un accouchement long et douloureux. C'est après plusieurs heures de discussions que les chef d'État ou de gouvernement, réunis jeudi 25 juin au soir à Bruxelles, ont fini par s'entendre sur la répartition entre leur pays de 40 000 migrants en besoin de protection internationale ainsi que sur la réinstallation de 20 000 réfugiés actuellement abrités dans les pays tiers.

Les responsables européens n'ont toutefois pas été capables à ce stade de préciser les modalités de cet accord et ont confié aux ministres de l'Intérieur la tâche de chiffrer cet engagement au cours du mois de juillet, lequel devra « soulager » l'Italie de 24 000 migrants sur les deux ans à venir, et la Grèce de 16 000.

Comme l'avait indiqué le président du Conseil européen, Donald Tusk, à l'entame de la réunion, l'idée des quotas obligatoires de répartition des 40 000 demandeurs d'asile n'a pas obtenu le soutien nécessaire et les États membres préfèrent un mécanisme essentiellement volontaire. L'idée a aussi été acquise que la Bulgarie et la Hongrie feront l'objet d'un traitement spécifique, compte tenu des pressions migratoires auxquelles ces deux pays sont confrontés. Ces deux pays devraient ainsi avoir le droit de prendre un nombre moins important de migrants que les autres.

D'ici à la fin juillet, c'est à chaque État membre qu'il reviendra ainsi de faire connaître son engagement national chiffré, l'astuce étant de conserver cet objectif de 40 000, tout en ne précisant pas la méthode pour y arriver. Ces engagements chiffrés devraient être insérés dans une annexe à la décision du Conseil de l'UE et être approuvés par consensus, a expliqué une source.

L'UE pas à la hauteur, selon M. Juncker

Lors de la conférence de presse à l'issue de la réunion, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a souligné que « le caractère obligatoire ou volontaire de la répartition importe peu », l'essentiel restant d'obtenir cet engagement sur 40 000 personnes. Mais, M. Juncker a déploré le fait que cela ait pris des heures et que les discussions se soient « vautrées » dans ce débat de méthode (obligatoire/volontaire) et dans l'idéologie. « Il s'agit de personnes. Et à vrai dire, donner une perspective de vie à 60 000 personnes est un effort qui est somme toute modeste », a-t-il insisté. « Que nous mettions des heures à nous mettre d'accord prouve à l'évidence que l'UE n'est pas à la hauteur des ambitions qu'elle déclame », a-t-il déploré, en espérant que les objectifs définis seront bel et bien remplis.

De son côté, M. Tusk a surtout pris soin de souligner l'importance des mesures de retour et de réadmission des migrants illégaux, ainsi que l'identification et l'enregistrement des migrants arrivant dans l'UE. Il n'a évoqué qu'en dernier lieu le principe de solidarité et l'accord sur les 40 000 personnes. Plusieurs sources avaient fait état au cours de la soirée de vives tensions entre le président du Conseil et de la Commission, et même d'un affrontement sur la base légale de la proposition. Des tensions que les deux hommes ont toutefois démenties par la suite.

Pour le Premier ministre italien, Matteo Renzi, qui aurait lui aussi critiqué vertement ses collègues pendant la réunion, cet accord « constitue un premier pas vers une politique européenne », a-t-il dit à l'issue de la réunion. Selon lui, « les principes (du règlement de) Dublin font désormais partie du passé. Le présent, ce sont des valeurs communes ». « S'il n'y avait pas eu de solidarité face à un si petit nombre (de 40 000 migrants), on se serait moqué de l'Europe », a-t-il affirmé.

« La répartition des migrants sur la base du volontariat ou pas est une question très sensible », a concédé la Chancelière allemande, Angela Merkel, pour expliquer la longueur des débats. « Cela a été long parce que ces questions sont particulièrement délicates dans tous les pays », a, de son côté, commenté le Président français, François Hollande. « Parce que si le volontariat, c'est ' je ne préfère ne rien faire', ce n'est pas une conception qui peut être acceptée. Et si l'obligation, c'est avec des chiffres qui peuvent être contestés, ce n'est pas la méthode. C'est pour cela que j'avais récusé l'idée de quotas », a-t-il ajouté, avant de reconnaître que « la discussion a connu quelques moments de tension, (mais que) c'est bien légitime ». (Solenn Paulic avec EH, CG, AN, PH)

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