login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 11330
Sommaire Publication complète Par article 29 / 34
CONSEIL DE L'EUROPE / (ae) droits de l'homme

La situation en Azerbaïdjan est « inacceptable », selon A. Brasseur

Strasbourg, 08/06/2015 (Agence Europe) - À la veille de l'ouverture des Jeux olympiques européens qui se tiendront à Bakou du 12 au 28 juin, la présidente de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), Anne Brasseur, dénonce les violations des droits de l'homme en Azerbaïdjan, membre du Conseil de l'Europe (COE) (propos recueillis par Véronique Leblanc).

Agence Europe: Quel est votre état d'esprit à quelques jours de l'ouverture des Jeux de Bakou ?

Anne Brasseur: Cette première édition de jeux européens est une bonne chose pour les athlètes. Tout comme les Jeux des petits États d'Europe, cette formule leur permet de se mesurer à 'ce qui est mesurable' et j'y suis d'autant plus sensible que je suis luxembourgeoise. Il s'agit d'un tremplin. C'est une bonne idée, y compris pour l'idée européenne, et les Azéris ont démontré qu'ils étaient de bons organisateurs.

Mais il ne faut pas oublier les innombrables violations des droits de l'homme dans ce pays. S'il ne faut pas que le sport fasse de la politique, il ne faut pas que la politique abuse du sport pour faire de la politique.

Appelez-vous au boycott des cérémonies d'ouverture par les leaders européens ?

Cela a été évoqué. Je ne pense pas que cela soit possible car cela punirait les sportifs qui ont tout fait pour se qualifier. Mais ce serait un geste fort si certaines personnalités refusaient de participer à la cérémonie.

Vous-mêmes, vous y rendrez vous ?

Je n'ai pas été invitée ! Peut-être parce que les autorités azerbaïdjanaises savaient que je déclinerais…

Vos relations sont tendues avec Bakou ?

Dans une interview parue en avril, le président de la délégation azerbaïdjanaise à l'APCE a déclaré que je n'étais pas soutenue par l'institution et que je ne serais de toute façon pas réélue.

Autorités que vous connaissez, notamment pour avoir travaillé avec elles lors de la présidence azerbaïdjanaise du comité des ministres du COE qui s'est tenue de mai à novembre 2014…

À l'orée de cette présidence, lors de la réunion de la Commission permanente à Bakou, j'avais dit qu'il s'agissait d'une occasion à saisir pour accélérer les réformes. À terme, les arrestations se sont multipliées.

Dont celles de Tofig Yagublu et Ilgar Mammadov que vous êtes allés voir en prison…

Oui, et j'ai dû énormément insister. Ces deux défenseurs des droits de l'homme ont été condamnés respectivement à 5 et 7 ans d'emprisonnement pour avoir été les 'instigateurs' d'une manifestation dont, jusqu'à preuve du contraire, ils n'ont été que les observateurs. Et, quand bien même l'accusation serait fondée, la peine est disproportionnée.

Comment les avez-vous trouvés ?

Je ne connaissais pas Tofig Yagublu, mais je connais très bien Ilgar Mammadov qui était directeur de l'École d'Études politiques du COE à Bakou. Personnellement, je l'ai trouvé dans une grande souffrance psychologique. J'ai vu un homme brisé. Les recours qui avaient été introduits lors de sa détention préventive devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) ont été tranchés en sa faveur et ont pris acte d'une instruction non conforme aux droits de la défense. Mais ces décisions sont restées lettre morte. La détention a été maintenue, le procès a eu lieu, il a fait l'objet d'un appel qui a confirmé la peine de 7 ans.

Qu'en est-il de la journaliste d'investigation Khadija Ismayilova ?

Je l'avais rencontrée en juin et elle craignait une arrestation à son retour à Bakou. Cela n'a pas été le cas. Mais elle a été appréhendée quelques mois plus tard au motif d'avoir… poussé son compagnon au suicide. Elle est en détention préventive et des charges telles que la fraude fiscale se sont ajoutées à la première.

Les défenseurs des droits de l'homme et les journalistes sont-ils les premières cibles du régime ?

Les ONG doivent remplir un tas de critères et introduire des demandes. Celles-ci sont systématiquement rejetées. Au bout de 5 ou 6 refus, les gens se découragent, mais continuent de travailler dans une 'illégalité forcée' qui permet au gouvernement de les accuser de malversations financières lorsqu'elles reçoivent des fonds de l'étranger. Le problème est systémique.

Vous en avez parlé au président Aliyev ?

À trois reprises. Il me répond que ces prisonniers ont enfreint le droit commun. Je lui ai rétorqué que je serais fort étonnée que tous les défenseurs des droits de l'homme en Azerbaïdjan - dont la plupart travaillent avec le COE - soient des criminels. Je lui ai répété que ce qui se passait était inacceptable.

Ces rencontres sont restées sans résultats ?

Effectivement. C'est vrai qu'il y a des grâces en Azerbaïdjan, mais elles concernent surtout les jeunes blogueurs. Et il faut savoir qu'elles impliquent que le condamné reconnaisse ses torts et aille s'incliner devant la tombe du précédent président, à savoir le père de l'actuel. Certains s'y refusent et on le comprend.

Que faut-il faire alors dans le cadre des jeux de Bakou ?

Parler, dénoncer les violations des droits de l'homme dans ce pays. Niels Muiznieks, notre commissaire aux droits de l'homme, l'a fait et je le fais aussi. Début mai, j'ai également écrit à Patrick Hickey, président du Comité olympique européen en lui demandant de rencontrer 'Human Rights Watch' afin de discuter des droits de l'homme en Azerbaïdjan. J'estime que ce serait la moindre des choses au regard de la Charte olympique qui place le sport 'au service du développement harmonieux de l'humanité pour promouvoir une société pacifiste et préserver le respect de la vie humaine'. On est loin du compte avec la tenue des jeux de Bakou

La voix du COE a-t-elle un poids dans ce contexte ?

Elle est plus importante que jamais à l'heure où les principes, qui sont à la base de nos démocraties, sont de plus en plus menacés. Notre institution a été créée pour les défendre, il faut qu'elle se fasse entendre.

L'adhésion de l'Union européenne à la CEDH serait-elle un pas important ?

Incontestablement. Pour l'heure, la Commission européenne analyse la décision de la Cour européenne de justice de décembre 2014 (EUROPE 11229 et 11221). Nous verrons… Une rencontre du comité des présidents de l'APCE est programmée avec le président du Parlement européen, Martin Schulz, et ses présidents de groupes politiques le 11 septembre prochain.

 

Sommaire

ACTION EXTÉRIEURE
POLITIQUES SECTORIELLES
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
INSTITUTIONNEL
SPORT - JEUNES
CONSEIL DE L'EUROPE
BRÈVES
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE