Bruxelles, 07/04/2015 (Agence Europe) - L'agriculture doit être au coeur des politiques euro-méditerranéennes. L'avenir en dépend pour contenir les risques croissants dans cette région en équilibre instable, plaident deux dirigeants du 'Centre international des hautes études agricoles en Méditerranée' (CIHEAM), Cosimo Lacirignola, secrétaire général, et Sébastien Abis, administrateur, dans un texte adressé à EUROPE.
Ils estiment que « les priorités de la coopération euro-méditerranéenne ne doivent pas être limitées aux aspects militaires ou à la lutte contre le terrorisme et les flux irréguliers de personnes. La sécurité humaine est avant tout liée à l'accès à la nourriture, à l'emploi et à la connaissance. » Il faut, écrivent-ils, « reconnaître que les besoins de base des populations méditerranéennes sont intrinsèquement liés à des questions telles que la sécurité alimentaire, l'emploi et une vie meilleure dans les zones rurales. Sans progrès sur ces questions dans les prochaines années, le programme de développement post-2015 dans la région deviendrait obsolète et aboutirait à une situation stratégique incontrôlable en Méditerranée ».
Les deux auteurs font de la préparation de ce programme post-2015 un des « événements cruciaux » à venir, liés à l'agriculture, l'alimentation et les affaires rurales, en relation avec les objectifs de développement durable (ODD), en débat au niveau international. De grands rendez-vous sont pris pour évoquer le programme « post-2015 » qui sera « arrêté en septembre 2015 par l'Assemblée générale des Nations Unies », rappellent-ils. Ce programme « constitue l'un des principaux cadres de la coopération internationale qui sera entreprise au cours des 15 prochaines années ». Il y aura aussi « le Milan Expo », de mai à octobre 2015, sur le thème 'Nourrir la planète. Énergie pour la vie'. « Ce devrait être un autre moment fort qui offrira l'occasion, importante, de discuter des solutions communes au défi de la sécurité alimentaire mondiale ». Et, durant la 21ème Conférence sur le changement climatique qui se tiendra à Paris en décembre, « l'agriculture aura une place légitime pour souligner l'interdépendance entre la diplomatie agricole et les négociations sur le climat ». En outre, signalent-ils, « l'agriculture va également jouer un rôle important lors du 7ème Forum mondial de l'eau qui se tiendra à partir du 12 et 17 avril en Corée du Sud, lancé par l'Organisation des Nations Unies ». 2015 sera aussi « l'Année internationale des sols où le rôle essentiel de l'agriculture dans la conservation des sols et dans l'épineuse question de l'accès à la terre dans les politiques de développement sera mis en évidence. Les questions liées aux ressources naturelles, les changements climatiques, la production agricole, la croissance inclusive sécurité (sociale et territoriale) et la nourriture (base nécessaire pour la sécurité humaine) seront donc au coeur d'une année 2015 bien effervescente. »
En Méditerranée, l'enjeu agricole sera donc crucial. « Les révoltes, la radicalisation ou les conséquences des migrations découlent de l'absence de possibilités de vie décente, de conditions de vie inacceptables. Si nous croyons encore à l'avenir de l'Europe, nous devons plaider en faveur de la Méditerranée. Cette région doit être perçue comme un pont entre l'Europe, l'Afrique et le Moyen-Orient, et non pas comme une barrière ou un mur de craintes. »
Les auteurs appellent ainsi, à la veille d'une révision de la politique pour cette région, à adapter les instruments de coopération existants: « La vision d'une grande région euro-méditerranéenne a été floue et la politique de voisinage de l'UE a marginalisé les pays du sud et de l'orient méditerranéen et à la périphérie. Nous devons, d'ici novembre 2015, à l'occasion de la célébration du 20ème anniversaire de la déclaration de Barcelone, plaider pour une Méditerranée qui travaille ensemble pour réduire les incertitudes, relever des défis communs et aller vers un développement plus inclusif. » (Fathi B'Chir)