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Bulletin Quotidien Europe N° 11302
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POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) jai

Migrants, réactions contrastées après le sommet extraordinaire

Bruxelles, 24/04/2015 (Agence Europe) - Les résultats du Conseil européen extraordinaire consacré à la crise migratoire en Méditerranée (EUROPE 11301), jeudi 23 avril, ont laissé aux ONG, au Parlement européen, voire aux porte-paroles de certains gouvernements de l'UE, des sentiments plus que mitigés, l'eurodéputé Guy Verhofstadt (ALDE, belge) jugeant, par exemple, ces résultats « très décevants ».

Réunis en urgence, les chefs d'État ou de gouvernement ont acté le triplement des ressources mensuelles consacrées à l'opération Triton, ainsi que de celles de l'opération plus modeste Poséidon (au large de la Grèce), pour les années 2015 et 2016. Cela devrait ainsi se traduire par une allocation de 9 millions d'euros par mois à l'opération Triton. Les États membres ont aussi, pour la plupart, annoncé des moyens supplémentaires, en bateaux, en avions ou en personnel.

Avec l'arrivée promise de ces nouvelles capacités, il reviendra maintenant dans les prochains jours à l'agence Frontex et aux autorités italiennes de définir le nouveau plan d'opération de Triton, dont la zone de recherche qui constitue l'un des points sensibles. Mais, pour le reste, et notamment la réponse à la prise en charge des migrants arrivés sur les côtes européennes et leur répartition entre les États membres, le Conseil européen est resté prudent, en affichant, certes, sa bonne volonté d'agir, mais en ne se liant pas les mains avec des objectifs contraignants. Les États membres ne se sont pas non plus engagés sur un chiffre précis concernant le nombre de Syriens qu'ils accepteront de réinstaller.

« Une fois de plus, on a atteint le plus petit dénominateur commun. Tout le monde savait que tripler le budget de Triton ne préviendra pas de nouveaux désastres, si rien n'est fait sur les causes de la migration », a dit M. Verhofstadt. Moins négatif, le leader du groupe des sociaux-démocrates au Parlement européen, l'Italien Gianni Pittella, a vu dans ce sommet extraordinaire quelques pas « positifs ». Après la perte de plus d'un millier de vies en l'espace d'une semaine, les leaders européens ont « enfin pris quelques mesures concrètes ». Cependant, a-t-il remarqué, il reste encore à voir si les États membres passeront des mots à l'action et s'ils mettront en oeuvre une vraie politique européenne d'immigration. L'Italien ne cache pas la déception de son groupe quant à l'égoïsme persistant des États membres en ce qui concerne le partage de la charge des migrants et demandeurs d'asile. « Le système de Dublin est anachronique et inefficace », a souligné M. Pittella. « Il doit être revu et adapté à la situation dramatique actuelle », a-t-il insisté.

Un autre sentiment de déception par rapport aux discussions de ce sommet a été exprimé, vendredi matin, par le porte-parole du gouvernement français, Stéphane Le Foll. « On est loin du compte, compte tenu des enjeux », a-t-il jugé sur les ondes françaises, notant que tout reste à faire par rapport à la Libye, aux passeurs et d'une manière générale sur « la stabilisation de toute la région ».

Paradoxalement, l'agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a estimé que le plan visant à tripler les moyens de la mission de surveillance des frontières maritimes Triton était « un important pas en avant sur la voie d'une action européenne collective » dans la crise des migrants en Méditerranée, a rapporté Reuters. Dans un communiqué, le HCR appelle toutefois les Européens à se focaliser sur le sauvetage en mer et sur la possibilité pour les réfugiés d'obtenir une protection en Europe par des canaux légaux. « Le test ultime sera de voir si nous observons une réduction des décès, un accès efficace à une protection en Europe sans avoir à traverser la Méditerranée et un système communautaire européen d'asile efficace qui soit véritablement à la hauteur de ses engagements de solidarité et de partage des responsabilités ».

Les ONG Human Rights Watch et Amnesty International ont aussi délivré des messages contrastés, pointant avant tout une volonté des Vingt-huit de « sauver la face », mais ayant échoué sur un véritable engagement à patrouiller au plus près des côtes libyennes pour sauver des vies. (Solenn Paulic)

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