*** VICTORIA MARTÍN DE LA TORRE: Europe, a Leap into the Unknown. A Journey Back in Time to Meet the Founders of the European Union. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - http://www.peterlang.com ). Collection « Memories of an Evolving Europe / Mémoires de l'Europe en devenir », n° 5. 2014, 210 p., 28,90 €. ISBN 978-2-87574-173-8.
Il est des livres qui se savourent de la première à la dernière page ; celui-ci est l'un d'eux. Pourtant, il parle d'un sujet en apparence austère, la naissance de l'Europe communautaire. A l'évidence, il est des thèmes plus séduisants, plus attractifs. Mais voilà, le talent de l'auteur est tel que le livre se lit d'une traite, comme un roman à suspens de belle facture. On y reconnaît la patte de la journaliste qu'a été Victoria Martín de la Torre. Sans la crise qui a frappé son pays et l'Europe tout entière, peut-être serait-elle d'ailleurs toujours la journaliste qui traite les informations européennes pour l'hebdomadaire Tiempo. Mais voilà, la vie en a décidé autrement, et c'est au Parlement européen qu'elle s'active désormais, en tant que membre du service de presse du Groupe des Socialistes et Démocrates. Entre-temps, elle avait aussi fait une pause carrière le temps de décrocher un diplôme au Collège d'Europe à Bruges. C'était à l'époque où les « conventionnels » élaboraient le projet de traité constitutionnel, lorsque l'opportunité de doter l'Europe d'une constitution ou de mentionner les « racines chrétiennes » alimentait les échanges d'idées dans les couloirs de l'institution brugeoise. C'est alors que lui est venue l'idée d'écrire ce livre.
Dans ces pages, elle nous parle tour à tour de Jean Monnet, le « vendeur de rêves », de Robert Schuman, « un ministre avec une tonsure », de Konrad Adenauer, « le vieux chancelier », d'Alcide De Gasperi, « mari, père et leader », et de Paul-Henri Spaak, « un maître sur la scène politique ». Pourquoi s'émouvoir pour de nouvelles biographies de personnages qui en comptent tous déjà plus d'une ? Parce que ces courtes biographies sont, en réalité, bien plus que des biographies. Après s'être plongée dans leurs archives les plus personnelles et avoir rencontré des personnes les ayant côtoyées de très près, à l'instar d'Antoinette Spaak et de... Konrad Adenauer Jr., petit-fils de l'homme d'État allemand, Victoria Martín de la Torre ne rend pas compte froidement du parcours suivi par chacun, ce à quoi Wikipédia suffit, ou à peu près. Non, elle les fait en quelque sorte « revivre », partager leurs sentiments, leurs visions, leurs colères et leur tristesse parfois. Ce sont des hommes de chair et de sang qui disent leur histoire dans ce livre, qui se livrent en posant les actes qui les ont faits entrer dans l'histoire. En réalité, comme elle l'explique joliment, Victoria Martín de la Torre donne la parole à ceux qu'elle sent même être devenus ses « amis ». Ce n'est pas tout: au-delà de ces portraits vivants, emplis d'humanité, elle raconte aussi, chaque fois, les événements qui ont précédé le moment où ils ont été portés à la célébrité. Ainsi, avant de nous parler de Monnet, elle nous fait vivre le Congrès de La Haye de 1948 comme s'il avait eu lieu hier, en sa présence. Elle est aux côtés de Salvador de Madariaga lorsqu'il pénètre dans une capitale néerlandaise où les plaies de la guerre restent à vif, elle voit les personnalistes Denis de Rougemont et Hendrik Brugmans pester contre la vision anglo-saxonne de l'Europe qui est celle de Churchill, elle observe le sourire qui s'inscrit sur le visage de Konrad Adenauer lorsque Churchill salue la délégation allemande, elle voit aussi, à la clôture du Congrès, le désappointement que la moue de Spinelli exprime… L'auteur nous fait revivre l'événement comme si nous y étions ! Et c'est vrai aussi pour la période de gestation de la Déclaration Schuman, pour la mise en place de la Communauté européenne du charbon et de l'acier, pour l'immense « fiasco » de la Communauté européenne de défense, pour l'action des pays du Benelux afin que le sursaut revête la forme des Traités de Rome. Passionnant !
C'est aussi un livre d'actualité. Dans sa préface, Javier Solana constate de manière lucide combien la crise fait renaître des messages politiques nationalistes et extrémistes, des appels démagogiques au repli sur soi, que l'on croyait éteints à jamais. Pour l'ancien Haut Représentant pour la politique étrangère et Secrétaire général du Conseil, il est donc urgent qu'une génération de refondateurs se manifeste afin de permettre que les « jeunes rêvent à nouveau ». Alors que « la crise nous a placés face au miroir », il est indispensable, lance cet héritier de Salvador de Madariaga, de trouver « une nouvelle dose d'imagination et de confiance en nos valeurs pour lancer un nouveau processus d'intégration », faute de quoi le « saut dans l'inconnu » de Schuman risque de nous ramener… aux horreurs du passé.
Michel Theys
*** ESTELLE POIDEVIN: L'Europe, une affaire intérieure ? Ce qui change en Europe. Éditions L'Harmattan (5-7 rue de l'École-Polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: Courriel: harmattan1@wanadoo.fr - Internet: http://www.harmattan.fr ). Collection « Inter-National ». 2014, 172 p., 18 €. ISBN 978-2-343-03796-7.
Notamment diplômée de l'École de journalisme de Lille, Estelle Poidevin a le souci de la pédagogie. Il est vrai que l'Union européenne en a bien besoin, elle qui serait, disent certains (y compris dans le milieu de la presse), incompréhensible pour les citoyens. D'où cet ouvrage par lequel celle qui travaille désormais en tant que communicante du Parlement européen s'emploie à clarifier tant que faire se peut l'Union et certaines de ses politiques. S'oriente-t-on vers une gouvernance économique renforcée ? De quelle marge de manoeuvre l'Union dispose-t-elle dans le domaine social ? A quoi sert le budget européen et comment est-il structuré et alimenté ? Convient-il, en 2014, de « maintenir la politique agricole commune » ? Et la politique commerciale de l'Europe n'est-elle pas trop naïve ? Ce sont autant de questions auxquelles apportent des réponses en vue de clarifier le débat. Elles sont parfois si détaillées qu'il n'est toutefois pas sûr que le citoyen européen lambda puisse la suivre sans risquer, par moment, l'indigestion. A la fin de chaque thème abordé, elle offre aussi un regard extérieur par le biais d'un entretien avec un spécialiste, tel l'économiste Jocelyn Guitton (Sciences Po) qui, interrogé sur les conséquences d'une sortie de l'euro prônée par certains, répond que cela entraînerait entre autres une « spoliation des épargnants ». Un regret aussi: la journaliste a-t-elle oublié que les acronymes tuent la communication, et leur abus davantage encore ?
(MT)
*** GEORGE VOSKOPOULOS: L'Union européenne. Les institutions, les politiques, les défis, les problèmes. Éditions Epikentro (9 rue Kamvounion, GR-54621 Thessalonique. Tél.: (30-231) 0256156 - fax: 0256148 - Courriel: books@epikentro.gr - Internet: http://www.epikentro.gr ). 2014, 349 p., 24,46 €. ISBN 978-960458194-8.
L'Union européenne doit être analysée comme un système distinct de la gouvernance dans le vaste domaine de la science politique. Pour leur part, la politique et les activités politiques peuvent être analysées et estimées comme étant une manière de gouverner, ce au moyen d'institutions et de processus de gouvernance qui fixent les priorités spécifiques de développement, tels que les objectifs sociaux à atteindre, les biens publics à fournir, etc. Professeur au département d'études internationales et européennes de l'Université Aristoteleion de Salonique, George Voskopoulos montre dans cet ouvrage que la gouvernance et l'exercice de la politique sont en quelque sorte synonymes. Mais la politique s'est définie comme étant « la science et l'art de la gouvernance », alors que son sujet est « la forme, l'organisation et l'administration de l'État ». Quant à l'Union européenne, elle est principalement, mais pas exclusivement, le domaine de la politique comparée. Sur cette toile de fond, l'auteur analyse « les similitudes et les différences » des différents systèmes politiques fondés sur des principes et des traditions qui diffèrent et montre, à travers plusieurs exemples, comment les institutions européennes en portent la marque, ainsi que les défis auxquels elles doivent faire face.
(AKa)
*** GIANNI BONVICINI (sous la dir. de): Il Parlamento europeo per la nuova Unione. Edizioni Nuova Cultura et Istituto Affari Internazionali (9 via Angelo Brunetti, I-00186 Rome. Internet: http://www.iai.it ). Collection « Quaderni IAI - Nuova Serie », n° 9. 2014, 139 p., 14,20 €. ISBN 978-88-6812-280-5.
Fondé en 1965 à l'initiative d'Altiero Spinelli qui fut son premier directeur, l'Institut des Affaires internationales a toujours oeuvré en vue de promouvoir la connaissance du monde dans lequel vit l'Italie. Dans ce neuvième recueil de la nouvelle série des « Quaderni IAI », c'est à son environnement le plus proche et à lui-même qu'il s'intéresse puisque le numéro est tout entier consacré au Parlement européen dans le contexte des élections européennes du mois de mai dernier. Sous la houlette du vice-président adjoint de l'Institut, les auteurs s'emploient à décrire des stratégies de relance de l'intégration européenne fondées sur un rôle plus central et plus inspirateur de l'institution parlementaire. Le potentiel d'un rapprochement entre le Parlement européen et les parlements nationaux est ainsi mis notamment en exergue, les auteurs s'accordant également pour estimer que seule une révision des traités permettra à l'Union européenne de sortir par le haut de la crise en cours et de sa gestion par des outils intergouvernementaux.
(MT)
*** COSMIN GABRIEL MARIAN: Romanian Parliamentary Elections 1990-2012. Stability and Stir. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - http://www.peterlang.com ). 2013, 136 p., 31,95 €. ISBN 978-3-631-64782-0.
Pendant près d'un demi-siècle, la Roumanie a connu un système parti unique. Lors des premières élections véritablement démocratiques en 1990, les partis historiques ressuscités ont eu du mal à faire leur entrée au parlement, ce qui fut encore le cas en 1992 où près de deux Roumains sur trois décidèrent encore de voter pour « l'ancien régime ». Ce n'est que lors des scrutins suivants (1993, 2000, 2004, 2008 et 2012) qu'une nouvelle classe politique a pu émerger. Dans ce livre, un professeur d'université montre comment, à partir de l'émergence d'une poignée de partis majeurs apparus vers 1990, le système politique roumain s'est progressivement stabilisé et construit autour de ces derniers sans qu'aucun autre formation politique ne parvienne ensuite à les défier par la suite, les différentes élections législatives s'étant depuis lors caractérisées par une grande stabilité relevant même de la monotonie.
(SLa)
*** YANNIS KOLIOPOULOS, KOSTAS CHATZIKONSTANTINOU, VASSILIS GOUNARIS (sous la dir. de): La coopération transfrontalière entre la Grèce et l'ARYM (Ancienne République Yougoslave de Macédoine) comme demande. Editions Epikentro (9 rue Kamvounion, GR-54621 Thessalonique. Tél.: (30-231) 0256156 - fax: 0256148 - Courriel: books@epikentro.gr). 2014, 390 p., 25,47 €. ISBN 978-960458175-7.
Fruit d'un programme qui vise à renforcer la coopération entre les deux pays dans le contexte européen, cet ouvrage collectif entend bâtir sur la coopération qui a débuté entre la Grèce et l'Ancienne République yougoslave de Macédoine et sur les relations qui se sont nouées dans leurs zones frontalières. Coordonnée par trois professeurs d'histoire moderne à l'École philosophique de l'Université Aristote de Thessalonique, cette étude examine les dimensions juridiques du différend bilatéral entre la Grèce et cette ancienne République yougoslave sur le nom « Macédoine » et analyse l'état des relations bilatérales entre les deux pays de 1991 à nos jours. C'est en définitive un livre qui, loin d'aphorismes faciles, contribue scientifiquement à mieux comprendre les relations entre ces deux pays, leurs différences, mais aussi ce qui les rapproche et les perspectives d'une coopération plus large à l'avenir.
(AKa)
*** STAVROS LYGEROS: Le problème chypriote: la solution hérétique. Editions Patakis (38 P. Tsaldari, GR-10437 Athènes. Tél.: (30-210) 3650000 - fax: 3650069 - Courriel: press@patakis.gr - Internet: http://www.patakis.gr ). Collection « Sciences sociales et politiques ». 2014, 241p.. ISBN 978-960-16-5938-1
Dix ans après le rejet du plan Annan par les Chypriotes grecs, le processus visant à imposer une solution de type Annan à Chypre est lancé. Éditorialiste au quotidien « Kathimerini » et auteur des trois livres sur le problème chypriote, Stavros Lygeros prouve, avec celui-ci, que c'était prévisible depuis que Nicosie a perdu l'occasion en or de capitaliser sur l'immense « non » (76%) de 2004 en lançant une stratégie de révision à partir de zéro. Selon l'auteur, le cadre de négociation intitulé « fédération bizonale » conduit inévitablement à des plans de type Annan, c'est-à-dire à une confédération singulière et non durable. Ces projets, tout en cultivant l'illusion de la réunification de Chypre, ne feraient en fait que légitimer le contrôle d'Ankara dans le nord de l'île et introduiraient des hypothèques turques dans le sud.
(AKa)
*** PIOTR FORECKI: Reconstructing Memory: The Holocaust in Polish Public Debates. Peter Lang (1 Moosstrasse, P.O. Box 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - http://www.peterlang.com ). Collection « Geschichte Erinnerung Politik », n° 5. 2013, 288 p., 54,95 €. ISBN 978-3-631-62365-7.
Dans cet ouvrage, un membre de l'Association de l'Institut Historique Juif et professeur assistant à la faculté de Sciences politiques et Journalisme de l'Université de Poznañ vise à reconstruire et analyser les conflits sur le passé juif polonais et sa mémoire dans les débats publics en Pologne entre 1985 et 2012. L'analyse prend notamment pour appui les discussions suscitées par la « Shoah » de Claude Lanzmann, l'essai de Jan B³onski « The Poor Poles Look at the Ghetto », le livre de Jan Tomasz Gross « Neighbors, Fear and Golden Harvest » et la controverse entourant « The Aftermath » de W³adys³aw Pasikowski. L'un des principaux acquis de la transition politique polonaise a été, en effet, de débloquer le discours public. De nombreuses questions et sujets n'avait été jusqu'alors que très peu pris en compte, quand ils n'étaient pas ignorés ou falsifiés. Le thème de l'Holocauste et de l'attitude de ses témoins polonais fut l'un des problèmes dont la Pologne communiste ne parlait pas, en tout cas pas de façon honnête. Lors de la dernière décennie du système communiste, le silence a été rompu par la presse catholique et celle d'opposition, mais de manière encore limitée. L'analyse de cet ouvrage se focalise sur l'évolution et la dynamique des débats, surtout sur la diversité des opinions qui s'est révélée dans ce processus.
(SLa)