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Bulletin Quotidien Europe N° 11000
Sommaire Publication complète Par article 35 / 35
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1032

*** BENJAMIN FREYEN, EWA KRZAKLEWSKA (sous la dir. de): The ERASMUS Phenomenon. Symbol of a new European Generation? Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection “Education Beyond borders”, n° 1. 2013, 245 p., 41,95 €. ISBN 978-3-631-6 719-8.

Erasmus a acquis en plus de deux décennies et demie une « ampleur impressionnante », mais celle-ci en fait-elle réellement « le symbole d'une nouvelle génération européenne ? ». Le point d'interrogation est déjà contenu dans le sous-titre du livre coordonné par Benjamin Freyen et Ewa Krzaklewska et exprime le doute quant à la possibilité d'un plein déploiement de ce programme d'échanges d'étudiants entre États membres. D'autres plumes proposent aussi en contribution des témoignages directs (en anglais et en allemand) sur l'émergence d'une conscience supranationale européenne avec la limite qu'elle ne soit réservée qu'à une « élite ». Encouragés à « s'expatrier » pendant une période de trois à douze mois dans un autre établissement d'enseignement supérieur que le leur, suivant des cours dans une langue différente - même si là comme ailleurs, l'anglais tend à devenir la Lingua franca de la jeunesse intellectuelle européenne -, les étudiants ont adopté l'esprit et la pratique de ce programme popularisé par le film « L'Auberge espagnole ». La volonté de rapprochement entre les peuples européens parait y avoir trouvé une expression concrète.

Les auteurs tirent du bilan d'Erasmus un tableau parlant. « Seuls » 3 244 étudiants venant de onze pays étaient concernés au démarrage, en 1987. Ils sont aujourd'hui 230 000 à tenter l'expérience chaque année. Au total, près de 3 millions d'étudiants provenant de plus de 4 000 établissements du supérieur en ont bénéficié. Il en est devenu « le programme d'échange le plus connu et le plus grand dans le monde ». « Au cours de ce quart de siècle, Erasmus s'est transformé en l'une des initiatives les plus visibles et les plus populaires » de l'Union européenne, offrant la base pour la création d'une « Europe des citoyens ». Son impact sur les politiques universitaires dans toute l'Europe serait incontestable, peut-on lire. Le tableau a toutefois son revers, caractérisé d'abord par une faiblesse des moyens (450 millions d'euros) qui n'ont pas permis de soutenir toutes les envies de départ d'un pays à un autre par l'octroi d'une bourse suffisante. Seuls 4% des étudiants européens ont pu emprunter la voie, les autres ayant souvent dû y renoncer faute d'avoir une situation financière leur permettant de subvenir à tous leurs besoins loin de leurs pays. La Commission européenne n'aurait donc pas atteint ses objectifs initiaux: en raison de la faiblesse des ressources, elle n'a pu assurer le plein déploiement de ce programme conçu à l'origine pour « tout le monde ». Pire, une crainte existe quant au maintien de ces moyens même si, déjà, ils sont jugés insuffisants. Les médias ont répercuté tout au long de l'année écoulée la probabilité d'une réduction des budgets sous l'effet de la crise. Ce ne serait qu'un aspect des défis posés face à Erasmus et qui risque d'en exclure les étudiants venant de milieux « socialement défavorisés ». Qualitativement aussi, se posent les questions de la reconnaissance du savoir académique acquis et de la qualité de l'intensité des échanges avec les étudiants locaux.

Les chances - ou non - de créer une « génération Erasmus » sont exposées à travers les différentes contributions, axées notamment sur l'émergence d'une « identité » spécifique malgré un « choc des cultures ». Et, puis, question fondamentale, « une génération Erasmus peut-elle apporter le changement en l'Europe » ? Pour être positive, la réponse serait triple, selon les auteurs: d'abord, accorder à Erasmus son plein potentiel et réaliser l'objectif initial d'un programme « pour tous », pas seulement au profit d'une élite relativement nantie ; ensuite, innover et proposer de nouvelles structures d'enseignement, avec la mise en place de réseaux dynamiques ; enfin, s'ouvrir sur la société. Et, pour finir, bien sûr toujours la question des moyens…

Fathi B'Chir

*** PROKOPIS PAVLOPOULOS: Le droit public dans la constellation de la crise économique. Le "Labyrinthe" économique, le "Minotaure" néolibéral et l'institutionnel "Thésée". Éditions Livanis (98 Solonos, GR-10680 Athènes. Tél.: (30-210) 3661200 - fax: 3617791- Courriel: webmaster@livanis.gr - Internet: http://www.livanis.gr ). 2013, 477p,. 17 €. ISBN 978-960-14-2720-1.

Professeur de droit constitutionnel à l'Université d'Athènes et plusieurs fois ministre dans des gouvernements de centre-droit, Prokopis Pavlopoulos explique de manière imagée, dans son nouveau livre, que le système juridique dans son ensemble part en lambeaux dans le "Labyrinthe" de la crise économique très profonde que vit la Grèce. Dans les profondeurs, il y discerne le "Minotaure" néolibéral de la « déréglementation ». Le système juridique grec n'échappe pas à cette expérience sinistre, ce qui affecte directement des droits de l'homme « emblématiques » et, en fin de compte, la démocratie représentative elle-même. D'après l'auteur, le cadre institutionnel "Thésée" est dès lors nécessaire pour défendre ce qui reste de la protection judiciaire, du droit de propriété et des droits sociaux en général. C'est-à-dire, en clair, l'État social, alors que les premiers signes de désintégration sociale apparaissent de manière de plus en plus menaçante.

(AKa)

*** KOSTAS CHRISSOGONOS: La circonvention de la constitution à l'époque des mémorandums. Éditions Livanis (voir coordonnées supra). 2013, 316 p., 14 €. ISBN 978-960-14-2679-2.

Ce livre de Kostas Chrysogonos, professeur à l'Université de Salonique, s'adresse aussi bien aux juristes qu'à tous les citoyens grecs - et européens… - préoccupés par l'avenir en cette époque des mémorandums. Il est l'expression concentrée des terreurs de l'auteur qui voit poindre la menace d'un renversement de la Constitution. Dans le même temps, il redoute que soit sacrifiée la substance des droits civils, ceux-ci ne pouvant être valablement sauvegardés par le monde politique. Seuls resteraient les droits individuels, mais peut-être est-ce seulement, ajoute l'auteur, une question de temps... Le statut de la dette n'est pas durable à long terme et la question est désormais de savoir si, après son effondrement, suivra une démocratisation profonde et substantielle de l'État grec ou, au contraire, une régression vers des formes plus ouvertes d'autoritarisme.

(AKa)

*** ANNA FRANGOUDAKI: Le nationalisme et l'ascension de l'extrême droite. Editions Alexandria (133 Solonos Str., GR-10677 Athènes. Tél.: (30-210) 3806305 - fax: 3838173 - Courriel: alexpubl@alexandria-publ.gr - Internet: http://www.alexandria-publ.gr ). 2013, 278 p., 16 €. ISBN 978-960-221-581-4.

Après la chute de la dictature des colonels, l'extrême droite est restée trente-trois années durant, en Grèce, marginale, insignifiante et sans influence politique. Sociologue enseignant à l'Université d'Athènes, Anna Frangoudaki se demande, dans cet ouvrage, comment et pourquoi la société grecque se tourne soudainement vers elle. Alors que tout avait contribué, depuis trois décennies, à ce que la Grèce devienne une démocratie européenne moderne, comment et pourquoi des formations d'extrême-droite font-elles partie de la représentation parlementaire depuis 2007 ? Pourquoi le Parlement grec en est-il arrivé à abriter l'extrême-droite le plus ouvertement pronazi dans l'Union européenne ? L'analyse des causes illustre l'évolution d'un processus dans lequel la société grecque s'est laissé progressivement prendre au piège d'un nationalisme désuet, xénophobe et, par l'isolement auquel il condamnait, destructeur pour les intérêts nationaux. En guise de conclusion, l'auteur invite de manière pressante les citoyens grecs à reconnaître ce piège et les conséquences qui en découlent, cette reconnaissance étant indispensable pour surmonter la crise politique majeure qui frappe le pays et pour surmonter efficacement la crise économique.

(AKa)

*** TASSOS YANNITSIS: La Grece dans la crise. Éditions Polis (33 Eolou Str., GR-10551 Athènes. Tél.: (30-210) 3643382 - fax: 3636501 - Courriel: info@polis-ed.gr - Internet: http://www.polis-ed.gr ). 2013, 275 p., 16 €. ISBN 978-960-435-407-8.

Pour l'auteur de cet ouvrage, professeur à l'Université d'Athènes et ex-ministre socialiste, la société grecque cherche aujourd'hui un nouveau récit. Celui-ci doit être démocratique, conduisant à la reconquête de l'espace public et de l'intérêt collectif, visant aussi à mobiliser les masses afin d'établir un pouvoir national digne de ce nom. D'après Tassos Yannitsis, la Grèce s'est transformée en petit pays provincial du sud des Balkans, ce qui a été le résultat des politiques menées au cours des trente dernières années. Aujourd'hui, le monde politique grec doit aller, selon lui, au-delà du débat étouffant qui oppose pro-mémorandum ou anti-mémorandum pour trouver une issue politique à la crise et un modèle de développement propres à la Grèce qui soient compris et acceptés par les citoyens. En conclusion, l'auteur explique que si la peur politique et les relations incestueuses avec de puissants intérêts privés empêchent ce sursaut vital, les coûts sociaux continueront encore de grandir jusqu'à devenir insupportables.

(AKa)

*** PHILIPPE DELIVET: Les politiques de l'Union européenne. La Documentation Française (Direction de l'information légale et administrative, 29 quai Voltaire, F-75344 Paris cedex 07. Tél.: (33-1) 40157010 - Internet: http://www.ladocumentationfrancaise.fr ). Collection "Réflexe Europe / Institutions & Politiques". 2013, 294 p., 16 €. ISBN 978-2-11-009269-4.

Ce livre prend place dans une collection ayant pour très louable ambition de faire œuvre de pédagogie en fournissant les éléments de connaissance indispensables à la bonne compréhension des institutions et des politiques de l'Union européenne. Mission parfaitement accomplie avec cet ouvrage qui offre un inventaire éclairant des différentes politiques européennes. Conseiller à la Direction de la législation et du contrôle du Sénat français où il est essentiellement au service de la Commission des affaires européennes, Philippe Delivet commence par raconter l'affirmation progressive et, parfois, les coups d'arrêts qu'ont connus les différentes politiques à la lumière des différents traités qui ont jalonné l'histoire de la construction européenne, avant de décrypter les processus décisionnels complexes qui permettent de les concevoir puis de les mettre en œuvre, leur financement n'étant pas la question politique la moins sensible à régler. Il procède ensuite à la présentation exhaustive des différentes « politiques au service d'une intégration économique et monétaire » (concurrence, Union économique et monétaire, politique industrielle, politique commerciale commune) et de la mise en œuvre du Marché unique et des politiques sectorielles telles que l'Europe verte, les transports et réseaux, la cohésion économique, sociale et territoriale, la recherche et l'énergie. La troisième partie du livre est consacrée aux « politiques au service de l'approfondissement du projet européen », à savoir celles qui visent notamment à rapprocher l'Europe des citoyens et à bâtir l'Espace de liberté, de sécurité et de justice, l'environnement et la lutte contre le changement climatique, le social, la culture et l'éducation n'étant pas oubliés. La dernière partie s'intéresse enfin à l'action extérieure de l'Union et à la politique d'élargissement. Dans les conclusions qu'il tire, l'auteur ne cache pas que c'est une « insuffisance manifeste de la gouvernance économique de l'Union » qui est cruellement dévoilée par la crise de la dette. Il juge qu'elle ne pourra relever les défis qui en découlent qu'en mettant en place un mode de gouvernance qui soit à la fois efficace et démocratique, faute de quoi il ne suscitera pas l'adhésion et la confiance des peuples. Ce qui est l'évidence !

(MT)

*** NIELS FENGER, MORTEN BROBERG: Le renvoi préjudiciel à la Cour de justice de l'Union européenne. Éditions Larcier (Groupe De Boeck, 39 rue des Minimes, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5480713 - fax: 5480714 - Courriel: commande@larciergroup.com - Internet: http://www.larciergroup.com ). 2013, 666 p., 125 €. ISBN 978-2-8044-5537-8.

Deuxième juge danois nommé à la Cour de justice et qui présida celle-ci six années durant à partir de 1988, Ole Due est décédé en 2005. Cet impressionnant ouvrage lui est dédié par deux professeurs qui l'ont côtoyé à l'Université de Copenhague. Il s'agit, en l'occurrence, d'une étude exhaustive consacrée au renvoi préjudiciel que peuvent introduire les juridictions nationales devant la Cour de Luxembourg. Le sujet avait été initialement traité dans un ouvrage publié en anglais en 2010, mais il ne s'agit point pour autant d'une simple traduction, ce pour deux raisons. D'abord, la rédaction du premier livre avait été bouclée avant que le Traité de Lisbonne ne soit entré en vigueur, la version française tenant compte, elle, des apports de ce dernier, ainsi que des nouveautés introduites par le nouveau règlement de procédure entré en vigueur à la Cour en novembre 2012. Ensuite et surtout, l'ouvrage a été traduit par Karim Kouri qui, référendaire à la Cour de justice, a su, selon les auteurs, « formuler un certain nombre de commentaires et de suggestions qui ont contribué à une réelle amélioration du texte final ». C'est pourquoi, cette fois, le nom du traducteur est repris en couverture, aux côté de celui du juge Wathelet, auteur de la préface. La procédure préjudicielle, initiée par un tribunal national afin d'obtenir une interprétation d'un acte du droit de l'Union européenne, constitue l'expression d'une interaction et d'une répartition des tâches entre les juridictions nationales et la Cour de justice. C'est cette interaction dans la résolution des affaires judiciaires nationales impliquant le droit de l'Union qui se trouve au cœur du livre. Ses auteurs s'y livrent à un examen minutieux des différents aspects de la procédure au fil de treize chapitres qui, bien évidemment, s'adressent prioritairement aux juristes. Rien que dans le chapitre introductif, Niels Fenger et Morten Broberg passent tour à tour en revue les développements qu'a connus cette procédure, les différents types de renvois préjudiciels existant dans le système juridictionnel de l'Union, ceux prévalant dans l'Espace économique européen, les apports éventuels de la Commission et du Médiateur, cette introduction étant encore ponctuée par une discussion relative aux changements susceptibles d'intervenir à l'avenir. Dans les douze chapitres qui suivent, tous les aspects de la procédure sont étudiés avec minutie, une table chronologique et un index venant encore enrichir l'exposé. Voilà qui permet au lecteur, « spécialiste ou inexpérimenté, de trouver aisément une réponse aux questions conceptuelles ou procédurales qu'il peut se poser », confirme Melchior Wathelet juste avant d'avertir qu'il n'est pas fatalement d'accord avec toutes les « appréciations ou critiques » formulées par les auteurs.

(MT)

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