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Bulletin Quotidien Europe N° 10878
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) jai

Les écoutes de la NSA jettent le trouble sur la relation transatlantique

Bruxelles, 01/07/2013 (Agence Europe) - Les responsables européens ont fait part de leurs inquiétudes et de leur déception après la révélation ce week-end par Der Spiegel que les services de renseignement américains, la National Security Agency (NSA), avaient également espionné les bureaux de l'Union européenne, au Juste Lipse ou dans les représentations de l'UE et quelques ambassades des États membres à Washington. Et certains responsables n'ont pas hésité à faire dépendre le lancement, lundi 8 juillet, des négociations commerciales transatlantiques aux explications que fournira le gouvernement américain.

Empêtrés dans des affaires d'espionnage depuis quelques semaines, avec de premières révélations sur l'existence du programme PRISM visant les individus et toutes leurs communications privées, les Européens ont à nouveau demandé ce week-end à leur allié de la « clarté et de la transparence » sur ces allégations, a expliqué lundi 1er juillet Pia Ahrenkilde-Hansen, porte-parole de la Commission, ainsi qu'une enquête visant à confirmer ou infirmer ces soupçons. Ces réponses sont attendues rapidement et, si possible, avant lundi 8 juillet, date à laquelle doit se tenir le premier round de négociations sur le futur accord de libre-échange.

Pour Mme Reding, commissaire aux Droits fondamentaux, ces discussions devraient clairement être gelées le temps que Washington s'explique sur l'espionnage de ses alliés. « Entre partenaires, on n'espionne pas ! On ne peut pas négocier sur un grand marché transatlantique s'il y a le moindre doute que nos partenaires ciblent des écoutes vers les bureaux des négociateurs européens. Les Américains devraient éliminer ces doutes très rapidement », a déclaré la commissaire dimanche au Luxembourg, lors d'un débat public. Mme Reding a d'autant plus de raisons d'être ferme que le ministre américain de la Justice, Eric Holder, n'a toujours pas répondu à sa missive du 10 juin, ni à celle envoyée le 14 juin avec la commissaire Cecilia Malmström concernant la portée du programme PRISM.

La porte-parole de M. Barroso s'est refusée, lundi, à se prononcer sur le sort de ce 1er round, dont certains groupes au PE, comme les Verts/ALE demandent aussi l'annulation, mais a toutefois laissé entendre que ce round pourrait en effet être conditionné aux explications données au préalable par les États-Unis.

Der Spiegel a cité samedi un document confidentiel de la NSA datant de septembre 2010, transmis là aussi par l'ancien employé de la NSA en exil, Edward Snowden, qui décrit les méthodes utilisées pour placer sur écoute les bureaux et pour espionner les réseaux informatiques internes à Washington et aux Nations unies. L'agence aurait non seulement écouté les conversations téléphoniques mais aussi eu accès à des documents et des courriers électroniques. Selon Der Spiegel, les États-Unis auraient ainsi par le passé mis sur écoute en moyenne 500 000 appels téléphoniques, courriels et messages textes par mois pour la seule Allemagne. France, Italie, Grèce sont diversement touchées.

Selon le porte-parole de Catherine Ashton, Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, les faits révélés seraient toutefois anciens, les bureaux de l'UE à New York et à Washington ayant tous les deux déménagé depuis la date à laquelle remontent les allégations d'espionnage. « Nous avons un système de sécurité complètement nouveau », a indiqué Michael Mann, le porte-parole de Mme Ashton. Lundi, la Commission a indiqué qu'elle allait procéder à un contrôle complet de ses installations et en vérifier la sécurité.

Ces révélations jettent quoi qu'il en soit le trouble entre Européens et Américains, l'affaire « étant cette fois assez sérieuse », juge une source européenne et très « ennuyeuse à la fois pour les Européens et les Américains », dont toutes les pratiques se trouvent mises sur la place publique. Lundi, plusieurs voix politiques, notamment en France, se sont également levées pour appeler à la prudence dans les discussions sur le futur accord de libre-échange, la ministre française en charge du commerce, Nicole Bricq, estimant ces négociations « difficiles si la confiance est rompue », relate l'AFP.

Mais la balle reste largement « dans le camp de la Commission », reprend une source. « C'est elle qui a le mandat et c'est elle qui doit décider de maintenir ou non ce round du 8 juillet ou de le reporter à une date ultérieure. » Juridiquement, il serait très difficile pour un État membre de demander et faire avaliser un gel des discussions. La Commission, estime cette source, aura également du mal à ignorer l'impact politique qu'a cette affaire dans certains États membres, notamment en Allemagne à quelques mois des élections. La réponse de Berlin ne s'est d'ailleurs pas faite attendre. « Il faut que du côté américain, on nous explique immédiatement et en détail si ces informations de presse (...) sont exactes ou non », a rapidement déclaré la ministre de la Justice, Sabine Leutheusser-Schnarrenberger, peu après la révélation de ces allégations.

Le PE devrait lui aussi lancer une enquête spéciale, a demandé le leader du groupe ADLE, Guy Verhofstadt, comme dans l'affaire du réseau « Echelon ». Pressé lundi par Mme Ahston de clarifier rapidement la situation, le secrétaire d'État américain John Kerry s'est montré très prudent. S'il a promis de « chercher à découvrir exactement de quoi il s'agit », chaque pays « exerce de nombreuses activités afin de protéger sa sécurité nationale », a-t-il dit. Et ce « n'est pas inhabituel pour un grand nombre de pays », a-t-il déjà indiqué. (SP)

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