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Bulletin Quotidien Europe N° 10875
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) tunisie

Atmosphère « franche et ouverte » lors des entretiens avec Larayedh

Bruxelles, 26/06/2013 (Agence Europe) - Le Premier ministre tunisien, Ali Larayedh, en visite à Bruxelles, s'est efforcé de rassurer sur la volonté de son gouvernement de mener la transition démocratique à bon port, mardi 25 juin, lors de ses différents entretiens avec les présidents de la Commission européenne, José Manuel Durão Barroso, et du Conseil européen, Herman Van Rompuy, le secrétaire général du Service européen pour l'action extérieure, Pierre Vimont, et la commission 'Affaires étrangères' du Parlement européen.

Mais les critiques ne lui ont pas été épargnées par les eurodéputés qui l'ont reçu en audition. Au point qu'un des membres de sa délégation, le ministre du Commerce, Abdelwaheb Maâtar, a manifesté son agacement. Dans une interview à la radio ShemsFM, il a demandé au PE de respecter « la souveraineté de la Tunisie », affirmant qu'il y avait atteinte à « l'identité » de la Tunisie.

En revanche, ses entretiens avec MM. Barroso et Van Rompuy, ont été moins porteurs de critiques. À l'issue de leurs entretiens respectifs, en des interventions parfaitement similaires, ils ont rendu hommage à l'action du gouvernement tunisien, en offrant une aide supplémentaire de 40 millions d'euros (au titre du programme SPRING) qui s'ajoutent aux 400 millions provenant des ressources de la Politique de voisinage. Ils se sont félicités de l'accord conclu par Tunis avec le FMI qui permettra d'envisager des appuis macro-économiques européens plus déterminés. Un engagement est pris d'amorcer les différentes négociations envisagées (EUROPE n° 10873) pour établir un « partenariat privilégié ».

Le Premier ministre s'en est réjoui en remerciant l'UE, dont le Parlement, qui a apporté son soutien pour la récupération des avoirs de l'ancien pouvoir et sur la dette tunisienne. MM. Barroso et Van Rompuy lui ont tous deux proposé un appui électoral et l'envoi d'une mission d'observation lorsqu'une date aura été convenue pour des scrutins encore incertains et faisant l'objet de vifs débats à l'Assemblée nationale constituante. Dans l'atmosphère « franche et ouverte » de leurs entretiens, selon la formule de précaution prononcée par le président Barroso, ils ont toutefois rappelé les lignes rouges de l'appui européen: le respect des engagements institutionnels et des libertés et surtout la sécurité.

Interpellé lors de son audition parlementaire par Véronique De Keyser, Ana Gomez, Carmen Romero et Antonio Panzeri (tous quatre du groupe S&D), Malika Benarab-Attou (Verts/ALE) et Michael Gahler (PPE), le Premier ministre s'est surtout attaché à relativiser et à plaider la bonne foi et la bonne volonté, renvoyant aux circonstances les atteintes constatées et jouant même la surprise d'en apprendre certaines.

Les eurodéputés avaient pointé du doigt divers manquements récents aux libertés et surtout les retards accumulés dans le respect des rendez-vous institutionnels convenus dès les élections d'octobre 2011. Il s'agit de l'élaboration d'une Constitution promise pour la fin 2012, la tenue d'élections générales, la réforme de la justice, l'encadrement législatif des droits des journalistes, etc. Autre point sensible: l'insécurité dans le pays et à ses frontières et le gouvernement a paru attentiste, sinon fuyant sa responsabilité, dans sa réaction aux actes d'agression physique (notamment, l'assassinat d'un opposant politique de premier plan, Chokri Belaïd) et de terrorisme déclaré. L'armée a dû intervenir aux frontières, notamment avec l'Algérie, pour contrer des groupes armés qui ont fait douter de la capacité du pays à se protéger contre de telles attaques attribuées à AQMI (Al-Qaïda pour le Maghreb) et qui mettent en alerte l'UE. Ces doutes soulèvent un débat général en Tunisie et le plus haut gradé vient, en protestation - silencieuse -, de présenter sa mise à la retraite laissant ouverte la possibilité d'un déballage public sur l'attitude du gouvernement, en désaccord sur la conduite à tenir face à l'insécurité croissante. Sur le risque d'hégémonie dont son parti est soupçonné, le Premier ministre a, face aux députés, pris quelques distances avec le chef de file de son mouvement, Rached Ghannouchi, jugé perméable aux thèses des salafistes en rappelant la formule de « lui c'est lui, moi c'est moi ». C'était presque la tonalité générale de son intervention face aux députés en s'efforçant de calmer les appréhensions sans s'engager de façon concrète (sur les assassins de Chokri Belaïd, sur un rappeur condamné à 2 ans de prison, sur les Femen, dont trois européennes, auxquelles une peine de prison est infligée, etc.). Il s'est cependant livré à un plaidoyer sur l'importance des liens avec l'Europe en la remerciant pour le soutien qu'elle a apporté à la Tunisie depuis sa révolution, comptant sur son aide pour se confronter aux problèmes du chômage et contribuer au redécollage de l'économie mise à mal faute de sécurité et de remise en ordre de marche de l'État.

Le Premier ministre a saisi l'occasion pour une annonce d'intérêt national: une élection présidentielle aura lieu à une date qu'il n'a pas précisée avant la tenue d'élections législatives. La question fera débat à son retour au pays où le gouvernement et le parti dont il est issu est constamment accusé de se livrer à des manœuvres dilatoires. (FB)

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