*** ALFONSO MATTERA: Notre européanité. Une Histoire millénaire, de l'épopée de Marathon à la réunification des peoples de l'Ancien Continent. LGDJ (Lextenso Éditions, 70 rue du Gouverneur Général Eboué, F-92131 Issy-les-Moulineaux. Tél.: (33-1) 40934000 - fax: 40518185 - Internet: http://www.lextenso-editions.fr ). 2014, 517 p., 54 €. ISBN 978-2-275-04408-8.
Il est décidément des personnes aux talents multiples. Alfonso Mattera est l'une d'elles. Certains l'ont connu comme au haut fonctionnaire de la Commission européenne, infatigable et méticuleux artisan du Marché unique européen. D'autres l'ont découvert et suivi au détour des cours qu'il dispense depuis des années au Collège européen de Parme, au Collège d'Europe de Bruges et dans plusieurs universités européennes. Il en est d'autres encore qui le connaissent à travers la Revue du Marché unique européen qu'il a fondée en 1991 et qu'il continue d'animer avec d'autres anciens de la fonction publique européenne sous l'appellation Revue du Droit de l'Union européenne. Il y a ceux qui, enfin, ont approfondi leurs connaissances sur l'Europe telle qu'elle se construit par le biais des nombreux ouvrages que ce juriste et politologue italien a écrits. Celui qu'il signe cette fois prouve que le technicien compose, en sa personne, avec l'érudit et l'homme de lettres, à savoir un auteur aussi élégant que convaincant dans une remarquable défense d'une européanité à l'histoire millénaire qui s'est cristallisée, au sortir des drames nationalistes et de l'infamie de la Shoa, dans « une des aventures les plus extraordinaires que l'homme ait entreprise »: la révolution que constitue, depuis la « fameuse déclaration Monnet-Schuman », la construction européenne qui invente « un nouveau modèle de civilisation humaniste ».
Pour cerner le rêve européen, Alfonso Mattera parcourt d'abord « vingt-cinq siècles d'Histoire, de Socrate à Jean Monnet », se plaisant notamment « à penser que la demeure sicilienne de Zeus et Europe était Taormine - l'un des premiers foyers de la Grande Grèce - dont le nom » dérive de « taurus-moenia (taureau dans la forteresse) », cette ville sicilienne étant devenue la matrice de la Communauté économique européenne les 2 et 3 juin 1955 au terme du premier… « marathon nocturne européen ». Il voit aussi dans Philippidès, le soldat qui courut jusqu'à en mourir pour annoncer la victoire des Grecs sur les Perses (et dont une sculpture orne la couverture de cet ouvrage qui est aussi une réussite graphique), celui à qui l'on doit que, « depuis ce jour, la valeur indestructible de la liberté fait partie du patrimoine spirituel européen », de ce continent qui n'est pas Vieux, « dénomination quelque peu méprisante, forgée au XVIIe siècle par les habitants du Nouveau Continent », mais qui est une Europe « ancienne, tout comme le sont son histoire, sa civilisation, les valeurs qu'elle nous a transmises et qui ont façonné notre européanité ». Après avoir passé en revue les grandes étapes de l'histoire du continent (Alexandre le Grand, « premier messager des valeurs européennes dans le monde », l'Europe de la Rome antique puis de l'Empire romain d'Orient, l'Europe carolingienne, celle du Moyen Âge, l'Europe de l'Humanisme et de la Renaissance, les premiers projets d'unification européenne, l'Europe des Lumières qui précède l'Europe napoléonienne et celle du Romantisme qui voit naître « le conflit potentiel entre l'idée de nation et celle d'européanité », le tout étant suivi par « la crise des valeurs identitaires européennes » qu'alimentent l'impérialisme, le nationalisme et le totalitarisme), il en vient au 9 mai 1950, cette « date qui a réécrit l'Histoire de l'Ancien Continent » au lendemain d'une « deuxième guerre mondiale » - rien ne prouve qu'il n'y en aura pas une troisième… - qui n'a été rien d'autre qu'un « acte de barbarie contre l'humanité ». A partir de là, il se fait le témoin des différentes phases de la construction européenne, interrogeant « la mémoire historique vivante afin d'en discerner, par une description fidèle des faits, l'humanité cachée, la spontanéité, le sentiment profond des protagonistes ». Ainsi se déroule le récit d'une aventure majestueuse qui, jusqu'à ce jour, s'est toujours renforcée des crises mêmes qu'elle nourrissait en son sein.
En sera-t-il de même demain ? La responsabilité de l'Europe du troisième millénaire est désormais, dans la foulée du prix Nobel de la paix qui lui a été fort justement attribué, de se muer en « une civilisation humaniste, artisan d'un monde meilleur », affirme Alfonso Mattera dans son dixième et dernier chapitre, le témoin s'y faisant prophète et, surtout, procureur. Il faut en finir, s'emporte-t-il, avec les nuisances et pollutions eurosceptiques et, pire, europhobes qui prolifèrent comme de la mérule « surtout sur le sol britannique » où (plus qu'ailleurs mais pas seulement là…) sévissent à foison des personnages « encore liés aux vestiges d'un passé impérial et de ce fait sourds aux appels de l'Histoire et incapables d'en saisir les changements ». En ceux qui « rejettent », « vilipendent » et « profanent une Europe qui est aujourd'hui un modèle de civilisation humaniste dont s'inspirent de très nombreux pays du globe », il discerne les personnages de la caverne de Platon qui percevaient et jaugeaient le monde sur la base d'« ombres vacillantes » trahissant le réel. Non, rectifie-t-il en étayant son propos, l'Union européenne n'est pas et ne sera pas « un Super-État bureaucratique et centralisateur visant à homogénéiser les identités nationales », ni une entité pleinement politique où triomphe « un déficit politique et démocratique ». L'affirmer revient-il à mentir ? Sans aucun doute. Toutefois, n'est-ce point trop rêver qu'émettre l'espoir que certains « politiciens et chroniqueurs » de notre temps puissent essayer « de se libérer des chaînes de l'ignorance en sortant de leur caverne et en observant la réalité des choses qui les entoure » ? Cet ouvrage superbe, sur la forme comme sur le fond, n'est donc pas pour eux, mais bien pour tous les autres, bien plus nombreux. Et surtout pour les jeunes, appelés à poursuivre la plus grande des révolutions ! Le cadeau idéal à leur offrir en cette époque de fêtes de fin d'année…
Michel Theys
*** ERIC VAN DEN ABEELE: La réglementation « intelligente, affutée et performante » de l'UE: une nouvelle bureaucratie au service de la compétitivité ? Institut syndical européen (5 bld. du roi Albert II, B-1210 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2240470 - fax: 2240502 - Courriel: etui@etui.org - Internet: http://www.etui.org ). Collection "Working Paper", n° 2014.05. 2014, 31 p..
Le débat fait rage entre ceux qui, au niveau européen, souhaitent déréglementer, ceux qui souhaitent adapter la réglementation en fonction de la compétitivité des entreprises et ceux qui estiment, envers et contre tout, que la réglementation est un facteur de sécurité juridique et de protection de l'intérêt général au sens large. Dans cette brève étude, un chercheur belge invité à l'Observatoire social européen qui enseigne aussi à l'Université de Mons-Hainaut s'emploie à vérifier où l'on en est exactement sur ce plan. Dans un premier temps, il passe en revue la pratique des acteurs à l'aune du système d'analyse d'impact de la législation et de la volonté de réduire les charges administratives et réglementaires. Dans la seconde partie, il analyse le nouveau programme Refit - pour « Regulatory Fitness and Performance Programme », cet acronyme étant en soi très révélateur de la volonté de certains de mincir la réglementation plutôt que d'en améliorer les performances… - et s'emploie à voir en quoi ce nouvel outil se situe dans la continuité ou en rupture des agendas précédents. Son diagnostic est implacable. Non seulement l'objectif initial de simplification et d'amélioration de la qualité a été délaissé au profit de la lutte contre la bureaucratie et la contribution à la compétitivité, mais la Commission en est arrivée à se lier elle-même les mains et, partant, à renoncer à son « rôle moteur » en se laissant contourner. « Le risque est que la décision politique soit progressivement délégitimée au bénéfice de l'expert, (…) censé tout comprendre et tout pouvoir évaluer, au moindre coût », s'inquiète l'auteur qui voit dans cette dérive une menace pour « le projet d'une Europe fédérale ».
(MT)
*** BRENT F. NELSEN, ALEXANDER STUBB (sous la dir. de): The European Union. Readings on the theory and practice of European integration. Lynne Rienner (1800 30th Street, Suite 314, Boulder, CO 80301, USA. Tél.: (1-303) 444-6684 - fax: 444-0824 - Courriel: questions@rienner.com - Internet: http://www.rienner.com ). 2014, 403 p., 27,50 $. ISBN 978-1-62637-033-3.
Pensé - par un professeur de science politique et par celui qui est aujourd'hui le Premier ministre finlandais - comme une introduction à l'étude des concepts d'Europe unie et d'intégration, cet ouvrage réunit les travaux jugés les plus significatifs du développement des théories en la matière. Dans cette quatrième édition mise à jour et enrichie, les auteurs présentent d'abord les visions des premiers concepteurs de l'Union européenne, ainsi que des textes marquants que signent, entre autres, Altiero Spinelli, Jean Monnet, Robert Schuman ou encore Stanley Hoffman. Les troisième et quatrième parties sont consacrées aux développements politiques plus récents, appréhendés sur les plans théorique et pratique, qu'il s'agisse des moyens mis en oeuvre pour lutter contre la crise, pour endiguer le malaise politique, ainsi que pour gérer les conflits culturels et la compétition internationale.
(CDe)
*** ERRATUM. L'adresse courriel exacte des Éditions La nuée Bleue (voir la tête de la Bibliothèque européenne n° 11198/1070 du 18 novembre dernier, est lanueebleue@editions-quotidien.fr.
*** JEAN-MARC FAVRET: L'essentiel de l'Union européenne. Ses institutions et son droit. Gualino éditeur (Lextenso éditions, 70 rue du Gouverneur Général Félix Eboué, F-92131 Issy-les-Moulineaux Cedex 02. Tél.: (33-1) 40934000 - fax: 40518185 - Internet: http://www.lextenso-editions.fr ). Collection "Les Carrés Droit/Science politique". 2014, 102 p., 11,50 €. ISBN 978-2-297-040012-9.
Avec cet ouvrage qui en est, excusez du peu, à sa… quatorzième édition, un docteur en droit qui est rapporteur public à la Cour administrative d'appel de Nancy présente de manière très pédagogique, en vingt fiches aussi claires que didactiques, l'Union européenne et le droit qui la régit. Il initie notamment son lecteur - vraisemblablement un étudiant, mais ce peut aussi être tout honnête citoyen désireux de s'y retrouver un peu plus et de façon synthétique dans les arcanes de l'Union - à ce que sont les grandes étapes de la construction européenne, l'élargissement, les sièges des institutions, le processus décisionnel, la hiérarchie des normes, les voies de recours en droit européen, ou encore les rapports entre le droit européen et le droit de la Convention européenne des droits de l'homme. L'ouvrage est mis à jour jusqu'aux élections européennes du mois de mai dernier.
(PBo)
*** Il Federalista. Rivista di politica. Edif (8 Villa Glori, I-27100 Pavia. Internet: http://www.ilfederalista.eu ). 2014, n° 1-2, 207 p.. Abonnement annuel: 25 € (Europe), 30 € (étranger).
Paru avant les dernières élections européennes du mois de mai dernier, ce numéro d'une publication proche du Movimento Federalista Europeo plaidait pour que la nouvelle législature soit constituante, tant il est vrai, expliquait l'éditorialiste, que si « le processus de transformation de l'union monétaire en une véritable union politique » n'aboutit pas au cours des cinq années qui viennent, c'est à la mort du projet européen que l'on risque de devoir assister. Dans le même esprit, beaucoup d'autres contributions reviennent sur les trente ans du projet Spinelli ayant amené le Parlement européen à se déclarer en faveur d'une constitution fédérale, Pier Virgilio Dastoli, ancien très proche collaborateur de l'homme de Ventotene, rappelant toute l'actualité de ce projet et le Pr. Mehemet Cevat Yildirim les occasions qui ont été perdues faute de l'avoir adopté. D'autres contributions portent encore, entre autres, sur la crise en Ukraine et sur le rôle de l'État dans l'économie désormais globalisée.
(MT)
*** Fedechoses… pour le fédéralisme. Presse fédéraliste (Maison de l'Europe et des Européens, 242 rue Duguesclin, F-69003 Lyon. Internet: http://www.pressefederaliste.eu ). Septembre 2014, n° 165, 40 p.. Abonnement annuel: 30 €.
Dans ce numéro d'une revue fédéraliste française toujours combattive, Lucio Levi, le président du Movimento Federalista Europeo, voit dans le choix de Jean-Claude Juncker pour présider la Commission « une première victoire du Parlement européen contre l'absolutisme du Conseil européen ». Une autre thématique mise à l'honneur est, outre le centième anniversaire de la mort de Jaurès, est celle des régions d'Europe qui revendiquent leur indépendance. A ce propos, l'éditorialiste constate, à la lumière du Canton du Jura, que les aspirations à l'autogouvernement ne doivent pas fatalement rimer avec indépendance.
(PBo)
*** PETER CSERNE, MIKLÓS KÖNCZÖL, MARTA SONIEWICKA (sous la dir. de): The rule of Law and the Challenges to Jurisprudence. Central and eastern European Forum for Legal, Political, and Social theory Yearbook. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - fax: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2014, 148 p., 39,95 €. ISBN 976-3-631-64381-5.
Les dix essais composant ce livre sont une sélection des textes présentés lors du quatrième « Forum d'Europe Centrale et de l'Est pour les théories juridiques et sociales » qui a été organisé en mars 2012 à Celje, en Slovénie. Les auteurs sont tous de jeunes chercheurs d'Europe centrale et orientale actifs dans les domaines juridique, politique et social. Les textes présentés reflètent leurs interrogations concernant ce qu'est réellement et ce que devrait être l'État de droit, les auteurs reconsidérant la démocratie à la lumière des récentes controverses suscitées par celle-ci. L'ouvrage est divisé en cinq rubrique: « Relecture des classiques », « Méthodologie de la jurisprudence », « Raisonnement juridique et objectivité », « Judiciaire, légitimité, démocratie » et « Les frontières de la justice criminelle ». Le Forum se veut, entre autres, une réponse de la jeune génération de chercheurs de la région à la domination des recherches américaines et occidentales dans ce domaine. Il est l'expression moins d'une intention de construire un contre-pouvoir que d'une volonté de se pencher sur les problèmes rencontrés dans la région afin d'y articuler une voie distincte en tenant compte du fait que, ces deux dernières décennies, chercheurs et citoyens d'Europe centrale et orientale ont eu de nombreuses occasions de réaliser que ni la démocratie ni l'État de droit ne peuvent jamais être considérés comme acquis.
(CDe)