Strasbourg, 24/11/2014 (Agence Europe) - La motion de censure contre la nouvelle Commission européenne déposée par les europhobes et eurosceptiques du Parlement européen dans la foulée du scandale fiscal du 'Lux leaks' n'est pas crédible aux yeux des grands groupes politiques du Parlement européen. C'est ce qui ressort d'un débat lundi 24 novembre à Strasbourg, durant lequel le PE et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, se sont montrés résolus à assainir la situation fiscale en Europe.
Cette motion était portée par le groupe ELDD de MM. Farage et Grillo et soutenue par les NI. Ouvrant le débat, l'eurosceptique Marco Zanni (ELDD, italien), un des auteurs de la motion de censure, a fustigé Jean-Claude Juncker, le décrivant comme « la pire image de l'Union européenne ». « Si vous étiez un minimum crédible vous devriez démissionner ! », a lancé M. Zanni, affirmant encore que son groupe était le dernier à « défendre l'idéal européen ».
Le chef de file PPE, Manfred Weber, a assuré qu'il voulait que la Commission européenne puisse continuer à travailler. Gianni Pitella (S&D, italien) a dit ne pas craindre cette motion de censure, mais celle qui viendrait de citoyens européens si la Commission ne remplit pas sa tâche in fine, à savoir parvenir à une harmonisation fiscale eu Europe. Ryszard Antoni Legutko (CRE, polonais) s'est étendu davantage sur la question fiscale, prédisant à M. Juncker qu'il serait toujours poursuivi par ce scandale tant qu'il ne serait pas réglé. Il a en outre critiqué le fait que la Commission européenne se charge de l'enquête relative au Lux leaks, estimant qu'elle ne pouvait pas être juge et parti. Jugeant la motion « stupide », le président des libéraux européens, Guy Verhofstadt (ADLE, belge) a aussi estimé qu'il était « absurde » de commencer par une motion de défense avant même d'avoir commencé cette enquête.
Rebecca Harms (Verts/ALE, allemande) a estimé que l'affaire Lux leaks relance un malaise sur un aspect du fonctionnement de l'UE. Cela donne l'impression que les uns jouent contre les autres, et que la solidarité est un vain mot, d'après elle. Il faut tirer ces questions au clair. Tout ne sera pas réglé en faisant tomber M. Juncker, selon elle. La question de l'assiette fiscale commune est une question fondamentale. « Il faut régler cette question avec l'esprit européen qui vous caractérise », a-t-elle dit en s'adressant à M. Juncker. Steven Woolfe (ELDD, britannique) a déclaré que ce scandale fiscal n'allait pas s'effacer. Cette tâche va s'élargir tant que M. Juncker sera en poste en tant que président de la Commission, a-t-il dit en substance. Pour Marine Le Pen (NI, française), le Luxembourg a organisé « une évasion fiscale de grande ampleur ». Elle a estimé que M. Juncker était « pleinement responsable » d'avoir mis en place ces techniques fiscales. « Nous participons à cette motion de censure, il faut renverser la Commission Junker », a-t-elle lancé.
« Nous allons lutter contre l'évasion fiscale et la fraude fiscale », a notamment promis Jean-Claude Juncker en fin de débat. La Commission travaille sur une proposition de directive prévoyant un échange automatique d'information en matière de 'décisions fiscales anticipées'. Il a plaidé pour l'harmonisation fiscale et un système pour une base d'assiette commune. « Ne mettez pas en doute ma parole », a-t-il dit aux eurodéputés. (MD avec LC)