L'événement. Dans cette période de scepticisme européen, la nouvelle ne vas pas émouvoir les foules, mais cette rubrique entend attribuer à l'événement la signification qu'il mérite: la semaine prochaine, la nouvelle Commission européenne entre en fonction. C'est un progrès pour la démocratie, pour la liberté et pour le fonctionnement de l'UE, une avancée qui permettra progressivement aux opinions publiques de mieux comprendre l'évolution qui est en cours. Le progrès démocratique est évident: le Parlement européen est désormais le premier interlocuteur de la Commission, alors qu'auparavant ce rôle revenait aux chefs d'État ou de gouvernement. La place de ces derniers demeure incontournable, mais l'équilibre entre les différentes institutions est renforcé et amélioré.
Transformation. Lors du vote au Parlement le 22 octobre, le président élu de la Commission, Jean-Claude Juncker, a souligné que son institution ne sera pas un groupe de vingt-huit commissaires travaillant chacun dans son coin ; ce sera un ensemble de commissaires évoluant sous l'égide amicale des vice-présidents. Mais il avait précisé: le vrai patron sera quand même le président lui-même, en ajoutant: « Je suis trop vieux pour entamer une carrière de dictateur ; mais celui qui délègue ses prérogatives peut aussi les reprendre quand il faut. » On reconnaît le style: autant d'humour que de fermeté. À la même occasion, M. Juncker a aussi confirmé son projet d'un plan d'investissements de 300 milliards d'euros, mais sans indiquer les détails ; il les dévoilera avant Noël.
Le cas de Tibor Navracsics, ancien ministre de la Justice dans un gouvernement hongrois eurosceptique, n'a pas été évoqué à cette occasion. Il est évident qu'aucun député n'avait l'intention de créer des difficultés à la nouvelle Commission et le PE a préféré faire confiance au nouveau commissaire hongrois.
Questions ouvertes. Il ne faut pas oublier que le nouveau Parlement n'est pas composé que de personnalités politiques fidèles à l'unité européenne et favorables à son progrès ; les différentes tendances y sont représentées, y compris les forces politiques qui se battent pour l'affaiblissement de l'unité européenne, même parfois contre l'existence de l'Union: europhobes et eurosceptiques sont bien là.
Je vous invite à lire EUROPE 11182 pour le déroulement du débat au PE en détail. En particulier, la question controversée des négociations relatives au partenariat avec les États-Unis sur le commerce et les investissements a été évoquée. La réponse de Jean-Claude Juncker a surpris pas mal d'observateurs: très ferme, il s'éloigne en partie de la position européenne actuellement discutée avec les Américains et il a confié à son premier vice-président, Frans Timmermans, la responsabilité de suivre ce dossier.
Une évolution à suivre.
(FR)