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Bulletin Quotidien Europe N° 11011
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / (ae) italie

M. Napolitano plaide pour un saut qualitatif dans l'intégration européenne

Bruxelles, 04/02/2014 (Agence Europe) - C'est un message volontariste en faveur d'un saut qualitatif dans l'intégration européenne, du passage nécessaire d'une austérité à tout crin à une politique concertée de relance et de la nécessité de réconcilier les citoyens avec le projet européen, qu'a voulu transmettre aux parlementaires européens le président de la République italienne, Giorgio Napolitano, en visite à Strasbourg en marge de la session plénière du PE, ces 4 et 5 février, à l'occasion du trentième anniversaire de l'approbation du projet de Traité pour les États-Unis d'Europe élaboré par Altiero Spinelli.

M. Napolitano a appelé avant tout à améliorer les conditions de vie et l'emploi des citoyens européens, mis à mal par les politiques d'austérité très dures menées depuis plusieurs années pour rétablir la situation budgétaire. « La question d'un tournant capable de relancer la croissance et l'emploi est prioritaire », a dit M. Napolitano, estimant que « la politique d'austérité à tout crin n'est plus viable ». Selon lui, la relance de la croissance et de l'emploi, notamment des jeunes, est une condition pour lutter contre le désenchantement qui prévaut actuellement dans l'opinion publique à l'égard du projet européen. Ce désamour, qu'il attribue à l'adoption des mesures anti-crise sans une consultation suffisante des citoyens, constitue une menace à la veille d'une élection européenne qu'il a qualifiée de « moment de vérité » dans la lutte entre les tenants d'une plus grande intégration européenne et les « liquidateurs » du projet européen.

Il a dénoncé à cet égard les tentations nationalistes ou populistes de certaines forces politiques et a incité au contraire les responsables à promouvoir une plus forte cohésion politique européenne en exerçant un leadership plus déterminé en ce sens avec des symboles forts (comme Helmut Kohl et François Mitterrand à Verdun). Il faut « transmettre à nos concitoyens les raisons historiques et les motivations du projet européen (...) de façon passionnée ». Il faut parler aux Européens de notre époque, « trouver un nouveau levier » qui incite l'opinion à adhérer au projet européen, a plaidé M. Napolitano, déplorant le manque de vision à long terme de trop de dirigeants qui cèdent à des égoïsmes nationaux ou à des calculs politiques de circonstance et ne sont pas assez conscients du «déclin » qui, par ce biais, menace l'Europe dans la mondialisation. « L'Europe a une mission exaltante et nouvelle dans la mondialisation qui peut nous emporter. Il faut au contraire montrer que nous avons un modèle unique » (l'économie sociale de marché), a-t-il indiqué.

Le PE, avec les parlements nationaux, a une mission particulière pour faire avancer ces idées, a estimé le président italien. C'est en effet dans le PE que se trouve le « noyau vital » pour la création de futurs partis politiques européens qui peuvent élaborer un message politique à adresser aux opinions publiques au-delà des codes institutionnels et des codes de fonctionnement des institutions.

Estimant que la situation économique actuelle de l'UE est à un « tournant », entre de timides signes de reprise peu créatrice d'emplois et des risques de déflation ou, du moins, de stagnation imputables notamment aux politiques restrictives de ces dernières années, le président italien a appelé à relancer la croissance et l'emploi, surtout des jeunes, à travers une politique concertée d'investissements, notamment publics, ciblés sur la connaissance, la recherche, mais aussi sur de grands projets européens et nationaux, sans toutefois se laisser entraîner dans des politiques de dépenses « irresponsables ».

Il a estimé que, même si la réaction des institutions européennes à la crise financière et sociale a été hésitante dans un premier temps, celles-ci ont quand même réagi pour rectifier les comportements erratiques des gouvernements de la première moitié de la décennie, qui ont été justement à la base de la crise. Pendant trop de temps, selon M. Napolitano, l'euro a été une monnaie « tronquée » répondant uniquement à certaines prérogatives et gérée politiquement au niveau essentiellement national par des accords intergouvernementaux sur la base de lignes directrices nationales. La crise a poussé à une plus grande intégration qui reste cependant inachevée, c'est pourquoi il faut faire un saut qualitatif aussi à ce niveau en « mettant la gouvernance de l'UEM au sein même du cadre institutionnel de l'UE ». Des réalisations telles que l'Union bancaire sont un pas vers cette direction et vont déterminer un profond changement dans la manière d'être et de fonctionner de l'Union.

Enfin, le président italien a voulu adresser un message d'espoir à la veille de ces élections, se disant, malgré tout, confiant. Il a estimé qu'il s'est créé en Europe une conscience commune - notamment culturelle - qui rend impossible tout retour en arrière dans l'intégration: « La construction européenne a maintenant des bases tellement profondes, qu'il s'est créé une compénétration entre nos sociétés, nos institutions, nos citoyens et les jeunes de nos pays et rien, rien, ne pourra plus nous faire revenir en arrière ».

Longuement applaudi, ce discours unificateur avait toutefois été interrompu quelques instants par quatre parlementaires de la Ligue du Nord, qui ont bruyamment manifesté leur opposition à l'euro et à l'« Europe des banques », en agitant des pancartes. (FG)

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