Bruxelles, 08/05/2015 (Agence Europe) - Satisfait à Bruxelles à l'issue de la 9ème session du Conseil d'association UE/Algérie, jeudi 4 juin, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a brusquement changé de ton à son retour à Alger.
« L'Algérie recadre ses relations avec l'UE pour plus de respect mutuel et d'équilibre d'intérêts », rapporte la presse du pays, qui cite les propos du ministre, en réponse aux inquiétudes manifestées par l'UE sur l'état politique du pays (EUROPE 11329).
Malgré la prudence mise par l'UE dans l'expression de ses critiques, le ministre les rejette sans autre forme de procès. La presse du pays le décrit comme « catégorique sur la question du respect mutuel, en affirmant que cette notion doit plus que jamais être mise en avant. ». Pour le ministre, « l'association n'élimine pas la souveraineté». « Nous n'acceptons pas les tendances intrusives. (…) Nous respectons notre partenaire et nous demandons - et même nous exigeons - qu'il respecte notre souveraineté », a-t-il ajouté.
Ces critiques à l'UE, formulées par le ministre sitôt de retour à Alger, sont allées plus loin que les reproches adressés à l'Algérie au sujet du respect des droits humains. Elles ont porté sur l'exercice en cours de révision de la politique européenne de voisinage (PEV) et dénoncé « l'exercice stérile de classification des pays en catégories suivant le degré d'acceptation des directives européennes ». L'Algérie demande surtout à « faire valoir les avantages comparatifs » et, en particulier, que l'on tienne compte de ses atouts spécifiques, pétroliers, gaziers et en tant que partenaire dans la sécurité régionale. « Notre propre stabilité est déjà une contribution à la stabilité de l'Europe. Cela ne se quantifie pas», a-t-il fait valoir. Et d'ajouter: l'Algérie est « un exportateur net de stabilité et veut être appréciée à sa juste valeur ».
M. Lamamra a rejeté l'idée d'installer en Algérie une base de drones dans le cadre de l'opération navale lancée par l'UE en mai dernier pour combattre le trafic de migrants en Méditerranée, selon les sources algériennes.
Au plan strictement économique, le ministre affirme tirer un « bilan négatif » de l'accord d'association. « L'Algérie a donné plus qu'elle n'a reçu », dénonçant les obstacles au développement des ventes algériennes vers l'UE: les « barrières tarifaires et non tarifaires, la baisse des investissements européens en Algérie, la réduction des parts de la Sonatrach (la société nationale des hydrocarbures, Ndlr.) dans le marché gazier européen ». Enfin, le ministre s'inquiète de savoir que l'UE vise à diversifier ses sources d'approvisionnement en gaz, une approche déclinée par l'idée d'installer une centrale d'achat de gaz et d'une plateforme euro-méditerranéenne de l'énergie. « Ces deux projets soulèvent des questions qu'il faut résoudre dans le cadre du dialogue économique avec le partenaire européen », a estimé M. Lamamra.
Il note aussi « la faiblesse de la dotation financière allouée à l'Algérie au titre de la programmation budgétaire 2014-2017 » qui ne serait pas « à la mesure des objectifs ambitieux » fixés. (Fathi B'Chir)