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Bulletin Quotidien Europe N° 11152
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) environnement/climat

M. Juncker n'a pas la main verte, selon les ONG

Bruxelles, 10/09/2014 (Agence Europe) - Le portefeuille du climat désormais fusionné avec celui de l'énergie, celui de l'environnement rogné, subordonné aux impératifs de compétitivité et fusionné avec la pêche, est-ce le signe d'une politique environnementale noyée et noyautée par les intérêts industriels dans la Commission Juncker ? Les ONG environnementales le redoutent et c'est peu dire que la structure de la nouvelle Commission, dévoilée mercredi 10 septembre, les préoccupe, compte tenu des défis environnementaux et climatiques à relever.

Le Bureau européen de l'environnement (BEE) a aussitôt exprimé sa 'profonde préoccupation', car il voit dans cette structure un mauvais présage pour la durabilité environnementale.

« Au lieu de placer la durabilité au centre de sa nouvelle équipe, M. Juncker a décidé de la reléguer à la marge en éliminant les postes de commissaires spécifiquement dédiés au Climat et à l'Environnement et en nommant pour la première fois un vice-président à la Déréglementation pour passer toutes les initiatives par le filtre de la compétitivité », affirme Jeremy Wates, secrétaire général du BEE.

Il est capital, si l'on fusionne, d'une part, les portefeuilles du Climat et de l'Énergie et, d'autre part, ceux de l'Environnement et des Affaires maritimes, qu'aucune ressource ne soit perdue pour lutter contre le changement climatique ou pour la durabilité environnementale, avertit le BEE.

Des responsabilités cruciales, qui sont actuellement dans la DG Environnement, vont être déplacées ailleurs au sein de la Commission. Les relations avec l'Agence européenne des produits chimiques, qui est chargée de protéger les citoyens européens contre les produits chimiques nocifs, seront maintenant gérées par la DG Industrie. Les déchets alimentaires et les biocides, quant à eux, relèveront de la DG Santé et Consommateurs. Pour le BEE, ces changements s'inscrivent dans la continuité de ceux introduits par la Commission Barroso, qui avait déjà retiré la responsabilité pour les OGM et des pesticides à la DG Environnement.

Plus troublantes encore que le rétrécissement de la composante environnementale, ce sont, de l'avis du BEE, les instructions données par M. Juncker à l'équipe qu'il propose. Le commissaire entrant à l'Environnement est censé revoir les propositions législatives récemment lancées et urgemment requises, comme les paquets législatifs 'Air pur en Europe' et 'Économie circulaire', à la lumière de l'Agenda pour l'emploi et la croissance, et revoir l'efficacité des deux excellentes législations que sont les directives européennes pour la protection de la Nature (les directives 'Oiseaux' et 'Habitats') conformément à ce que demandent de longue date les intérêts anti-environnementaux de l'industrie, affirme le BEE.

« Sous couvert de réforme, c'est un programme de dérégulation totalement rétrograde qu'on vient de nous présenter et qui s'apparente à une liste de souhaits des groupes d'intérêt du secteur privé, hostiles à l'environnement », résume Jeremy Wates.

Sur la même ligne, l'ONG Friends of the Earth Europe (FoE) déplore que les responsabilités du Climat et de l'Énergie aient été fusionnées. « Bien que le climat et l'énergie soient inextricablement liés, il y a un réel danger que les préoccupations liées au climat soient marginalisées par les questions d'énergie », souligne FOE, convaincue que l'ampleur du défi climatique appelle une politique cohérente et ambitieuse tant en matière de climat que d'énergie. Circonspecte face à la fusion des portefeuilles de l'Environnement et des Affaires maritimes, Madga Stoczkiewicz, directrice de FoE, déclare: « Nous espérons que la fusion des portefeuilles de l'Environnement et des Affaires maritimes conduira à une meilleure protection des océans et de la biodiversité marine si cruellement nécessaire, mais cela reste à voir ». Et d'ajouter, pragmatique: « les commissaires seront jugés sur leurs actions. Nous pouvons juste espérer qu'ils auront un meilleur bilan que la Commission Barroso II qui nous a fait reculer dans de nombreux domaines importants aux plans environnemental et social ».

S'agissant de la structure de la Commission Juncker, Greenpeace considère que « la fusion de l'Environnement et de la Pêche et l'établissement de deux commissaires avec un portefeuille dédié à l'énergie sont des choix qui prêtent à controverse », et insiste sur l'ampleur des défis à relever.

« Après des années d'apathie en matière de politique environnementale dans l'UE, il est vital que la nouvelle Commission prenne un nouveau départ. M. Juncker et son équipe devront retrousser leurs manches pour s'attaquer aux questions brûlantes du changement climatique et de la sécurité énergétique. Il leur incombera d'améliorer la vie des Européens en oeuvrant au nettoyage de l'environnement et à la construction d'une économie plus durable. Pour ce faire, il leur faudra résister aux puissants intérêts privés pour protéger la prospérité à long terme de millions de personnes dans toute l'Europe », déclare Mahi Sideridou, directeur du Bureau européen de Greenpeace . Au-delà de la structure, il estime que: « Le choix de Miguel Arias Canete comme commissaire au Climat et à l'Énergie est surprenant, étant donné ses liens avec l'industrie du pétrole. Pour prouver qu'il est la bonne personne au bon poste, il faudra qu'il mette un terme à ses conflits d'intérêts et améliore les performances environnementales dont il a fait preuve quand il fut ministre ». (AN)

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