Bruxelles, 03/09/2014 (Agence Europe) - Invité au Parlement européen, mercredi 3 septembre, pour la première fois depuis sa prise de fonction au printemps, l'ambassadeur des États-Unis auprès de l'UE, Anthony Luzzatto Gardner, s'est engagé à « rétablir la confiance » dans les relations transatlantiques, notamment sur la question sensible de la protection des données. Sur les négociations de libre-échange, les négociations TTIP, M. Gardner a fait part de sa disponibilité pour répondre aux préoccupations des parlementaires européens, lorsque ceux-ci le souhaiteront, sur les dossiers les plus épineux: agriculture et questions agroalimentaires, ouverture des marchés publics, règlement des différends investisseur/État (ISDS)… « Ma porte est ouverte », a insisté l'ambassadeur américain, devant les membres de la commission commerce international d'un Parlement européen dont il a reconnu « le rôle important pour le succès des négociations TTIP ».
« Les États-Unis et l'Europe ont besoin de plus de croissance, mais ne nous le cachons pas, l'Europe en a besoin d'encore plus. Le TTIP est une solution au problème de la croissance et de l'emploi », a estimé M. Garner. « Nous privilégions un accord global, car lui seul pourra apporter des résultats positifs et établir un équilibre », a-t-il ajouté, à l'adresse du vice-ministre italien du Commerce, Carlo Calenda, qui avait laissé entendre, lors de la présentation du programme de la Présidence italienne devant les parlementaires un peu plus tôt, qu'un accord TTIP intérimaire pouvait être envisageable.
Sur l'ensemble des dossiers chauds, M. Gardner a tenté de rassurer les députés. « Le TTIP ne va pas forcer à privatiser la santé publique et les services publics », a assuré l'ambassadeur américain. Concernant le mécanisme ISDS, « nous ne voulons pas défendre nos entreprises face à un manque d'opportunité d'investissement. Nous consultons les parties prenantes pour trouver une solution d'équilibre. Nous gardons l'esprit ouvert pour examiner les solutions de la Commission », a aussi indiqué M. Gardner, assurant que le mécanisme ISDS ne porterait pas atteinte aux dispositions sur la santé et l'environnement. Pour ce qui est des marchés publics, « il y a encore beaucoup de mythes qui entourent les marchés publics américains », a aussi estimé l'ambassadeur américain. L'agenda numérique et l'agriculture sont des « dossiers problématiques », mais pris dans son ensemble, le TTIP « sera un véhicule de croissance », a-t-il ajouté.
Sur la question de la transparence, M. Gardner a admis son importance. « Nous sommes responsables face à nos électeurs, nous devons les tenir informés sur le TTIP », a-t-il expliqué, insistant toutefois sur les efforts réalisés par les négociateurs transatlantiques. « Un des mythes qui entourent ces négociations, c'est qu'elles se déroulent en secret. Pourtant, nous discutons beaucoup et nous avons multiplié les consultations, dont le nombre est sans précédent, en créant des groupes consultatifs », a ajouté l'ambassadeur américain. Estimant que les négociateurs européens devraient offrir autant d'informations aux députés européens que la partie américaine en offre aux membres du Congrès, M. Gardner a toutefois indiqué que les États-Unis ne pouvaient pas accepter plus de transparence que celle acceptée par les membres du Congrès. « Nous sommes favorables à la transparence, mais il faut aussi tenir compte d'autres objectifs. Une transparence totale peut aussi être un obstacle à un dialogue franc et honnête », a expliqué l'ambassadeur américain.
Lors d'un échange de vues avec les députés, M. Gardner s'est vu signifier les réserves des sociaux-démocrates et l'opposition des écologistes sur le TTIP. « Je suis d'accord, le TTIP est bon pour nos deux économies. Mais les négociateurs doivent entendre les arguments de la société civile et des ONG, et ils devront rendre des comptes », a jugé David Martin (S&D, britannique). Jörg Leichtfried (S&D, autrichien) a quant à lui sévèrement critiqué la clause de protection des investissements (ISDS). « L'ambassadeur Gardner a signifié qu'elle n'est pas mauvaise, mais très pertinente. Il pourrait rassurer tous les sceptiques. Notre position sociale-démocrate s'y oppose totalement, parce que nous ne voulons pas d'une juridiction spéciale pour les sociétés », a-t-il insisté. « Je ferai le même discours que David Martin quant aux réserves, mais j'en arriverai pas aux mêmes conclusions. Il ne faut pas négocier ce traité », a réaffirmé Yannick Jadot (Verts/ALE, français).
Sur la protection des données, Marietje Schaake (ADLE, néerlandaise) s'est félicitée du souhait de M. Gardner de « restaurer la confiance » entre les deux rives de l'Atlantique. « Mais je ne suis pas sûre que les États-Unis ont conscience qu'il s'agit de nos droits fondamentaux », a-t-elle insisté. Sur le TTIP, son collègue Olli Rehn (ADLE, finlandais) a appelé à « veiller à ce que les inquiétudes criantes des citoyens ne fassent pas obstacle à la conclusion de l'accord ». « Buy American, c'est du protectionnisme larvé, me semble-t-il. Les États-Unis vont-ils ouvrir leurs marchés publics aux PME européennes ? », s'est-il interrogé.
Sur la transparence des négociations TTIP, Marine Le Pen (NI, française) a aussi donné de la voix. « C'est plus facile de rendre visite à un prisonnier en prison que de consulter des documents sur le TTIP », a-t-elle ironisé. Mme Le Pen a aussi dit douter que les agriculteurs européens puissent concurrencer les fermes américaines « plus grandes et plus productives ». Sur le chapitre agroalimentaire, « avons-nous intérêt à imposer à nos peuples respectifs des choix sociétaux dont ils ne veulent pas ? », s'est également demandée la députée d'extrême droite, patronne du Front national. (EH)