Bruxelles, 28/10/2014 (Agence Europe) - Ceux qui affirment que l'opération de sauvetage en mer Mare Nostrum a créé un appel d'air pour les migrants irréguliers « ne savent pas ce qui se passe chez nous » et « ne savent pas de quoi ils parlent », a déclaré l'amiral de la Marine italienne, Filippo Maria Foffi, mardi 28 octobre lors d'une conférence organisée notamment par le Conseil européen des réfugiés et exilés (ECRE) à Bruxelles.
L'amiral italien a notamment précisé qu'à ce jour aucun ordre n'avait encore été donné de la part des autorités italiennes pour mettre fin à l'opération de sauvetage des migrants en mer Méditerranée. Début octobre à Luxembourg, le ministre italien de l'Intérieur, Angelino Alfano, avait expliqué que Mare Nostrum s'éteindrait dès le lancement de Triton, l'opération de l'agence Frontex appelée à prendre la relève logiquement à partir du 1er novembre (EUROPE 11173). Mais à quelques jours de l'échéance, l'amiral a indiqué ne pas avoir encore reçu de consignes pour stopper les opérations.
M. Foffi est revenu sur les critiques concernant Mare Nostrum et la prise en charge par les services italiens des migrants accueillis. Il existe des règles « très solides » sur le screening (identification et enregistrement des migrants, NdlR) « et après, il y a la réalité », a-t-il commenté. Les réfugiés syriens, par exemple, arrivent « avec une adresse en poche, ils ont de la famille ailleurs ; il est très difficile de leur dire: 'tu dois rester ici !' », a-t-il expliqué. « Il est très difficile d'obliger quelqu'un à rester sur le territoire » et « Mare Nostrum, ce n'est pas le ministère de l'Intérieur », a poursuivi l'amiral.
Pour Christopher Hein, directeur du Conseil italien des réfugiés, le règlement de Dublin, système qui organise le traitement des demandes d'asile entre les Vingt-huit, est en partie responsable de ces situations. Il a rendu quasiment « impossible pour les réfugiés de rentrer légalement dans l'UE », a-t-il observé.
Londres ne participera pas à 'Triton'
L'amiral italien a également indiqué qu'avec Mare Nostrum jusqu'à 700 trafiquants avaient pu être identifiés, grâce à l'interception par la police de 300 passeurs qui, interrogés, ont permis d'identifier près de 400 personnes supplémentaires. En un an, l'opération de sauvetage en mer a également permis de sauver plus de 100 000 migrants en détresse. Mais elle a aussi représenté un coût important pour le gouvernement italien, de l'ordre de 9 millions d'euros par mois, coût qui est, entre autres, à l'origine de l'arrêt de l'opération.
Concernant Triton, M. Foffi s'est dit « heureux » que plusieurs États membres prennent part à l'opération quand seule la Slovénie est venue en aide à Rome pour l'opération Mare Nostrum. Mais, là encore, l'amiral italien a indiqué n'avoir reçu à ce jour aucune documentation officielle sur l'opération Triton, se disant dans l'incapacité de savoir comment la Marine italienne y serait associée.
Lundi, le gouvernement britannique a fait savoir qu'il ne participerait pas à l'opération Triton. « Nous pensons que [ces opérations] créent un 'facteur d'attraction' involontaire, encourageant plus de migrants à tenter la dangereuse traversée de la mer et conduisant donc à plus de morts tragiques et inutiles », a dit la secrétaire d'État aux Affaires étrangères, Joyce Anelay, rapporte l'AFP. La position du gouvernement est de se concentrer sur les « pays d'origine et de transit » et de lutter contre les passeurs, a-t-elle ajouté. (SP)