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Bulletin Quotidien Europe N° 10878
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ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) portugal

Melo, les Portugais ressentent une injustice

Porto, 01/07/2013 (Agence Europe) - Eurodéputé portugais, Nuno Melo est membre du PPE et du parti CDS-PP appartenant à l'actuelle majorité au pouvoir au Portugal. À l'occasion de l'Université d'été du European Ideas Network (think tank du PPE), qui s'est tenue pendant deux jours à Porto les 27 et 28 juin au moment où les syndicats organisaient la 4ème grève générale dans le pays, M. Melo, qui espère être candidat aux élections européennes en 2014, revient sur les « échecs » du programme portugais et sur les attentes du pays vis-à-vis de l'UE. (Propos recueillis par Solenn Paulic)

Agence Europe (AE) - Est-ce que le pays se porte mieux selon vous deux ans après le lancement du programme d'aide internationale ?

Nuno Melo (NM) - Je crois que le prix à payer pour les Portugais est beaucoup trop élevé et socialement il n'est plus acceptable. Les Portugais ont fait d'incroyables efforts, nous avons suivi à la lettre tout ce que le mémorandum prescrivait. Et aujourd'hui, on s'aperçoit que toutes les prévisions faites par la 'troïka' ne se réalisent pas: le chômage augmente beaucoup plus que prévu, la croissance ne revient pas aussi vite qu'on l'avait souhaité, la dette publique augmente toujours. Ce plan ne marche pas, on doit le reconnaître.

Il faut, je crois, l'adapter le plus rapidement possible à la réalité du pays. Ce n'est pas au niveau du Portugal que se situe le problème. Aujourd'hui, il n'y a pas seulement deux clans qui s'affrontent avec, d'un côté, les 'pauvres' pays du Sud face aux pays du Nord plus solides. Neuf pays sont en récession, y compris la France ; et l'Allemagne, tellement puissante, voit aussi son moteur économique ralentir. Le problème est beaucoup plus large et l'UE et le FMI devraient apporter de meilleures réponses.

S'il est important que les réformes structurelles nécessaires se poursuivent et que les États continuent de réduire leurs dépenses, on manque cruellement de mesures capables de booster l'économie, la compétitivité et l'emploi. Il faut absolument que les responsables, nationaux et européens, prennent des mesures en ce sens.

(AE) - L'austérité n'est pas la bonne réponse. Y a-t-il aujourd'hui un 'problème Merkel' ?

(MN) - Ceux qui tiennent ce discours se trompent totalement. Il y a une énorme erreur de communication. Angela Merkel est aux commandes d'un seul pays. Le reste des États membres est 'dirigé' par le Conseil et la Commission européenne. Dire que l'Allemagne décide de tout, ce serait conclure que les institutions européennes, Conseil et Parlement européen, sont faibles et n'existent pas. Je pense surtout que Mme Merkel, comme tout responsable politique, s'adresse d'abord à ses électeurs, d'autant plus en cette année d'élections. C'est assez normal. Mais je pense qu'en Allemagne également on commence à comprendre que la récession est un problème pour tout le monde, car l'Allemagne a besoin d'avoir 26 pays forts autour d'elle tout comme l'Europe a besoin d'une Allemagne solide. Cela va dans les deux sens.

(AE) - La crise de l'Eurozone est-elle derrière nous, comme l'a dit François Hollande ?

(MN) - C'est totalement absurde et c'est inquiétant d'entendre cela de celui qui dirige un grand pays comme la France. On ne peut pas dire cela alors que nous sommes encore en plein milieu de la crise.

(AE) - Votre pays aura-t-il besoin d'un 2ème plan d'aide ?

(MN) - Je ne l'espère pas et ce serait un véritable échec si cela devait être le cas en 2015. À ce stade, je ne pense pas que nous en aurons besoin mais il est certain que tout ne peut pas changer en seulement deux ans. D'autant plus que le pays a connu plus d'une décennie de mauvaises politiques, d'erreurs. Toutes les réformes structurelles nécessaires n'ont pas encore été faites mais il faudra aussi créer de meilleures conditions, pour l'export par exemple.

D'une manière générale, il va falloir que chaque pays trouve son compte dans la monnaie unique. On ne peut plus avoir des pays souhaitant un euro fort et d'autres souhaitant qu'il le soit un peu moins. Ce sont tous ces chantiers qu'il faut mener. Une autre chose très importante est l'égalité avec nos partenaires extérieurs dans les échanges commerciaux. L'UE ne peut pas s'imposer des normes strictes et accepter des produits beaucoup moins contrôlés et moins chers. Tout cela doit rentrer dans la balance ; une fois encore, on voit bien que la solution n'est pas seulement du ressort du Portugal.

(AE) - Comment les Portugais vont-ils se comporter lors des élections européennes ?

(MN) - Je peux seulement dire qu'en 2009 les enjeux des élections européennes étaient quasi exclusivement nationaux. Cette fois, il est évident que l'Europe, et notamment l'action des créanciers du pays, sera au cœur des préoccupations. Les Portugais ressentent une injustice, celle d'avoir exécuté à la lettre les demandes et fait tous les efforts requis et de ne pas obtenir en retour les résultats escomptés. La campagne sera évidemment centrée sur ces questions.

 

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