Bruxelles, 10/01/2014 (Agence Europe) - Ayant tout juste donné le coup d'envoi de la présidence grecque du Conseil de l'UE, Athènes garde toutefois ses propres objectifs en tête et n'entend pas faire de l'année 2014 uniquement celle d'une présidence réussie, mais également celle d'un tournant pour son économie, et ce sur trois fronts: un retour sur les marchés internationaux, une redistribution de l'excédent budgétaire en principe enregistré en 2013 et un nouvel allègement du fardeau de sa dette. Trois points sur lesquels les responsables grecs se sont exprimés vendredi 10 janvier à Athènes.
C'est au second semestre de cette année que la Grèce voudrait retrouver un financement autonome, comme l'a indiqué son Premier ministre, Antonis Samaras, vendredi 10 janvier devant la presse étrangère à Athènes pour le lancement de la présidence. La Grèce a déjà recours à des émissions d'obligations à très court terme pour ses besoins réguliers, mais le programme dessiné avec la 'troïka' (Commission, BCE, FMI) prévoit un retour partiel sur les marchés seulement en 2015. C'est ce qu'indique la Commission dans un document de réponse envoyée au Parlement européen en décembre dans le cadre de son enquête sur le travail de la 'troïka' et publié mercredi par l'exécutif européen (voir autre nouvelle). « Il est prévu que l'accès aux marchés pour la Grèce puisse en partie reprendre à partir de 2015 », selon ce rapport. Mais du côté de la Commission, on précise qu'il ne s'agit pas de venir contredire publiquement les ambitions grecques et qu'il s'agit juste des objectifs du programme. Pour le reste, c'est en fonction des taux d'intérêt qu'il faudra juger si Athènes est prête ou non à revenir sur les marchés, et la décision appartient à l'agence de gestion de la dette grecque.
Dans la foulée, M. Samaras a également expliqué à la presse qu'il y avait un accord avec la 'troïka' sur l'utilisation de l'excédent budgétaire primaire, qui devrait représenter près d'un demi milliard d'euros et être confirmé en avril par Eurostat. Le verdict d'Eurostat devrait servir de base aux décisions. Comme nous l'avait indiqué le ministre des Finances, Yannis Stournaras, lors d'une interview en mai (EUROPE 10847), M. Samaras a rappelé vendredi que 70% de cet excédent devraient pouvoir être redistribués à la population et le reste pour le service de la dette, dans le respect strict des objectifs budgétaires. M. Samaras a précisé que les gens qui ont été le plus pénalisés par la crise (chômeurs, retraités aux pensions les plus faibles) seront concernés par cette redistribution d'argent. La Commission avait précisé en juin être d'accord sur le principe, si cela ne mettait pas en péril lesdits objectifs et que cela devrait être discuté à partir du moment où Eurostat aurait déterminé les chiffres de l'excédent (EUROPE 10847).
L'intervention d'Eurostat permettra aussi de lancer les discussions sur la réduction du fardeau de la dette grecque. M. Stournaras s'est exprimé sur ce point dans le Financial Times, lors d'un entretien publié jeudi 9 janvier. Il a expliqué que le représentant du FMI au sein de la 'troïka', Poul Thomsen, ainsi que la directrice générale du FMI insistaient pour que cela se fasse par le biais d'un effacement pur et simple d'une partie des créances. Ils « ont dit que je devais être de leur côté (…) mais c'est quelque chose qui est totalement hors de question, Schaüble (le ministre allemand des Finances (NDLR) m'a dit 'Yannis, oublie ça ». Il a également dénoncé une approche « maximaliste » de la 'troïka' dans les négociations. Soulignant l'étroite majorité au parlement national (trois sièges d'avance), il a précisé que certaines choses pouvaient être faites, d'autres non. Vendredi matin, le Premier ministre a par ailleurs rassuré la presse sur la stabilité de sa coalition. (EL avec CG)