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Bulletin Quotidien Europe N° 11330
Sommaire Publication complète Par article 34 / 34
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1097

*** PABLO IGLESIAS-RODRIGUEZ (sous la dir. de): Building Responsive and Responsible Financial Regulators in the Aftermath of the Global Financial Crisis. Intersentia (31 Groenstraat, B-2640 Mortsel. Tél.: (32-3) 6801550 - Courriel: mail@intersentia.be - Internet: http://www.intersentia.com ). 2015, 273 p., 75 €, 53,90 £, 81,92 $. ISBN 978-1-78068-179-5.

Voici un livre qui devrait être lu, relu et médité par tous ceux que préoccupe l'état de santé du monde de la finance. Oeuvre d'économistes, de juristes, de politologues et de sociologues mêlant activités académiques et pratiques, il plonge au coeur des défaillances qui ont entaché l'action des structures ayant pour mission de veiller au bon fonctionnement du secteur de la finance. La crise majeure entamée en 2007 témoigne du fait que les régulateurs et superviseurs des marchés et institutions financiers n'ont pas été à la hauteur. Les dispositions qui ont été arrêtées dans l'urgence pour rectifier le tir tant que faire se pouvait sont aussi venues confirmer que les différentes autorités chargées de la réglementation et de la supervision financières avaient failli.

C'est à cerner les raisons de ces défaillances et à juger de la pertinence des améliorations décidées dans le feu de l'action par les responsables politiques européens, américains et canadiens que sont consacrées les dix contributions de très haut vol réunies dans cet ouvrage. Dès son chapitre introductif, le chercheur Pablo Iglesias-Rodriguez (Faculté de droit de l'Université VU d'Amsterdam) explique que les autorités chargées de la régulation et de la supervision ont péché en deux domaines essentiels pour assurer leur légitimité, à savoir « la réactivité et la responsabilité ». Il explique ensuite en quoi les mécanismes de responsabilisation qui ont été le point commun des différentes réformes mises en chantier peuvent conduire à une nette amélioration de la manière dont le monde financier pourrait se voir obligé, à l'avenir, de rester un tant soit peu dans les clous. Ce sont différents concepts ayant à participer à la bonne gouvernance des institutions chargées de la supervision des marchés financiers, à savoir la responsabilisation et l'indépendance, ainsi que les effets de deux hypothèses économiques (celle du marché efficace et celle des anticipations rationnelles, qui sont analysés dans la première partie de l'ouvrage.

La deuxième partie est, elle, entièrement consacrée aux réformes adoptées dans l'urgence. Une place importante est dévolue aux dispositions arrêtées dans le cadre de l'Union européenne. Ainsi, le sociologue Nicholas Dorn analyse les mécanismes d'Union bancaire adoptées dans le cadre de ce qu'il présente comme une « cascade réglementaire », jugeant qu'ils ne sont pas sans ambiguïté sur un plan démocratique. Pour leur part, Carmine Di Noia and Matteo Gargantini s'intéressent spécifiquement au cas de l'Autorité européenne des marchés financiers créée en 2010 et, en particulier, à l'influence qu'y jouissent les parties financières directement concernées. Enfin, Guillaume Prache, patron de la Fédération européenne des utilisateurs de services financiers, constate que le dispositif mis en place au sein de l'Union présente encore d'importantes asymétries favorables aux représentants de l'industrie financière. Les autres contributions, pas moins fouillées et intéressantes, concernent les dispositions mises en oeuvre aux États-Unis et dans un pays préservé par la crise, le Canada.

Pierre Bouvier

*** LUDO CORNELIS (sous la dir. de): Finance and Law: Twins in Trouble. Intersentia (voir coordonnées supra). 2015, 327 p., 55 €, 39,23 £, 60 $. ISBN 978-1-78068-172-6.

Les institutions, mécanismes ou instruments du droit privé ont-ils, tels qu'ils existaient, contribué à la crise financière et économique amorcée en 2007 ? Le droit privé dispose-t-il d'institutions, de mécanismes et/ou d'instruments qui auraient pu empêcher la genèse d'une crise de cette nature ? Dans l'affirmative, pourquoi n'y sont-ils pas parvenus ? Est-il nécessaire d'adapter ces différents moyens, voire même d'en créer de nouveaux afin d'améliorer l'impact du droit privé sur les événements qui pourraient conduire à une nouvelle crise financière et économique ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles des experts belges ont voulu apporter des réponses en constituant un groupe de travail qui a préparé une conférence organisée voici deux ans et dont ce livre est l'aboutissement final. En clair, précise Michel Flamée, ancien vice-président de l'Autorité de surveillance financière belge et ex-président de l'Association internationale des contrôleurs d'assurances, la véritable question était de savoir « si les règles juridiques font défaut, si elles n'ont pas été correctement appliquées, voire même si elles ont contribué à déclencher ou aggraver la crise ». Il est très vite apparu aux auteurs que la crise née en 2007 ne devait « pas seulement être attribuée à une défaillance du droit public, mais aussi du droit privé ». C'est ce que mettent notamment en lumière des contributions qui s'intéressent à différents aspects de la scène financière et de l'économie, mais aussi au droit de la famille en ce que celui-ci peut notamment concerner les revenus et les actifs au niveau familial. Ainsi que le résume le Pr. Ludo Cornelis (Vrij Universiteit Brussel), il résulte notamment des regards portés dans cet ouvrage sur l'ordre public, la spéculation, les swaps de défaut de crédit et les taux d'intérêt que « les problèmes juridiques rencontrés (en droit public et privé) ne sont pas simplement liés à, mais sont entièrement déterminés par l'organisation politique, sociale et économique, celle-ci devenant un système disponible propre à une société à un moment donné ».

(PBo)

*** GEORGE KASSIMATIS: Le statut inhumain de l'emprunt de la Grèce. L'expérience grecque, un problème européen aux dimensions mondiales. Éditions Livanis (98 Solonos, GR-10680 Athènes. Tél.: (30-210) 3661200 - fax: 3617791 - Courriel: webmaster@livanis.gr - Internet: http://www.livanis.gr ). 2015, 328 p., 18,88 €. ISBN 978-960-14-2919-9.

Depuis le début de la crise, le peuple grec est la victime de manipulations et d'une violence psychologique permanente qui, avec la complicité agissante des médias, engendre la peur et un climat « d'opposition systémique ». Du coup, les Grecs en sont arrivés à nourrir un sentiment aigu - voir même un complexe - de culpabilité qui les amène à penser que tout est de leur faute… Il y a eu aussi dissimulation totale des conséquences sociales du régime inhumain qui est imposé à la population et des réactions de désespoir que celui-ci induit. En réalité, toutes les institutions actives au sein de la démocratie grecque, de la totalité de la presse à la justice en passant par les syndicats, ont contribué à ce désastre social et sociétal. C'est ce que le Pr. George Kassimatis dénonce et analyse dans ce livre. Aujourd'hui âgé de 84 ans, ce professeur émérite de droit à l'Université d'Athènes, où il a enseigné le droit constitutionnel et les systèmes politiques, y note qu'il est particulièrement important - non seulement pour la Grèce mais aussi pour l'avenir de l'Europe - de se préoccuper de cette manipulation du pouvoir politique du pays par des forces extérieures, tant il est patent que les acteurs politiques et économiques grecs sont totalement dépendants des institutions financières internationales. L'auteur observe aussi le développement de la « corruption politique », lui qui passe en revue les diverses façons de manipuler les dirigeants politiques, hommes d'affaires, scientifiques et autres grandes personnalités. Pour le Pr. Kassimatis, le régime actuellement imposé à la Grèce affecte l'Europe toute entière et doit, par conséquent, être abrogé au plus vite. En tout état de cause, il reste convaincu que la Grèce dispose d'armes puissantes pour s'en sortir. Son ouvrage est ponctué par des annexes explicatives en anglais et en grec.

(AKa)

*** COSTAS LAPAVITSAS: Un programme radical pour la Grèce et la périphérie de la zone euro. Editions Livanis (voir coordonnées supra). 2015, 112 p., 10 €. ISBN 978-960-14-2874-1.

Après cinq années de mémorandums, la Grèce se retrouve piégée avec des taux de croissance très faibles et un chômage extrêmement élevé, sans disposer des instruments de politique économique requis pour lui permettre de corriger le tir avec efficacité. Les bas salaires, la loi des marchés et la privatisation des biens publics ne sont en rien annonciateurs de jours meilleurs et d'un développement durable. L'énorme dette qui s'accumule encore et toujours et les politiques d'austérité sont plutôt synonymes de "servitude par les dettes". La gauche actuellement au pouvoir agite l'idée d'un programme radical qui sortirait le pays de la crise en créant de la croissance, permettant de venir socialement en aide aux couches populaires. Professeur d'économie à l'École des études orientales et africaines de l'Université de Londres, Costas Lapavitsas explique dans cet ouvrage que la Grèce a besoin de mesures radicales pour s'en sortir, à savoir notamment d'un allégement substantiel de la dette, de la cessation des politiques d'austérité, de mesures efficaces pour réduire le chômage et atténuer la crise humanitaire, voir encore de la privatisation des banques. Aucun changement radical ne sera toutefois possible sans transformation de l'État, ni sans entrer en conflit avec l'Union européenne et, en particulier, l'Union économique et monétaire. Aux yeux de l'auteur, un gouvernement de gauche radicale ne doit pas avoir peur d'entrer en conflit avec ses partenaires européens, même si cette attitude pourrait conduire à une sortie de la Grèce de la zone euro. Sa conclusion est que l'avenir du pays et de la société grecque dépendra de la détermination du gouvernement et des couches populaires.

(AKa)

*** YANNIS MANIATIS (sous la dir. de): De la crise au développement. Editions Papazisi (2 Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél.: (30-210) 3822496 - fax: 3809020 - Courriel: papazisi@otenet.gr - Internet: http://www.papazisi.gr ). 2015, 344 p., 29,82 €. ISBN 978-960-023074-1.

Ce volume contient les actes de la conférence scientifique internationale qui a été organisée, sous les auspices du président de la République Karolos Papoulias, par la Fondation Méditerranée et la Fondation allemande Friedrich Ebert le 29 avril de l'année dernière à Athènes sur le thème "De la crise au développement: à la recherche de nouveaux modèles de développement pour la Grèce et l'Europe du Sud". Ce travail collectif a deux spécificités. D'abord, il contient des contributions comparatives de scientifiques grecs et étrangers sur les expériences de six pays membres de l'Union: la Grèce, l'Italie, l'Espagne, Chypre, l'Allemagne et la Hongrie. Ensuite, il comprend des interventions de représentants de six partis et instituts: l'Institut de la démocratie Konstantinos Karamanlis, l'Institut d'études stratégiques et de développement Istame Andreas Papandreou, l'Institut Nikos Poulantzas, le Centre d'études marxistes, la Gauche Démocratique et la Fondation Méditerranée. D'après le directeur de cette publication, l'ingénieur agronome Yannis Maniatis, professeur à l'Université de Thessalonique, ces présentations, interventions et conclusions peuvent contribuer à l'interprétation correcte des causes de la crise et offrir une meilleure connaissance d'expériences d'autres pays en vue de sortir de la crise de manière consensuelle et de développer de nouveaux modèles de développement. Les différentes parties du livre sont consacrée à la crise, aux stratégies et modèles de sortie de crise, au rôle de l'Union pendant la crise, à l'élaboration d'un nouvel agenda pour l'Europe et la Grèce, le tout étant ponctué par des propositions.

(AKa)

*** KOSTAS MELAS: Argentine-Grèce: une analyse comparative et descriptive des évolutions financières dans les deux pays après l'incapacité de paiement. Editions Patakis (38 Panayi Tsaldari, GR-10437 Athènes. Tél.: (30-210) 3650000 - fax: 3811940 - Courriel: bookstore@patakis.gr - Internet: http://www.patakis.gr ). Collection « Sciences sociales et politiques ». 2015,184 p., 10,50 €. ISBN 978-960-16-6283-1.

Comparer deux économies nationales est un processus extrêmement difficile, voire même impossible. Comme l'explique d'emblée l'économiste Costas Melas, les spécificités propres à chaque pays agissent comme un substrat vivant qui rend chaque société et chaque économie à nulle autre pareille. Par conséquent, les abstractions que sont les données macroéconomiques ne valent rien si l'on ne tient pas dûment compte des conditions économiques réelles de chaque pays. Conscient de ces difficultés, l'auteur de ce livre tente essentiellement une approche descriptive, entrecoupée par les jugements de valeur que justifient les éléments glanés. Professeur d'économie à l'Université Panteion à Athènes, Kostas Melas établit un devis descriptif des fondamentaux macroéconomiques et des indicateurs de développement des économies de l'Argentine et de la Grèce afin de discerner la route suivie par chacun de ces deux pays depuis que les marchés financiers ont conduit l'Argentine à être dans l'incapacité de rembourser sa dette et la Grèce à recourir à un financement par les pays de la zone euro avec l'obligation impérative de suivre scrupuleusement un programme d'ajustement budgétaire drastique. Cette approche « descriptive » rend parfaitement apparentes les différences macroéconomiques et de développement entre les deux pays au cours de la période de crise, mais également les problèmes créés par la logique des programmes mis en oeuvre.

(AKa)

*** Politique. Revue de débats. ASBL Politique (9 rue du Faucon, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5386996 - Courriel: secretariat@politique.eu.org - Internet: http://politique.eu.org ). Mai/juin 2015, n° 90, 84 p., 9 €. Abonnement: 40 €.

Ce numéro de la revue progressiste belge francophone contient un riche dossier sur le mouvement de la Transition qui voit, un peu partout en Europe à la suite de l'Angleterre, des citoyens ordinaires modeler leur destin en misant sur l'inventivité collective, la sociodiversité, la relocalisation de l'activité économique. Avec ces « consomm'acteurs », explique le Pr. Olivier De Schutter qui a coordonné ce travail collectif, apparaît une nouvelle manière de faire de la politique alors même que les scientifiques sont amenés « à parler de la sixième grande extinction », moment de l'histoire de l'humanité où « au moins 75% des espèces animales et végétales disparaissent de la terre et des océans ». Or, cette sixième extinction est… « la première dont l'Homme est responsable », ce qui rend la démarche des acteurs de la Transition intéressante sinon pertinente. A contre-courant d'une « société hyperindividualiste dans laquelle la place de chacun paraissait devoir se définir par sa consommation », ils sont les maillons d'un « million de révolutions tranquilles » qui réinterrogent « l'approche macro-économique dominante, tout entière focalisée aujourd'hui sur le contrôle des déficits publics afin, à terme, de favoriser une croissance mesurée en augmentation du PIB ». Et le Pr. De Schutter d'expliquer que ce modèle de la croissance infinie conduit, sous l'angle des ressources disponibles et des déchets à absorber, dans une impasse, à moins de prêter un tant soit peu l'oreille aux acteurs de la Transition.

(MT)

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