Bruxelles, 02/07/2014 (Agence Europe) - Un Conseil européen « historique » ayant notamment permis de jeter les bases de la future collaboration entre Parlement, Commission et Conseil. C'est ainsi que les principaux représentants de l'UE ont décrit, mercredi 2 juillet à Strasbourg, les résultats du Conseil européen des 26 et 27 juin, marqué en premier lieu par la désignation de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission européenne, par l'adoption d'une feuille de route stratégique de l'UE pour les cinq prochaines années ainsi que par la signature d'accords d'association avec l'Ukraine, la Géorgie et la Moldavie.
Pour la première fois, le Conseil européen aura ratifié « la lutte acharnée du Parlement européen » pour faire élire son candidat à la présidence de la Commission, a déclaré le nouveau président du groupe S&D, l'Italien Gianni Pitella, pour qui la désignation du Luxembourgeois constitue « l'acte le plus historique » de ce Sommet.
Soucieux de ne pas trop s'enflammer toutefois, ni de s'auto-congratuler, les députés, fraîchement réélus ou nouveaux venus, ont aussi plaidé pour un changement de cap dans les politiques européennes. Le nouveau patron du groupe des conservateurs eurosceptiques du CRE, Syed Kamall, en tête de la désormais troisième force du Parlement européen, est rapidement venu le rappeler. « C'est une Europe avec des idées de 2050 dont nous avons besoin, pas de 1950 », a dit le Britannique, pour qui l'Europe doit « envisager l'avenir et non pas vivre dans le passé ». Des réformes permettant de libérer le potentiel de croissance du marché intérieur, d'ouvrir le commerce, d'alléger la bureaucratie, de renforcer la sécurité énergétique de l'UE, c'est ce que demande le groupe CRE qui, bien que s'étant opposé au processus des 'Spitzenkandidaten', reste tout à fait « prêt à travailler avec Jean-Claude Juncker s'il nous présente un programme progressiste ».
Cette volonté de changement, le patron des libéraux au PE, Guy Verhofstadt, la partage déjà depuis longtemps. Le Belge, dont le groupe est relégué désormais derrière les conservateurs, veut d'abord une nouvelle façon de diriger la Commission. Devant José Manuel Barroso, M. Verhofstadt a appelé le prochain président de la Commission « à ne plus venir seulement devant nous faire des beaux discours et, une fois sorti, à appliquer tout ce que demande le Conseil ». Un président de la Commission qui exerce son « droit d'initiative à chaque fois que le Parlement le demande », voilà le président que devra être M. Juncker s'il veut s'assurer le soutien des eurodéputés, a souligné le président du groupe ADLE.
C'est aussi le point de vue du président du groupe S&D qui n'est pas « prêt à signer un chèque en blanc » à M. Juncker. « Mon groupe veut un plan pour l'emploi, pour la croissance, pour bâtir des projets de grands réseaux notamment avec les 'project bonds' et souhaite une meilleure utilisation du budget européen », a dit Gianni Pitella. Il prône aussi d'utiliser « toutes les possibilités concernant les flexibilités du Pacte de stabilité et de croissance ».
L'élection de M. Juncker, l'autre partie du match
M. Pitella l'a résumé à lui seul: après le Sommet des 28, « le match reste à jouer et il peut encore y avoir des surprises », a-t-il dit. En théorie, le Luxembourgeois est assuré d'une large majorité, les trois principaux groupes pro-européens que sont le PPE, le S&D et l'ADLE ayant conclu tous les accords possibles pour permettre une élection sans encombre le 16 juillet (le 15 est aussi évoqué). Ils représentent 479 voix à eux seuls.
Mais des doutes subsistent, les défections au sein même du PPE n'étant pas exclues. L'ancien Premier ministre du Luxembourg s'emploie actuellement à passer quelques coups de téléphone ciblés à certains députés pour lever ces interrogations, notamment parmi les Français 'pro-Barnier' pouvant juger M. Juncker trop fédéraliste, rapporte une source parlementaire.
Du côté des socialistes aussi, le soutien absolu n'est pas garanti. Les travaillistes britanniques sont contre le Luxembourgeois et des critiques fusent du côté des socialistes français emmenés par Pervenche Berès. « Pour s'assurer de notre soutien, tout candidat à la présidence de la Commission devra prendre l'engagement irrévocable de promouvoir l'investissement, la croissance durable et des emplois décents et sûrs ; de lutter contre la pauvreté et les inégalités ; de garantir la liberté de circulation tout en mettant un terme au dumping social; de renforcer le respect des droits fondamentaux », ont écrit les socialistes français dans un 'mémorandum'.
Cinquième groupe de l'hémicycle, la Gauche radicale GUE/NGL, qui avait placé ses espoirs en Alexis Tsipras pendant la campagne, a aussi ses exigences, a indiqué la présidente Gabi Zimmer. Certaine que M. Juncker a été choisi « car il n'y avait pas d'autre solution », la « même politique » semble se dessiner. « Quels résultats le Conseil tire-t-il des élections et des millions d'électeurs qui refusent les privatisations ? Nous voulons d'autres réponses pour lutter contre le chômage des jeunes, pour changer les accords de libre-échange. Et on a rien entendu au Conseil, sauf les pressions qui vont être mises sur les États membres dans le cadre du 'Semestre européen' », a-t-elle conclu. (SP)