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Bulletin Quotidien Europe N° 11278
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) tunisie

Le temps est venu, selon les Tunisiens, de passer des paroles aux actes

Bruxelles, 19/03/2015 (Agence Europe) - Ce qui s'est déroulé en Tunisie « n'a rien à voir avec la Libye », a affirmé, jeudi 19 mars, le président tunisien, Beji Caïd Essebsi, au lendemain de l'attaque terroriste dans le grand musée de la capitale (le Bardo), qui a fait 19 morts et plusieurs blessés dont le nombre varie selon les sources. Une cinquantaine de personnes ont été gravement atteintes par les tirs des trois terroristes (deux ont été abattus sur le champ).

Le chef de l'État a mis en cause des « cellules dormantes de djihadistes » contre lesquelles il appelle à une vigilance accrue et a demandé le renforcement des moyens des forces de sécurité. Les Tunisiens ont demandé aux « pays amis », en premier lieu aux Européens, de passer de la parole aux actes en multipliant les soutiens concrets. Au cours des multiples débats, plusieurs politiques ont explicitement regretté que les messages de soutien, nombreux, en faveur de la nouvelle démocratie tunisienne, ne se traduisent pas en actes substantiels. Les promesses d'aide financière faites lors du sommet de Deauville du G8, en 2011, n'ont pas été tenues et les appuis européens demeurent mesurés et conditionnels et ne correspondent pas à l'ampleur d'une crise sociale jugée encore plus dangereuse que la menace terroriste. Elle en forme le terreau, fait-on observer.

L'ambassadeur tunisien à Bruxelles, Tahar Cherif, a déclaré à EUROPE que la solidarité de l'UE doit maintenant « s'exprimer à travers un appui concret » qui « pourrait se traduire notamment par un appui technique et la fourniture d'équipements » aux forces de sécurité. La Tunisie « sollicite également un renforcement du soutien économique européen à travers un accroissement de l'investissement et une augmentation du soutien financier en dons et non en crédits », afin de « mettre en place des projets capables de donner l'espoir d'une vie meilleure pour les jeunes Tunisiens », a ajouté l'ambassadeur.

Même prise de position du côté de la présidente de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale française, Elisabeth Guigou, qui est aussi présidente de la Fondation culturelle euroméditerranéenne Anna Lindh. Mme Guigou a souligné mercredi « la nécessité d'un plan d'urgence » au profit de la Tunisie. « L'aide européenne doit être plus importante », car « le pays fait face à des dettes et à des difficultés économiques et sociales ». La « transition politique réussie » est « un acquis considérable », mais « nécessite une aide économique plus importante que celle qui est dispensée actuellement ». Dans un communiqué, jeudi, après une rencontre avec Taïeb Baccouche, le chef de la diplomatie tunisienne, Mme Guigou a dit « souhaiter que le Conseil européen qui s'ouvre aujourd'hui à Bruxelles puisse manifester sa volonté d'apporter une aide économique et financière plus importante à la Tunisie ». Des annonces concrètes, sur lesquelles travaille le SEAE (Service européen pour l'action extérieure) sous forme de déclaration, sont en effet attendues jeudi soir, selon nos sources.

Pour une réaction commune plus efficace

« Nous exhortons le Conseil européen et la communauté internationale à prendre immédiatement position contre cette nouvelle attaque terroriste barbare de Daesh », a déclaré Gianni Pittella, président du groupe S&D au Parlement européen. Il a appelé à « mettre de côté toute hésitation », car « toute la région est confrontée à une menace constante ». L'Europe, « avec la communauté internationale, doit intervenir avant que la stratégie brutale et insensée de Daesh conduise à la déstabilisation de la Tunisie qui est probablement l'exemple le plus avancé de la démocratisation dans la région ». L'UE doit aussi tout faire, selon lui, pour éviter le risque de « destruction des principaux sites du patrimoine culturel et humain ». Le problème n'est plus uniquement « marginal ou régional » ; il s'impose à tous et impose une « réaction commune plus efficace ».

Le président de la 'délégation Maghreb' du PE, Pier Antonio Panzeri (S&D, italien), a affirmé que les terroristes « ont tenté de porter un coup mortel à la fragile démocratie tunisienne. Leur objectif est clair ». Il estime qu'une « telle situation nous oblige, Européens et Tunisiens, à adopter ensemble une réponse politique appropriée ». L'Europe « doit non seulement redoubler son soutien aux institutions tunisiennes, mais encore exiger de la communauté internationale qu'elle prenne toutes ses responsabilités afin de défaire le terrorisme », a-t-il affirmé. Le parti de la Gauche européenne (PGE) condamne lui aussi l'attentat et observe qu'il « se produit à un peu moins d'une semaine » de la tenue d'un grand rendez-vous de la société, le Forum social mondial qui aura lieu à Tunis le 24 mars. Maite Mola, vice-président du PGE, qui y participera, appelle à soutenir cette manifestation, « ce qui est une façon de répondre à cette attaque de l'État islamique ». (Fathi B'Chir)

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