Bruxelles, 12/02/2015 (Agence Europe) - Les ministres des Finances de la zone euro se sont quittés, dans la nuit du 11 au 12 février, sans marquer un accord sur une déclaration commune indiquant la marche à suivre dans les négociations sur la suite au plan de sauvetage grec d'ici à l'Eurogroupe du lundi 16 février.
Les grands argentiers européens ne sont pourtant pas passés loin d'un accord sur un texte. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, avait quitté l'Eurogroupe un peu avant 23h, croyant que les ministres étaient parvenus à un langage commun. Mais un coup de fil à Athènes passé après le départ du ministre allemand par le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, a changé la donne. Selon plusieurs sources, après une discussion d'environ une demi-heure avec le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, M. Varoufakis a informé ses collègues qu'il ne pouvait pas donner son aval à la déclaration.
M. Tsipras ne pouvait prendre le risque politique d'arriver à son premier sommet européen, ce jeudi, avec une déclaration qui engage la Grèce dans le sens d'une extension trop explicite du plan d'aide actuel, alors que des manifestations appuyant la fermeté du nouveau gouvernement grec ont eu lieu, mercredi, dans plusieurs villes grecques et européennes, dont Bruxelles.
Le projet de déclaration de l'Eurogroupe cherchait un terrain d'entente sur des mesures du programme actuel (qui expire fin février) que le nouveau gouvernement grec était prêt à reprendre. Sur cette base, les autorités grecques auraient accepté d'envisager la possibilité d'une extension du plan de sauvetage. Dans ce projet de texte, la perspective d'un accord lundi 16 février sur l'extension du plan d'aide aurait été jugée trop explicite par Athènes. La Grèce voulait aussi une emphase plus importante sur le volet social des mesures.
« Il ne s'agit pas de la formulation mais de la quantité de progrès que nous avons faits », a tranché Jeroen Dijsselbloem, président de l'Eurogroupe, lors d'une courte conférence de presse au ton pessimiste. Il a décrit des discussions intenses, constructives et couvrant un large champ « dont le futur du programme actuel ». « La Grèce est dans un programme en cours qui expire à la fin du mois, ce qui établit clairement le temps que nous avons ; et nous avons discuté d'une extension » du plan d'aide, a-t-il souligné, précisant que, pour certains ministres, il s'agit de l'option favorite.
Néanmoins, l'Eurogroupe n'a pas été en mesure d'arrêter noir sur blanc le processus devant encadrer les négociations à venir. Son intention initiale était d'y parvenir « mais nous n'avons pas été en mesure de le faire », a admis M. Dijsselbloem. Selon le ministre belge, Johan Van Overtveldt, le travail technique se poursuivra dans les prochains jours malgré l'absence de conclusions écrites.
« Nous avons discuté de toutes les facettes de la crise grecque et de la façon dont l'Eurogroupe peut faciliter la transition vers une nouvelle phase dans l'histoire de l'économie grecque, de façon à surmonter la crise déflationniste et la crise humanitaire », a déclaré Yanis Varoufakis. Satisfait d'avoir eu l'opportunité de défendre la position grecque et d'avoir recueilli celle de ses partenaires européens, il a espéré que l'Eurogroupe du 16 février parviendra à une solution « optimale » pour tous. « Le fait d'avoir un nouveau mandat (politique en Grèce, ndlr) ne nous donne pas le droit de faire tout ce que nous voulons, mais il nous donne le droit d'être entendus », a-t-il souligné, évoquant la possibilité pour son pays de parvenir à « un nouveau contrat » avec ses partenaires européens. Soufflant le chaud et le froid, il a quand même soutenu que « la Grèce n'accepterait jamais de rester dans ce plan de sauvetage parce que, pour nous, ce programme est catastrophique ».
Le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, s'est quant à lui contenté de dire que la réunion avait été utile pour « clarifier la vision de la Grèce sur sa situation », mais également pour écouter les autres États membres sur le contexte de la Grèce.
De mémoire de plusieurs sources aguerries aux réunions de l'Eurogroupe, rarement les camps ont été aussi marqués, avec la Grèce clairement isolée face aux dix-huit autres pays. Le caractère peu structuré à ce stade des revendications d'Athènes a aussi été souligné. Aucune proposition écrite n'a été soumise par la Grèce, a indiqué le ministre finlandais. Celui-ci aurait dû s'entretenir bilatéralement avec M. Varoufakis, mais cette réunion n'a pas eu lieu en raison de la durée des négociations.
Un accord politique dès le 16 février est nécessaire, de manière à permettre aux États dont les procédures internes l'exigent de ratifier à temps l'accord, avant l'expiration du plan d'aide grec fin février. Faute de quoi, la Grèce perdrait une aide conséquente (1,8 milliard d'euros de tranche du FESF ; 1,9 milliard d'euros et environ 10 milliards d'euros réservés à la capitalisation des banques grecques) et éprouvera de grandes difficultés à honorer ses prochaines échéances de remboursement (4,7 milliards d'euros dus au FMI et 6,6 milliards à la BCE sur la période allant entre mars et août 2015). M. Varoufakis n'a pourtant pas douté que le gouvernement grec serait en mesure d'assurer son financement. (Elodie Lamer avec Mathieu Bion)