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Bulletin Quotidien Europe N° 11113
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / (ae) italie

M. Renzi puise dans les valeurs pour relancer le projet européen

Strasbourg/Bruxelles, 02/07/2014 (Agence Europe) - Au lieu de dresser une liste de rendez-vous, le président du Conseil italien, Matteo Renzi, s'est référé aux valeurs fondatrices de l'Europe pour donner le coup d'envoi de la présidence italienne du Conseil du l'UE du second semestre 2014, mercredi 2 juillet à Strasbourg.

« Notre semestre sera un semestre dans lequel nous n'aurons pas peur de dire que la politique a sa dignité et dans la dignité de la politique nous allons redécouvrir le sens profond de notre présence ici », a déclaré M. Renzi. Pour le jeune Premier ministre, qui n'avait pas 18 ans à la signature du traité de Maastricht, « notre génération a le devoir de mériter l'héritage » des pères fondateurs. « Nous le devons à nos enfants, à ceux qui sont morts pour que l'Europe soit une expression géographique mais aussi une expression de l'esprit », a-t-il estimé, désireux du faire de la présidence italienne « une occasion unique » pour « retrouver l'âme de l'Europe, le sens profond de notre 'vivre ensemble' ». Et d'ajouter en réponse au scepticisme ambiant vis-à-vis de l'action européenne: « Si nous continuons à nous enfermer dans nos frontières, nous n'arriverons à rien et nous perdrons la dignité de la vie politique européenne ».

M. Renzi a évoqué le débat sur la mobilisation des outils disponibles pour stimuler la croissance. « Sans croissance, l'Europe n'a pas d'avenir », a-t-il souligné, prônant un véritable équilibre entre stabilité budgétaire et investissements propices à la croissance. Il a aussi évoqué les problèmes migratoires en Europe, appelant notamment au renforcement de l'agence Frontex.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a soutenu l'Italie dans ses efforts. « Nous avons besoin d'une Italie forte au sein de l'UE ». « Il est très important que vous puissiez porter cette volonté de reformes », a-t-il ajouté.

Réactions des groupes politiques. Les présidents des groupes politiques ont axé leurs réactions sur les thèmes de la croissance, où le clivage gauche-droite est réapparu, et de l'immigration.

La « divergence » entre les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates réside dans la fait que le groupe PPE refuse de « lâcher du lest » sur le respect des règles budgétaires européennes, a indiqué l'Allemand Manfred Weber, pour qui « les dettes détruisent l'avenir ». Un délai supplémentaire a été accordé à la France pour faire les réformes, mais « les promesses ne sont pas tenues », a-t-il critiqué. Même son de cloche chez les Libéraux. Guy Verhofstadt (ADLE, belge) n'a vu aucune opposition entre austérité et croissance, qui seraient les deux faces de la même pièce. Il a plaidé pour un nouveau paquet 'Delors' dans les secteurs numérique et de l'énergie. Le Britannique Syed Kamall a promis le soutien du groupe conservateur CRE, si le changement de cap en Europe se matérialise par un accroissement de la concurrence, de la libéralisation des marchés et de la lutte contre la bureaucratie.

D'accord avec M. Renzi, Gianni Pittella (S&D, italien) a évoqué une société européenne « dans le coma ». « Nous voulons un équilibre » dans l'application du Pacte de stabilité et de croissance, a-t-il souligné, convaincu qu'en baissant les recettes publiques, « l'austérité a aussi fait accroître la dette ». Au nom de la gauche radicale, l'Allemande Gabriele Zimmer a fustigé le crédo libéral - réduction des dépenses publiques, travail toujours plus précaire - incapable de remettre en question des principes ayant aggravé la récession. Elle a pourtant rejoint M. Verhofstadt sur la nécessité d'un 'New Deal' pour investir dans les infrastructures et la recherche qui seraient notamment financées par des taxes écologiques et sur les transactions financières (TTF). Et de prôner une conférence sur la dette semblable à celle ayant effacé les dettes de guerre de l'Allemagne. Le président du groupe écologiste Verts/ALE, le Belge Philippe Lamberts, a pris M. Renzi au mot: Comment éviter que les personnes plus fragiles paient les coûts de la crise ? Êtes-vous prêt à rendre contraignants les objectifs de la stratégie 'EUROPE 2020' en matière sociale et environnementale ? Soutenez-vous la généralisation de l'échange automatique d'informations fiscales dans tous les domaines ? Et M. Lamberts de critiquer la France et l'Italie qui ont tout fait pour vider la TTF de son contenu.

Au nom du groupe europhobe ELD, l'Italien Ignazio Corrao a dénoncé l'accord de libre-échange (TTIP) avec les États-Unis en cours de négociation. Cet accord permettra aux grands groupes d'imposer leurs vues sur les gouvernements et fera tabula rasa des petites entreprises et des travailleurs, a-t-il considéré.

Sur l'immigration, M. Pittella a estimé qu'il fallait faire preuve de solidarité à l'égard des pays qui subissent la pression migratoire la plus forte. Allant jusqu'à évoquer des « corridors humanitaires » dans ce domaine, Mme Zimmer a relevé que l'Italie n'avait pas obtenu gain de cause au Conseil européen sur la reconnaissance mutuelle en matière de droits d'asile. La paix aux frontières de l'UE ne peut pas être décidée aux États-Unis, a-t-elle indiqué. (MB et CG)

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