Bruxelles, 02/04/2015 (Agence Europe) - Le ministre français des Finances, Michel Sapin, a estimé qu'avec la liste actualisée de réformes que la Grèce avait envoyée la veille à l'Eurozone les discussions sur la mise en oeuvre de l'accord de l'Eurogroupe de février avaient certes progressé mais de manière insuffisante.
« On a progressé, c'est mieux qu'avant », a déclaré M. Sapin, jeudi 2 avril depuis Paris, au lendemain d'une conférence téléphonique des experts nationaux des ministères des Finances ('euro working group') sur la Grèce. « La question est: 'est-ce qu'il faut encore progresser ? La réponse est 'oui' », a-t-il ajouté. La possibilité d'un Eurogroupe exceptionnel, avant celui qui se tiendra à Riga le 24 avril lors du Conseil Ecofin informel, semble s'éloigner à condition qu'Athènes soit en mesure de subvenir à son fonctionnement et d'honorer ses engagements envers ses créanciers.
La dernière liste de réformes grecques, publiée par le Financial Times, prévoit entre 4,7 et 6,1 milliards d'économies en 2015. La Grèce compte sur un excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) situé entre 3,1 et 3,9% du PIB, un niveau supérieur à l'objectif initialement fixé (3% du PIB en 2015) et à l'objectif qu'elle souhaitait négocier avec les 'institutions' (Commission, BCE, FMI) pour ne pas étouffer la reprise économique (1,5%). La Grèce compte récolter entre 725 et 875 millions d'euros en 2015 grâce à l'intensification des audits sur les fraudeurs fiscaux. En luttant contre le commerce illégal de tabac, d'alcool et de carburant, elle espère récupérer entre 250 et 400 millions d'euros. En luttant contre la fraude à la TVA, entre 350 et 420 millions d'euros. Une taxe sur les jeux en ligne rapporterait entre 125 et 175 millions d'euros et celle sur les produits de luxe, 20 millions d'euros. Via un système de loterie qui récompenserait les clients qui réclament leur ticket de caisse, le gouvernement entend également lutter contre la fraude à la TVA et récupérer entre 270 à 600 millions d'euros.
La Grèce fait un effort en matière de privatisations: toutes les opérations en cours seront menées à terme, les autres feront l'objet d'une décision au cas par cas. Mais elle ne mentionne pas de mesures menant à la libéralisation du marché du travail ou une réforme des retraites, voulues par les créanciers. Sur les retraites, le gouvernement grec d'extrême gauche envisage de réintroduire un 13ème mois pour les petites pensions (coût estimé: 600 millions d'euros) et de suspendre la clause 'zéro déficit' qui prévoyait davantage de coupes dans les retraites publiques (coût: 326 millions d'euros). La hausse graduelle du salaire minimum, à démarrer au 4ème trimestre de 2015, aura « un impact budgétaire négligeable en 2015 et 2016 », indique le document grec. Enfin, la lutte contre la crise humanitaire (timbres alimentaires, électricité gratuite et aides au logement pour les foyers les plus démunis) sera compensée par d'autres mesures, indique le gouvernement.
Mercredi, la conférence téléphonique de l'euro working group a juste pris note de l'évolution de la situation. Selon le WSJ, la nouvelle liste grecque de réformes est encore loin d'être une base solide pour un accord. Des développements ne seraient pas attendus dans les prochains jours, mais la Grèce espère un accord la semaine prochaine. Si un accord est trouvé sur la substance des mesures, c'est bien la mise en oeuvre effective des mesures qui permettra de débloquer graduellement les dernières tranches d'aide. (Elodie Lamer)