Bruxelles, 03/06/2015 (Agence Europe) - L'ampleur des enjeux du partenariat universel à sceller pour l'éradication de la pauvreté et le développement durable, et le nécessaire devoir de solidarité avec les pays en développement en cette année 2015 ont été amplement soulignés, mercredi 3 juin à Bruxelles, à l'ouverture de la neuvième édition des Journées européennes du développement (JED2015).
Et les propos de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, « à cette rencontre des grandes idées, ce Davos du développement », comme ceux de Martin Schulz, président du Parlement européen, ont résonné comme une mise en garde, à l'égard des États membres de l'UE et des pays développés en général, contre la tentation d'un repli sur soi qui pourrait être fatal aux populations les plus pauvres si tout n'est pas fait pour garantir la réussite conjointe des trois rendez-vous capitaux pour l'avenir de la planète et le bien-être des générations futures. Sont ici concernées: la conférence de l'ONU sur le financement du développement (Addis-Abeba, 13-16 juillet), l'assemblée générale de l'ONU, où doit être adopté en septembre prochain le programme mondial pour l'éradication de la pauvreté et le développement durable post-2015 et la conférence de Paris (COP 21), durant laquelle doit être conclu un accord climatique mondial juridiquement contraignant (novembre 11 décembre).
« Cette réunion tombe à point nommé, au milieu de l'Année européenne du développement, une Année de vérité pour revisiter les efforts déployés ces dernières années et faire le bilan des résultats. Une année d'un nouveau début et d'une ambition renouvelée », a déclaré Jean-Claude Juncker en soulignant que les processus d'Addis-Abeba, de New York et Paris sont indissociables. « La réussite de l'un ne signifie pas nécessairement la réussite des autres, mais l'échec de l'un marquerait l'échec des autres », a-t-il averti, en rappelant que le processus doit inclure les gouvernements, la société civile, le secteur privé, les citoyens à titre individuel et que « le nord et le sud de la planète doivent emprunter une même avenue ».
Devoir de solidarité. M. Juncker a appelé l'UE au sens des devoirs pour l'établissement « d'un véritable partenariat au bénéficie mutuel », qui ne soit pas une relation donateurs/récipiendaires. Si des progrès tangibles ont été réalisé pour la réalisation des OMD, 1 milliard de personnes vivent encore avec moins de 1 dollar par jour, 1 sur 8 se couche avec le ventre vide, 1/3 de la population mondiale n'a pas accès à des médicaments vitaux. Il faut tout faire pour remédier à cette situation qui n'est « pas une fatalité », mais une source d'instabilité qui représente une menace, car « il n'existe pas d'étanchéité entre les problèmes des uns et ceux des autres », a estimé M. Juncker.
Une baisse de l'APD inacceptable. Déplorant que beaucoup de pays aient réduit leur niveau d'aide publique au développement - « ce qui n'est pas le cas du pays que je connais le mieux » (le Luxembourg dépasse 1% de son RNB: NDLR) -, M. Juncker a lancé: « il faut que les pays européens recorrigent leur APD vers le haut. Le 0,7% nous engage pour période post-2015 ». Même si l'UE représente 20% du PIB mondial mais assure 50% de l'effort mondial de coopération, M. Juncker « pense que la partie la plus riche du monde peut faire plus », y compris « les économies émergentes ».
Coup de semonce sur l'accueil des migrants. La dimension des 'droits de l'homme' du partenariat sera essentielle car « tous les efforts seront vains, si les droits de l'homme ne sont pas respectés. C'est pourquoi la Commission a proposé un agenda européen sur la migration », a déclaré Jean Claude Juncker, en notant avec regret que cet agenda ne rencontre pas un enthousiasme débordant. « Celui qui quitte son pays a droit à la dignité. La Commission ne changera pas d'avis en dépit de l'opposition de certains États membres. Le mot d'ordre c'est la solidarité partagée ».
Abondant dans son sens, Martin Schulz, président du Parlement européen, a souligné que plus de 50 millions de personnes dans le monde sont victimes de guerres, de terrorisme, de violences qui entravent le développement et que 86% des réfugiés sont accueillis par des pays en développement - un devoir disproportionné.
Il a formé le voeu que l'année 2015, décisive pour définir les objectifs post-2015, soit l'année de la réussite dans la résolution des défis les plus urgents que sont la lutte contre la pauvreté et la faim. La réduction de moitié de l'extrême pauvreté est, selon lui, un énorme succès. L'éradiquer à l'horizon 2030 est à portée de main.
Exprimant la colère du Parlement face à la réduction du financement de l'aide internationale dans les négociations du budget de l'UE 2014-2020, il a plaidé pour « qu'on revienne à un financement crédible dans le cadre du budget » et a assuré que le Parlement poussera les gouvernements à atteindre l'objectif de 0,7% du RNB pour l'APD.
M. Schulz a mis en garde contre le risque de perdre la lutte contre le changement climatique, appelant à « un accord ambitieux à Paris » et à la promotion, au niveau mondial, de modèles de développement sobres en carbone. Et de plaider aussi pour que soit reconnu le lien entre lutte contre la pauvreté et lutte contre la corruption et les flux financiers illicites. L'éducation pour tous, n'en déplaise à Boko Haram, est également prioritaire, a-t-il souligné.
Mme Laimdota Straujuma, Premier ministre de la Lettonie, a enfoncé le clou en estimant que « chaque petite fille dans le monde devrait avoir l'opportunité de devenir Premier ministre si elle le souhaite ». Selon elle, « des actions immédiates sont requises pour s'attaquer aux nouveaux défis mondiaux, et à la migration en particulier (…) Il est inacceptable que des personnes soient contraintes de quitter leur pays et risquent leur vie dans l'espoir de conditions de vie décentes et du respect des droits fondamentaux ».
Au nom de la future Présidence luxembourgeoise du Conseil de l'UE, Xavier Bettel, le Premier ministre du Luxembourg, a assuré que son pays « travaillera à des solutions courageuses et novatrices ». L'inclusion des jeunes dans le développement et un commerce équitable sont, à son avis, des composantes essentielles. Il a insisté sur les liens étroits entre migration et développement et sur le droit de tous à vivre dans la dignité. «'Notre monde, notre dignité, notre avenir' (Ndlr: thème des JED 2015): nous sommes ici pour que cela devienne réalité. Certains pays disent qu'ils ne veulent pas de quotas. Ce n'est pas un luxe que de prendre ses responsabilités. La roue peut tourner. J'aimerais que certains propos dans certains pays développés retrouvent la dignité nécessaire », a-t-il dit. (Aminata Niang)