login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10878
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques vérités sur le nouveau cadre financier et sur la réforme agricole

Tout va mal, mais… En Europe tout va mal, c'est entendu ; l'UE est inefficace ; les opinions publiques l'ont abandonnée ; l'esprit communautaire est éteint ; la construction de l'unité européenne recule. Inutile de s'opposer à ces lieux communs à la mode (et qui arrangent certains gouvernements).Ceci étant acquis, essayons, en évitant triomphalisme et éloges, de donner un coup d'œil aux évolutions récentes et aux résultats du dernier Sommet, sans négliger les critiques et les réserves. Je commence aujourd'hui par les deux aspects les plus spectaculaires: la définition du nouveau cadre financier et la réforme de la politique agricole.

A. Cadre financier 2014-2020. L'accord sur le cadre financier de l'UE pour les sept prochaines années est acquis, après avoir été considéré longtemps comme un objectif impossible, tant les divergences entre les États membres d'abord et ensuite entre ces mêmes États et le Parlement européen paraissaient insurmontables. Le consensus couvre tous les aspects: volume global des dépenses de l'UE ; disponibilité anticipée des crédits pour des objectifs urgents (comme la lutte contre le chômage des jeunes) ; réexamens prévus en cours de route, avec possibilités de révisions ; flexibilités ; clause de révision politique en 2016. Les procédures parlementaires doivent être achevées, mais l'accord est politiquement acquis. Le président du PE, Martin Schulz, l'a confirmé, les deux principaux groupes politiques, PPE et socialistes, ont exprimé leur consensus.

À ma connaissance, un seul groupe politique significatif, celui des Verts, a rejeté le compromis. Ses deux coprésidents en ont indiqué les raisons: pour Rebecca Harms, le oui de Schulz est « un abus de confiance inacceptable » ; et pour Daniel Cohn-Bendit, la faculté de déjà dépenser pendant les deux premières années la presque totalité des crédits consacrés à la lutte contre le chômage des jeunes, aura comme résultat qu'il ne restera rien pour les années suivantes. À son avis, « il est lamentable que les autres groupes politiques du PE acceptent le compromis dicté par les chefs d'État ou de gouvernement ».

L'esprit démocratique de Mme Harms et de M. Cohn-Bendit les amènera sans doute à s'incliner devant la décision de la majorité du PE, laquelle se dit fière des concessions arrachées, qui permettront selon Joseph Daul (groupe PPE), de financer les politiques d'avenir de l'UE ; selon Hannes Swoboda (groupe socialiste), « ce n'est pas l'idéal, mais c'est acceptable ». De son côté, Alain Lamassoure, négociateur au nom du PE, a souligné l'engagement du Conseil européen à trouver, à terme, des ressources propres de l'UE, qui permettront de déconnecter le budget européen des budgets nationaux, ce qui résoudrait bien des problèmes.

Quant aux réactions des États membres, je retiens l'affirmation d'Angela Merkel: faute d'accord, des milliers et des milliers de personnes en Europe perdraient leur travail. Si tous pouvaient le comprendre...

B. Qualité et risques de la réforme de la politique agricole commune. Est-il nécessaire de souligner une fois de plus la signification de l'agriculture ? Dans cette phase de l'histoire du monde, la survie de la race humaine, qui continue à croître à un rythme impressionnant (et intenable à long terme), dépend de la sauvegarde de la nature et de la maîtrise de l'alimentation. Voilà en quelques mots l'énorme défi que représente la PAC pour l'Europe. En plus de sa signification, je rappelle que son poids dans le cadre financier 2014-2020 équivaut à 38%.

Le débat, long et difficile, sur la future PAC a eu des aspects positifs et d'autres qui le sont moins. La capacité pour l'Europe de nourrir elle-même sa population représente une obligation dans le monde d'aujourd'hui, mais certains abus du passé doivent être éliminés sans remords. Si l'on constate que la nouvelle PAC ne reconnaît pas en tant qu'agriculteurs actifs ceux qui s'occupent des aéroports ou des terrains de sport, ça veut dire que dans l'ancienne PAC ils étaient financés comme tels ! Et il y avait aussi des doubles financements, qui seront supprimés.

La PAC actuelle comporte aussi des aspects historiques et des traitements différents entre États membres anciens et plus récents, qui seront révisés.

Le résultat final a été accueilli positivement, aussi bien par les institutions européennes que par les autorités nationales, mais il a été vivement critiqué par les ONG environnementales. Le WWF n'a pas hésité à qualifier la réforme de la PAC de désastre du point de vue de l'érosion du sol, de la rareté de l'eau et du déclin de la biodiversité (voir notre bulletin n° 10876). Si telle est la perspective pour l'Europe, qu'est-elle ailleurs ? Certes, des compromis étaient et restent inévitables, mais je ne crois pas que la politique agricole européenne soit la plus dangereuse ni la plus nocive du monde. Cet édito continue demain.

(FR)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
POLITIQUES SECTORIELLES
INSTITUTIONNEL
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
ACTION EXTÉRIEURE
CONSEIL DE L'EUROPE
AFFAIRES & ENTREPRISES N°68
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE