Bruxelles, 20/05/2015 (Agence Europe) - Alors que les signaux négatifs s'accumulent autour de l'Agenda sur les migrations de la Commission européenne, notamment sur le système de quotas de demandeurs d'asile et de réfugiés envisagé (EUROPE 11314), une grande majorité d'eurodéputés a demandé au Conseil, mercredi 20 mai à Strasbourg, de soutenir ces propositions et de traduire leurs engagements en actes concrets.
« Que pensent les citoyens européens lorsqu'ils voient à la télévision les images des tragédies qui se déroulent en Méditerranée ? La réponse est claire: nous avons besoin d'une réponse européenne », a expliqué l'Allemand Manfred Weber, chef de file du groupe PPE, concédant que le débat existe aussi dans son groupe. « Le groupe PPE salue le mécanisme de solidarité qui vient d'être proposé et qui reste encore à définir. Par ailleurs, nous devons nous assurer que les personnes qui ne remplissent pas les critères pour se voir accorder l'asile soient renvoyées dans leur pays », a-t-il expliqué. Pour le leader du groupe S&D, l'Italien Gianni Pittella, la démarche de la Commission est « historique » et il faut « saisir cette occasion pour prouver que l'Europe peut fonctionner ». Le leader des Libéraux au PE, le Belge Guy Verhofstadt, est de cet avis. « Vous avez pris vos responsabilités », a-t-il lancé aux commissaires Timmermans et Avramopoulos présents dans l'hémicycle, « ce qui n'est pas le cas du Conseil ». « Je condamne ces États membres qui officiellement disent qu'ils sont pour la solidarité et qui s'opposent au mécanisme de l'article 78.3 », a ajouté le leader libéral, faisant spécifiquement référence à la France, frileuse à l'idée de « quotas de migrants » (EUROPE 11316). Pour le groupe Verts/ALE, « la Commission doit être louée pour ses propositions », a dit la Néerlandaise Judith Sargentini, tout en déplorant qu'au Conseil la seule approche faisant consensus « consiste en un contrôle renforcé aux frontières ».
Selon le groupe conservateur CRE, la solution des quotas n'est pas la solution, a dit le Britannique Timothy Kirkhope. « Il faut que chaque personne puisse demander l'asile au premier pays où elle arrive ; ça ne doit pas se faire sous la contrainte », a-t-il estimé, jugeant que « les quotas ne font pas une stratégie ». Le groupe CRE coopèrera toutefois sur le règlement Eurodac et le renforcement de l'agence Frontex.
Propositions détaillées de la Commission mercredi 27 mai
La Commission a répété qu'elle n'avait pas l'intention de faciliter l'entrée de migrants économiques. « Il ne s'agit pas d'immigration en général, il s'agit de situations de crise extrêmes qui exigent une réponse claire », a reprécisé Frans Timmermans, pour qui toute personne jugée inapte à l'obtention d'une protection internationale serait renvoyée dans son pays d'origine. « Les personnes en besoin de protection seront redistribuées dans les autres États membres ; la Commission a un barème très clair », a ajouté le Néerlandais, semblant signaler que la Commission ne reculerait pas.
L'institution européenne devrait détailler le 27 mai son Agenda et, outre un plan d'action contre l'immigration illégale et un renforcement de Frontex, détailler les modes de répartition à la fois en ce qui concerne les 20 000 réfugiés actuellement abrités dans les camps de l'ONU et les 600 000 personnes qui seraient arrivées en Italie, à Malte ou en Grèce ces dernières semaines. C'est cette part de personnes à 'redistribuer' dans les autres États membres que la Commission doit encore arrêter. Mais, a indiqué une source européenne, « on ne changera pas nos critères ». La clef de répartition en question serait calculée sur la base du PIB national, de la taille de la population et, dans une moindre mesure, du taux de chômage et du nombre de demandeurs d'asile déjà accueillis.
Déjà une minorité de blocage ?
Madrid a déjà fait savoir que le taux de chômage devait davantage être pris en compte. Paris argue aussi du fait que la France reçoit déjà beaucoup de demandes d'asile et de réfugiés syriens. La position française, si elle se maintenait dans ce camp du refus, où se situent déjà la Pologne, la Hongrie, la Lettonie, la République tchèque en plus du Royaume-Uni et éventuellement l'Espagne, pourrait empêcher la constitution d'une majorité qualifiée au Conseil. L'opinion du gouvernement français reste toutefois peu lisible: Paris se dit favorable à un mécanisme d'urgence de répartition des personnes en besoin de protection internationale et ouvert à une répartition des réfugiés notamment syriens, tout en refusant l'idée de quotas.
Mardi à Berlin, le président français, François Hollande, a déclaré qu'il n'était « pas question qu'il y ait des quotas d'immigrés », tout en plaidant « pour une meilleure répartition des réfugiés dans l'UE ». La chancelière allemande, Angela Merkel, s'est dite optimiste quant à la possibilité d'avoir « très bientôt une position commune franco-allemande ». Selon elle, des éléments de la proposition de la Commission mériteront approfondissement comme le traitement des personnes ne pouvant prétendre à l'asile, a rapporté l'AFP.
Le Premier ministre italien, Matteo Renzi, s'est ému de ces réactions négatives, mardi soir à la télévision italienne. Il s'est dit prêt à récupérer les corps de migrants victimes du dernier grand naufrage qui a eu lieu en Méditerranée et a provoqué la réaction de l'UE afin que ceux qui prétendent n'avoir rien vu cessent de regarder ailleurs. (Solenn Paulic)