Bruxelles, 29/10/2014 (Agence Europe) - La Commission européenne a sévèrement critiqué le projet de taxe Internet que le gouvernement hongrois a déposé le 21 octobre dernier. La commissaire en charge du Numérique, Neelie Kroes, a marqué son soutien aux dizaines de milliers de protestataires qui ont envahi massivement les rues de Budapest ces derniers jours afin de dénoncer un projet qu'ils jugent liberticide, estimant, sur son compte Twitter, que ce projet est « une honte ». « Il est terrible que le gouvernement hongrois pense pouvoir réduire la liberté de la presse en visant les propriétaires de médias, puis en taxant leur alternative. Mauvaise direction », a-t-elle déclaré en invitant tous les Européens à soutenir les protestataires. Cette taxe « fait partie d'un ensemble de comportements et de lois troublants de la part du gouvernement hongrois ; c'est en outre une mauvaise nouvelle pour Internet qui est une ressource globale commune », a ajouté Ryan Heath, le porte-parole de la commissaire, mardi 28 octobre.
Le projet du gouvernement de Viktor Orban est de prélever 150 forints (soit 0,50 euro) par gigaoctet transféré. Un montant que le gouvernement prévoit toutefois de plafonner à 700 forints (soit 2,26 euros) pour les particuliers, devant la pression générale. Pour lui, cette taxe est nécessaire pour combler les trous dans le budget 2015, la Hongrie étant l'un des États membres les plus endettés de l'UE. Et de préciser que la taxe incombera aux fournisseurs d'accès à Internet et non aux internautes. Ceci, alors que les Hongrois paient déjà des montants élevés pour l'accès à Internet, comparativement à d'autres pays européens, avec un prix par gigaoctet supplémentaire d'environ 10 euros contre, par exemple, 20 centimes d'euros pour la Finlande. Alors que le Parlement hongrois doit se prononcer sur le projet le 17 novembre, les Hongrois manifestent en masse depuis l'annonce de ce projet. Soulignant que le secteur numérique est l'avenir de l'économie européenne et qu'il empêchera en grande partie l'Europe de sombrer dans la récession, Ryan Heath a rappelé que la Hongrie est déjà sous la moyenne européenne pour tous les indicateurs numériques et que cette taxe ne fera qu'accentuer son retard. « Taxer cela (Internet) dans un pays qui est déjà sous la moyenne est tout particulièrement une mauvaise idée », a commenté M. Heath. Le porte-parole insiste par ailleurs sur l'importance pour la Commission européenne d'intervenir à ce stade dans le débat, avant l'adoption de ladite taxe, étant donné l'impact qu'elle produirait sur l'ensemble des citoyens européens: « Si la Hongrie crée un précédent à ce sujet, cela peut devenir un problème dans de nombreux autres pays membres et, donc, affecter plus largement la croissance européenne », a-t-il expliqué.
Les députées européennes Sophie in't Veld et Marietje Schaake ont, pour leur part, adressé une question parlementaire à la Commission européenne sur le projet hongrois. « Cette proposition de taxe Internet du gouvernement Orban va effrayer les investisseurs, limiter l'accès à Internet pour les personnes aux plus bas revenus et limiter la liberté d'Internet. Mon conseil: M. Orban, supprimez cette loi ! », a déclaré Sophie in't Veld. Marietje Schaake a ajouté: « La Hongrie ne peut pas arrêter la création d'un marché numérique Internet, dont l'Europe a si désespérément besoin. Étant le premier pays du monde à imposer une taxe pour l'utilisation d'Internet, il y a là un risque réel. Je veux aussi m'assurer que les projets du gouvernement Orban ne vont pas mettre en danger la neutralité du net ». (IL)