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Bulletin Quotidien Europe N° 11185
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) banques

Le bilan de santé du secteur bancaire accueilli avec satisfaction

Bruxelles, 27/10/2014 (Agence Europe) - Les résultats du bilan de santé du secteur bancaire européen, auquel ont procédé la BCE et l'Autorité bancaire européenne (ABE), démontrent l'ampleur de l'effort de recapitalisation entrepris par le secteur depuis l'été 2013, évalué à près de 200 milliards d'euros.

Les banques européennes sont plus solides et démontrent qu'elles sont capables de faire face à un retournement brutal et prolongé de la conjoncture. Leurs actifs sont désormais valorisés de façon plus juste par le biais d'une méthodologie commune notamment en matière de pertes/profits et d'exposition aux risques souverains. Seuls quelques établissements, notamment italiens, ont été épinglés.

Au lendemain des résultats, le secteur bancaire italien était, lundi 27 octobre, dans le collimateur des marchés. Après une chute supérieure à 15%, les cotations des banques Monte dei Paschi di Siena (MPS) et Carige ont été suspendues. L'hypothèse d'une fusion de MPS avec une autre institution était évoquée.

Les régulateurs européens et nationaux espèrent que cet exercice sans précédent de transparence permettra de restaurer la confiance et in fine de relancer les prêts à l'économie, le financement bancaire représentant plus de 80% des financements octroyés aux entreprises en Europe.

« Cette révision en profondeur sans précédent des positions des plus grandes banques donnera un coup de fouet à la confiance. En identifiant les problèmes et les risques, elle aidera à réparer les états financiers et rendra les banques plus résilientes et plus robustes. Cela devrait faciliter l'octroi accru de prêts en Europe et, partant, stimulera la croissance économique », a déclaré le vice-président de la BCE, Vítor Costâncio, dimanche 26 octobre à l'annonce des résultats. Selon lui, l'exercice effectué constitue « une pierre angulaire » dans la mise en place du volet 'supervision unique' de l'union bancaire en zone euro, à travers lequel la BCE supervisera directement 119 banques d'importance systémique.

Ces résultats permettent d'« identifier les faiblesses qui subsistent »: lorsque les positions en capital des banques sont insuffisantes, des mesures devront être prises dans les toutes prochaines semaines, a rappelé le commissaire sortant au Marché intérieur, Michel Barnier, pour qui ce bilan de santé complet n'est « pas une fin en soi », mais un outil pour que les banques soient « suffisamment solides » et aient « les capacités de financer l'économie de manière durable ». Mettant en garde contre toute complaisance vis-à-vis des résultats dévoilés, la priorité de l'institution européenne sera de garantir que l'effort de recapitalisation des banques épinglées respecte la législation communautaire et soit fourni en premier lieu par le biais de sources privées. Si une aide financière publique s'avère nécessaire, elle devra être conforme aux règles européennes révisées à l'été 2013 sur les aides d'État au secteur financier en période de crise.

Pour l'eurodéputé Roberto Gualtieri (S&D, italien), la publication de ces résultats constitue « une étape cruciale » vers la concrétisation de l'union bancaire dans la zone euro qui « mettra fin à la fragmentation du marché ». Constatant que le déficit en capital observé se situe « en dessous des attentes du marché », le président de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen est d'avis que le bilan de santé a incité avec raison le secteur bancaire à « anticiper » les résultats en levant des capitaux et en assainissant leurs bilans. Il s'est dit « confiant » dans le fait que les treize institutions financières épinglées présenteront, d'ici au 10 novembre, des plans de recapitalisation « crédibles ». Et d'annoncer que la commissaire à la Concurrence, Margrethe Vestager, s'exprimerait dès le lendemain devant la commission parlementaire.

Accueillant favorablement la comparabilité des données dévoilées qui permettra aux investisseurs de se forger leur propre jugement sur la santé du secteur bancaire européen, le FMI a salué la volonté de la BCE de renouveler l'exercice « chaque année » en l'améliorant constamment.

Quant à l'industrie, elle s'est félicitée de la robustesse du secteur et de sa capacité à affronter une récession sévère, par la voix de la Fédération bancaire européenne (FBE). D'après la BCE, les banques européennes ont renforcé leur solvabilité grâce à un apport en fonds propres supérieur à « 200 milliards d'euros » depuis juillet 2013. « Ces résultats montrent que notre secteur est désormais en bien meilleure forme qu'il y a quelques années. Ils devraient dissiper les doutes persistants sur la santé du secteur bancaire européen », a déclaré son directeur exécutif Wim Mijs, désireux d'oeuvrer désormais pour « renforcer les marchés financiers de l'UE ».

Deux exercices étroitement liés pour un bilan de santé complet

La BCE a procédé à une évaluation des actifs (AQR ou 'asset quality review') inscrits fin 2013 aux bilans des 130 plus grandes banques de l'eurozone, soit 82% des actifs bancaires totaux de la zone euro. En fixant à 8% le ratio minimal de solvabilité (part du capital de qualité optimale CET1 par rapport au total des actifs), elle a mis en lumière un déficit de capital de 25 milliards d'euros dans 25 banques établies en Italie (9 banques), en Grèce (3), à Chypre (3), en Belgique et en Slovénie (2 banques chacune), en Allemagne, en Autriche, en France, en Espagne, en Irlande, au Portugal (1 banque chacun). Douze de ces banques ayant déjà couvert leur déficit en fonds propres, les treize autres soumettront dans les deux semaines à la BCE un plan de recapitalisation détaillant la façon dont elles comptent lever du capital dans un délai de 6 à 9 mois, d'abord par le biais de sources privées.

L'analyse de la BCE a également permis d'ajuster la valorisation des actifs bancaires à hauteur de 48 milliards d'euros dont 37 milliards ne nécessitant pas une recapitalisation, ainsi qu'une exposition additionnelle à des prêts non performants (retard de remboursement supérieur à 90 jours) de 136 milliards.

L'ABE a ensuite procédé à des tests de résistance sur 123 banques de l'UE plus la Norvège. Outre le scénario qui fixait le ratio minimum de solvabilité à 5,5% face à un scénario adverse (forte récession, forte baisse des prix de l'immobilier, forte hausse du chômage entre 2013 et 2016), la nouveauté des tests a consisté à intégrer les résultats de l'évaluation de la qualité des actifs dans le scénario de base. Les résultats des 'stress tests' font apparaître une chute du ratio moyen de solvabilité observé au départ de 11,1% à 8,5%. Ce ratio tombe à 7,6% si l'on prend en compte toutes les exigences en capital qui seront applicables à l'horizon 2019. Sur l'ensemble de la période examinée, la réduction en capital dépasserait 260 milliards d'euros en raison d'une hausse de pertes de crédit et des actifs à risques pondérés.

Un groupe de 24 banques - les mêmes que celles identifiées lors de l'évaluation des actifs, moins l'espagnole Liberbank - ont échoué aux tests, leur niveau de capitalisation s'avérant inférieur au minimum exigé (5,5% de fonds propres de qualité optimale) en cas de matérialisation du scénario adverse. Le déficit total en capital observé est de 24,2 milliards d'euros, une somme réduite à 9,5 milliards lorsque l'on prend en compte l'effort de recapitalisation des banques identifiées depuis le lancement du bilan de santé.

Par ordre décroissant, les banques qui devront renforcer leurs fonds propres sont les suivantes: - 2,11 milliards d'euros pour l'Italienne Monte dei Paschi di Siena ; - 1,15 milliard d'euros pour la Portugaise Banco Comercial Português ; - 860 millions d'euros pour l'Autrichienne Österreichische Volksbanken-AG ; - 850 millions d'euros pour l'Irlandaise Permanent tsb ; - 810 millions d'euros pour l'Italienne Carige.

La situation particulière des banques grecques et chypriotes, établies dans des pays faisant l'objet d'un plan de sauvetage financier, est analysée dans une nouvelle à part. (MB)

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