Bruxelles, 14/04/2015 (Agence Europe) - À quelques semaines de la présentation par la Commission européenne de son nouvel Agenda global sur les migrations attendu pour la fin du mois de mai, les eurodéputés de la commission des libertés civiles du PE (LIBE) ont souhaité, mardi 14 avril, lors d'une audition, apporter leur contribution à cette communication et mis sur la table les idées qu'ils souhaitent voir reprises par la Commission européenne.
Ce sont plus précisément les deux co-rapporteurs chargés de dresser l'avis de la commission d'ici à la fin de cette année, les eurodéputées PPE et S&D Roberta Metsola (maltaise) et Kashetu Kyenge (italienne) qui ont détaillé leurs pistes de travail, les deux femmes souhaitant notamment se concentrer sur huit secteurs d'action et ayant annoncé une enquête sur la façon dont les fonds d'urgence européens accordés aux pays sous forte pression migratoire sont dépensés.
Les eurodéputés LIBE avaient convié à cette occasion le commissaire européen chargé des Migrations, Dimitris Avramopoulos, et l'ancien Premier ministre maltais Lawrence Gonzi à s'exprimer sur le sujet. Le commissaire grec s'est toutefois montré peu disert sur les intentions de la Commission, rappelant seulement que l'exécutif européen comptait s'appuyer sur une approche 'holistique' associant un maximum d'acteurs et évitant la confrontation avec les autres institutions. Le responsable grec a souligné qu'il se déplaçait beaucoup actuellement, tant dans l'UE, où il a rencontré à ce jour « quasiment tous les ministres de l'Intérieur », que dans les pays tiers. Le commissaire doit d'ailleurs se rendre cette semaine au Maroc, puis en Égypte ultérieurement, l'idée poursuivie par la Commission étant de renforcer la coopération avec les pays tiers et notamment les pays voisins de la Libye. Le responsable grec n'a cependant pas dévoilé davantage les projets de la Commission européenne ni ne s'est avancé sur certaines questions sensibles posées par certains députés, comme celle sur la révision du système dit de Dublin qui régit le système d'asile européen.
Alors que près de 7 000 migrants ont encore été secourus ces derniers jours en mer Méditerranée, tous les intervenants ont souligné l'urgence d'agir et de faire face à des flux migratoires qui vont aller en augmentant compte tenu de la situation en Libye, en Syrie ou encore au Yémen, a prédit Roberta Metsola. « Il ne faut pas en rester à des déclarations de condoléance », a-t-elle dit, « on est dans une véritable crise ».
Les deux co-rapporteurs ont rappelé que la solution reposait sur tous les États membres et qu'aucun pays ne pouvait se défausser sur les autres. Par le passé, « on a peut-être laissé trop de choses à la discrétion des États membres », a reconnu un peu plus tard, lors d'un point presse, Mme Kyenge, expliquant en partie l'échec des politiques migratoires européennes. « La vraie crise, ce ne sont pas les personnes qui sont arrivées, c'est l'impasse politique de l'UE », a ajouté l'Italienne, déplorant que trop souvent l'UE se soit contentée de rechercher des « solutions de court terme pour parer à l'urgence ».
Dans leur rapport, les deux femmes se concentreront sur huit domaines, abordant notamment la question du 'partage de la charge' des réfugiés et demandeurs d'asile, l'amélioration du système d'asile européen, la lutte contre les filières criminelles depuis les pays tiers ou encore les voies légales d'entrée dans l'UE. Il sera aussi question des activités de Frontex et de ses missions de secours en mer, que son mandat ne permet pas explicitement à l'heure actuelle. (Solenn Paulic)