Bruxelles, 02/04/2015 (Agence Europe) - Les représentants des employeurs et des travailleurs ont mis momentanément un terme, vendredi 27 mars, à un conflit qui persistait depuis deux ans au sein de l'Organisation internationale du travail (OIT) sur la place du droit de grève dans les régulations internationales en matière de travail et qui suscitait de fortes inquiétudes, notamment de la Commission européenne.
La commissaire Marianne Thyssen (Emploi, Affaires sociales, Compétences et Mobilité professionnelle) était intervenue sur ce sujet lors de la session plénière du Parlement européen, au début du mois de février (EUROPE 11250). Elle s'était alors dite « fort préoccupée » du différend qui persiste entre les représentants des employeurs et des syndicats quant à la place du droit de grève dans la convention internationale de 1948 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical (n° 87), les deux groupes étant en désaccord sur le fait de savoir si le droit de grève est ou n'est pas protégé par cette convention. La portée de cette question est conséquente, puisqu'il s'agit de déterminer si l'OIT peut épingler des États pour le non-respect du droit de grève.
Ce différend existe toujours et un compromis sur le fond n'est pas près d'être trouvé, mais les deux groupes se sont entendus pour faire une trêve, qui est finalement avantageuse pour les syndicats. Le dénouement de cette crise a commencé lors de la réunion tripartite informelle, fin février, au cours de laquelle le représentant des États (le groupe gouvernemental) s'est positionné en faveur des syndicats, en déclarant qu'il faut reconnaître que « le droit de grève est lié à la liberté syndicale, qui est un principe fondamental » et que « sans la protection d'un droit de grève, la liberté syndicale, en particulier le droit d'organiser des activités dans le but de promouvoir et de protéger les intérêts des travailleurs, ne peut pas être pleinement réalisée ».
À partir de là, « les employeurs ont compris qu'ils étaient battus politiquement et ont renoncé à leur offensive », a expliqué l'administrateur de l'OIT, Bernard Thibault, dans un entretien accordé au journal français Libération, samedi 28 mars. Le conseil d'administration de l'OIT a pu ainsi, vendredi 27 mars, adopter un nouveau rapport du comité de la liberté syndicale qui épingle plusieurs États, dont notamment le Canada et la Turquie, pour non-respect du droit de grève. Cela n'était plus arrivé depuis environ deux ans.
Néanmoins, « les différences d'interprétation persistent », les employeurs ayant « tendance à considérer que ce qui est acceptable dans un pays ne l'est pas forcément dans d'autres, car cela renvoie, selon eux, aux cultures locales », a souligné M. Thibault. Les employeurs sont ici soutenus par les États, lesquels considèrent qu'ils devraient disposer d'une large autonomie dans l'encadrement de ce droit, ce qui explique que tous les acteurs parlent aujourd'hui d'une trêve et non d'une fin durable des hostilités. (Jan Kordys)