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Bulletin Quotidien Europe N° 11112
SESSION CONSTITUTIVE DU PARLEMENT EUROPÉEN / (ae) prÉsidence du pe

Martin Schulz facilement (ré)élu

Strasbourg, 01/07/2014 (Agence Europe) - Le député européen allemand Martin Schulz a été élu, mardi 1er juillet, en ouverture de session plénière, président du Parlement européen pour deux ans et demi. Il reprend donc le poste qu'il occupait depuis janvier 2012. Député européen depuis 1994, M. Schulz a été élu par 409 voix sur les 612 votes exprimés au premier tour (sur 723 bulletins), contre 101 pour Sajjad Karim (CRE) et, avec 51 voix chacun, Ulrike Lunacek (Verts/ALE) et Pablo Iglesias (GUE/NGL). Si le score est important, il est cependant, inférieur à l'ensemble des députés de la coalition S&D-PPE-ADLE, qui soutenaient par accord M. Schulz, soit 479 voix. Le vote s'est réalisé à bulletin secret, avec des urnes. Pour la première fois, un président du Parlement rempile pour un second mandat.

Les autres candidats dénoncent un accord à huis clos

L'absence de M. Schulz lors du débat organisé la veille par European Voice entre candidats à la présidence du PE a été du pain bénit pour ses détracteurs, qui ont dénoncé un accord à huis clos. Mme Lunacek a expliqué lundi soir qu'elle avait décidé de se présenter à la succession de M. Schulz après avoir entendu la chancelière allemande, Angela Merkel, et le ministre de l'Économie, Sigmar Gabriel, dire qu'ils pensaient « que le PE devrait élire Martin Schulz ». « C'est à nous de décider, pas au Conseil », a-t-elle déclaré. « Nous ne devons pas être face à un accord préétabli », a-t-elle lancé avant le vote. Il « veut être président du PE, mais ne veut pas s'engager dans un débat pour le poste », a renchéri lundi soir Pablo Iglésias, candidat pour la GUE/NGL.

Constatant le faible taux de participation aux élections, Sajjad Karim a vu d'un mauvais oeil le fait que ceux « qui n'ont pas réussi à obtenir une majorité de la minorité (des électeurs NDLR) disent qu'ils peuvent se réunir dans une pièce » et conclure un accord. « Que sommes-nous devenus si la présidence de cette maison - un bureau qui doit s'élever au-dessus de la politique partisane et de l'ambition politique ordinaire - est réduite à rien de plus qu'une monnaie d'échange ? Un compteur dans un jeu ? Un lot de consolation pour ne pas avoir à obtenir un prix de consolation ? Plan D dans une vie politique où les plans A, B et C ont échoué ? », a souligné M. Karim dans son discours avant le vote, alors que M. Schulz a été candidat à la présidence de la Commission européenne. Philippe Lamberts, co-président des Verts, a confirmé que son groupe n'avait pas été invité pour discuter d'une coalition lors de négociations qui ont semblé porter « plus sur les postes que sur les projets ».

M. Schulz a tenu à clarifier l'accord intervenu à Berlin entre la CDU de Mme Merkel et le SPD auquel il appartient. Il a expliqué que les discussions avaient porté sur le prochain commissaire allemand et que la CDU avait confirmé vouloir placer son candidat. La chancelière a donc décidé de proposer à sa délégation au PE, en tant que présidente de la CDU, de voter pour M. Schulz, si les socialistes le proposaient comme président. « Je ne crois pas que Mme Merkel donne des ordres aux députés portugais », a ironisé M. Schulz. Interrogé sur les termes de l'accord passé avec l'ADLE, M. Schulz a déclaré « les libéraux soutiennent les propositions des deux groupes », et « on soutient les propositions des libéraux pour des postes ici au PE ».

Besoin d'un changement politique

Remerciant ceux qui ont voté pour lui pour cette « confiance témoignée », M. Schulz a annoncé ses priorités dignes d'un discours de président de la Commission. Il a souligné attendre de Jean-Claude Juncker, président désigné par le Conseil à la tête de la Commission européenne, qu'il tienne compte du « pouvoir accru » du Parlement européen et « qu'il engage un dialogue avec le Parlement européen avant même que la Commission n'utilise son droit d'initiative ». « Au-delà des groupes, nous sommes tous d'accord pour dire qu'il faut un changement politique, il y a un besoin de justice pour les gens et les entreprises », a-t-il expliqué après son élection. Il a mis en avant une longue liste de devoirs qui incombent au Parlement européen, tels que travailler sur les inégalités, modifier le système bancaire et financier, travailler sur l'accord TTIP avec les États-Unis, sur les migrations, développer une politique énergétique indépendante, lutter contre le changement climatique… « Je suis humain, je suis faillible, j'ai des qualités et des défauts, je vous demande de me faire confiance, de m'accorder un capital de confiance, le Parlement doit être le centre du débat démocratique », a expliqué M. Schulz avant le vote. « Celui qui ne respecte pas les règles va se retrouver face à moi, je ne l'accepterai pas. Essayons de travailler dans un esprit de collégialité. Ayons des discussions constructives », a-t-il annoncé.

Bonne joueuse, Mme Lunacek et son groupe ont félicité M. Schulz pour sa réélection, regrettant cependant « l'ingérence excessive des gouvernements de l'UE dans le processus de sélection du président de l'assemblée législative élue au suffrage direct de l'UE ». Le groupe Verts/ALE s'est dit impatient de travailler avec le président du Parlement pour défendre le rôle de cette institution dans la démocratie européenne et pour rétablir la confiance du public dans l'UE et ses institutions. « Martin Schulz doit donner la priorité à rétablir la confiance du public dans un Parlement européen ouvert, transparent, plus vert et plus éthique qui représente véritablement les citoyens de l'UE et défende la démocratie et les droits de l'homme au niveau de l'UE », a expliqué Mme Lunacek à EUROPE. « Avec les gouvernements de l'UE à la recherche de toutes les occasions pour saper le rôle de l'UE, seule institution directement élue, le Parlement européen et son président doivent rester debout pour eux », a-t-elle ajouté.

De son côté, M. Karim a regretté auprès d'EUROPE qu'au sein du PE, il y ait eu une « très petite appréciation » des sentiments des votants qui ont envoyé un « message très clair qu'ils voulaient voir un changement de direction, d'approche, qu'ils voulaient voir des nouveaux visages, de nouvelles idées, afin de faire face aux nouveaux défis ». La réponse de cette maison a été de voter et de donner la même chose aux citoyens. Pour lui, ce sont les Européens qui sont perdants. Il s'est dit content de retravailler avec M. Schulz. M. Iglesias a félicité M. Schulz pour son élection « à une large majorité », mais a regretté que l'élection ait mis en avant le « pacte » entre les principaux groupes politiques. « Je ne pense pas que ce soit une bonne nouvelle pour le citoyen européen », a-t-il expliqué.

Les eurosceptiques se font déjà remarquer

L'ouverture de cette huitième législature, où plus de la moitié des élus - 396 sur 751- n'était pas présente lors de la législature précédente, a été marquée par des actes de défiance de la part d'eurosceptiques. Plusieurs députés, dont le chef de l'UKIP, Nigel Farage, ont tourné le dos au moment où était joué l'hymne européen dans l'hémicycle. D'autres seraient restés assis pendant l'hymne.

Les députés européens devaient également élire leurs 14 vice-présidents par vote secret, d'abord à l'aide d'urnes, puis par vote secret électronique (voir autre nouvelle). Les questeurs seront, quant à eux, élus le 2 juillet. Le nouveau vice-président du groupe S&D, en remplacement de M. Schulz, devait être élu le 1er juillet dans la soirée. (EL et CG)

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