Les évènements de la semaine dernière ont été pour l'Europe dramatiques, et en même temps instructifs et susceptibles de suites encourageantes. Le fanatisme cruel du prétendu État islamique (Daesh) a été confirmé, avec les horreurs qu'on connaît. En même temps, un point positif a encore progressé: la perspective d'un dialogue direct UE-Russie, certes prudent et pour certains aspects même méfiant, mais avec des perspectives positives pour les deux parties. Ces évolutions méritent quelques remarques.
La relance du dialogue UE-Russie est mûre. Federica Mogherini, Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la sécurité, s'est exprimée à plusieurs reprises sur les relations avec la Russie, aussi bien à l'occasion du Sommet australien du G20 qu'après son retour en Europe. Elle croit à la relance, terme qu'elle a utilisé pour le dialogue qu'elle envisage. « La Russie fait partie des problèmes, mais aussi de la solution », a-t-elle déclaré, en ajoutant que « plusieurs ministres m'ont demandé d'aller à Moscou » (les plus réticents étant les pays de l'UE qui sont les plus proches du territoire russe, attitude compréhensible).
Certes, la Haute représentante souhaite évidemment que sa visite à Moscou soit soigneusement préparée. Elle sait que les mesures punitives réciproques qui constituent les relations actuelles coûtent cher des deux côtés (à Moscou plus qu'à l'UE) et elle croit au dialogue direct. Devant les journalistes, d'un ton mi-blagueur, elle a conclu: il faut que je me prépare (pour ce voyage).
Le dialogue direct avec la Russie est une conduite que Mme Mogherini partage avec d'autres. À Brisbane, tous les observateurs avaient remarqué l'entretien de quatre heures (!) entre Mme Merkel et M. Poutine. Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, avait aussi déclaré qu'un vrai dialogue avec la Russie est souhaitable. Mais il est inutile que je prolonge la liste ; je ne peux que prendre acte positivement d'une évolution que je préconise depuis longtemps. Un dialogue direct UE-Moscou, prudent et sans concessions injustifiées, remplacera la série ruineuse de mesures restrictives insoutenables. À l'avantage de tous ceux qui préfèrent la coopération entre l'Europe et la Russie, les réserves étant dictées par des intérêts parfois «équivoques », sur lesquels cette rubrique reviendra si nécessaire.
Djihad: quelques vérités à ne jamais oublier. Est-il encore nécessaire de revenir sur le degré d'ignominie auquel est arrivé l'État islamique, après les preuves qu'il diffuse lui-même ? On peut se demander si et quand, dans l'histoire de l'humanité, un degré analogue d'infamie a déjà été atteint. Quelques éclaircissements doivent être soulignés, car les faits en eux-mêmes ne sont pas suffisants:
la religion n'a rien à voir avec le comportement de Daesh. Pour les responsables et les protagonistes du Djihad, la religion musulmane n'est qu'une apparence. Les vrais objectifs ne sont que le pétrole, la richesse, la puissance et l'écrasement d'autres mouvements tout autant spécialisés en banditisme. Et le Djihad frappe d'autres Musulmans sans hésitation ;
l'État islamique dispose d'adeptes, armes et richesses qu'aucune organisation criminelle n'a jamais eu ;
selon un rapport de l'ONU (cité par The Guardian), 15 000 personnes issues de 80 pays ont rejoint les groupes fondamentalistes en Syrie et en Irak ;
au sein de l'UE, les jeunes impliqués ayant la citoyenneté d'un Etat membre seraient environ 3 000. En tant que citoyens communautaires, ils peuvent rentrer chez eux ; parfois ils sont eux-mêmes horrifiés par tout ce qu'ils ont dû faire ou tout ce qu'ils ont vu pendant leur périple, parfois ils continuent ou veulent continuer leur mission en Europe ;
une étude de l'anthropologue Dounia Bouzar parle d'une ambiance hypnotique créée autour des jeunes Européens d'origine musulmane. L'UE pourrait, peut-être, étudier la possibilité de leur enlever la citoyenneté européenne, s'ils sont coupables d'appel au Djihad et reviennent en Europe pour agir ;
je rappelle que la grande majorité des Musulmans rejette formellement les déviations citées et souhaite tout simplement vivre dans l'UE comme les autres citoyens.
La religion musulmane, l'une des fleurs de la civilisation humaine, ne doit jamais être associée à ces monstrueux bandits.
(FR)