Bruxelles, 11/09/2014 (Agence Europe) - Une Commission européenne, qui poursuit ses objectifs de croissance, d'emploi ou de compétitivité pour les uns ou qui représente, pour les autres, une « provocation ». Les réactions ont été nombreuses et contrastées, mercredi 10 septembre et jeudi 11 septembre, à l'issue de la présentation, par M. Juncker, de sa future équipe de commissaires (EUROPE 11152) devant normalement entrer en fonction le 1er novembre. Une future Commission riche en innovations, la première d'entre elles résidant dans la création d'un Premier vice-président, bras droit de M. Juncker, en la personne de Frans Timmermans, et marquée également par une certaine prise de risques. Bravant les mises en garde de Berlin, M. Juncker a ainsi nommé un Français aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, à la grande joie des socialistes européens, qui y voient la réorientation de l'Europe et la fin de l'austérité. Mais en confiant à Gunther Oettinger 'seulement' le portefeuille de l'Économie numérique, quand Berlin lorgnait, semble-t-il, le Commerce, M. Juncker fait aussi « affront à Mme Merkel », a jugé le quotidien allemand Die Zeit. Le Luxembourgeois a également choisi un Britannique pour les Services financiers en la personne de Jonathan Hill. Une vraie « provocation », ont d'emblée estimé les eurodéputés Verts du PE.
Portefeuilles remodelés, noms controversés
La redéfinition de certains portefeuilles a également fait réagir. Les portefeuilles Environnement et Affaires maritimes et Pêche ont ainsi été combinés (sous la coupe du Maltais Karmenu Vella) « afin de refléter la double logique de la croissance « bleue » et « verte » », a expliqué l'équipe du président. Il a aussi été décidé de confier à un seul commissaire, l'Espagnol Miguel Arias Canete, la responsabilité du Climat et de l'Énergie. Ces combinaisons ont suscité la controverse chez les associations écologistes comme Greenpeace. « L'équipe Juncker est pleine de surprises mais pas toutes bonnes. La fusion de l'Environnement et de la Pêche et le choix de deux commissaires en charge de l'Énergie (la vice-présidente Alenka Bratusek et l'Espagnol Canete) sont certainement des choix controversés. Compte tenu de leur passé, certains candidats pourraient aussi devoir batailler pendant leurs auditions au PE », écrit l'ONG.
« Un commissaire compétent et proactif pourrait aider à orienter l'UE vers les réductions de carbone et un système d'énergie propre, efficace. C'est un rôle d'importance vitale et Cañete est un choix surprenant, compte tenu de ses liens avec l'industrie pétrolière. Pour prouver qu'il est l'homme idéal pour le travail, il va falloir résoudre les conflits d'intérêts et améliorer son bilan environnemental en tant que ministre », poursuit Greenpeace. « La pêche a évidemment une dimension environnementale essentielle mais il est extrêmement dangereux de ne la considérer que sous cet angle. La Commission ne doit pas oublier que la pêche est aussi une activité économique importante dans les territoires côtiers », a déclaré Alain Cadec, président de la commission de la pêche au PE.
Fidèle à ses engagements de campagne, Jean-Claude Juncker a également modifié le portefeuille de l'Élargissement, qu'il a transformé en portefeuille Politique européenne de voisinage et négociations d'adhésion, le terme de négociations traduisant le refus de M. Juncker d'intégrer un nouvel État membre dans les 5 ans à venir, tout en laissant les perspectives ouvertes aux pays candidats.
Autre nouveauté, là encore conforme aux engagements de M. Juncker: la création d'un commissaire à la Migration (et aux Affaires intérieures), incarné par le Grec Dimitris Avramopoulos et dont les missions semblent très claires: fixer les priorités d'une politique migratoire qui luttera efficacement contre l'immigration clandestine tout en faisant de l'UE une destination attrayante pour les meilleurs talents. Une nomination « fiasco », a dit Ska Keller (Verts/ALE, allemande). Enfin, deux autres portefeuilles ont aussi été remodelés: il s'agit du portefeuille des Affaires économiques et financières (et non plus monétaires, la politique monétaire étant l'apanage de la BCE, a expliqué M. Juncker mercredi) auquel est intégrée la compétence Fiscalité ainsi que les Douanes, un choix bien accueilli. La Polonaise Elzbieta Bienkowska hérite, quant à elle, du Marché intérieur auquel sont adjoints les volets Industrie, Entreprenariat et PME et qui « constituera la salle des machines de l'économie réelle », dit Jean-Claude Juncker. Un grand portefeuille aux Consommateurs est également créé, confié à la Tchèque Vera Jourova et qu'abritera le portefeuille Justice, Consommateurs et Égalité des genres.
Pour le reste, sept vice-présidences animeront des « équipes de projets », comme les a appelées le nouveau président. Ces sept 'animateurs' coordonneront le travail de plusieurs commissaires autour de thématiques bien précises et auront un rôle de filtre: ils pourront ainsi en théorie refuser d'inscrire à l'ordre du jour du collège des initiatives qui ne sembleraient pas correspondre à la logique d'ensemble, mais après argumentation et analyse claires. Si le rôle de ces vice-présidents reste encore à discerner précisément, ils devraient surtout permettre de fluidifier le parcours d'un texte entre les services et les DG concernées, afin d'éviter un éventuel clash en fin de course entre différents commissaires. Tout cela devrait permettre à l'exécutif de mieux travailler et d'éviter les conflits.
Premier séminaire informel
Dans l'attente de leurs auditions, prévues à partir de la fin septembre au Parlement européen (le PE devait décider du calendrier jeudi 11 septembre ou vendredi 12), les commissaires désignés se sont retrouvés jeudi 11 septembre en séminaire informel en dehors de Bruxelles, séminaire qui devait se poursuivre ce vendredi. Ils devaient notamment avoir comme débats les règles budgétaires, l'Ukraine et le TTIP. EUROPE y reviendra. (SP)