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Bulletin Quotidien Europe N° 10852
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Politique de l'énergie: un échec européen difficile à corriger

Solidarité européenne inexistante. Le secteur de l'énergie figure parmi les faiblesses, pour ne pas dire les échecs, de l'Union européenne. Chaque État membre agit en fonction de ses intérêts, qui sont loin de coïncider ; ils sont souvent contradictoires, pour ne pas dire opposés. Certes, l'UE a progressivement défini des règles pour la gestion interne des sources d'énergie, et les disciplines qui en résultent sont parfois efficaces et utiles ; mais les décisions fondamentales sont prises par les États en totale autonomie, sans procéder à des consultations dans le cadre européen ; parfois même les échanges d'informations sont inexistants. Exemples parmi d'autres: les institutions communautaires avaient appris par la radio ou en lisant la presse que l'Allemagne avait renoncé à l'énergie nucléaire, ou que la France avait mis de côté l'exploitation du gaz de schiste (Paris a fait mercredi une prudente marche arrière). Il est vrai que parmi les règles communautaires existantes certaines sont positives et efficaces, comme celles qui visent les économies d'énergie ou l'établissement de réseaux entre les différents marchés nationaux, même si ces derniers sont encore incomplets. Mais dans les relations avec les pays tiers producteurs et exportateurs d'énergie, chaque gouvernement de l'UE agit pour son compte. Et il est bien connu qu'actuellement l'Europe dépend des importations pour l'essentiel de ses besoins.

Changements indispensables loin d'être acquis. Le Conseil européen de mercredi a-t-il modifié cette situation ? Pas vraiment… On peut dire tout au plus que les chefs qui nous gouvernent en ont exprimé l'intention. Rien n'est acquis, au contraire il a été confirmé que les positions des États membres divergent non seulement à l'égard des importations en provenance des pays tiers, mais aussi dans plusieurs aspects des politiques internes ; et on a parfois des divergences à l'intérieur même d'un pays. Certains choix précédents se sont avérés erronés et certaines erreurs ont coûté et coûtent encore très cher, même si les responsables évitent de le reconnaître. Mais le président de la Commission européenne, M. Barroso, a invité à abandonner les regrets (no regret scenario) pour les retards dans la mise en œuvre des bonnes politiques, tout en ajoutant que le statu quo n'est pas une option (voir notre bulletin n° 10850).

Exemples de problèmes à résoudre. C'est quoi, les « bonnes politiques » ? La meilleure réponse est celle du président du Conseil européen, M. Van Rompuy: L'énergie la moins chère, la plus propre et la plus sûre est celle que nous ne consommons pas. Pour le reste, dans notre n° 10850 on a résumé en détail les résultats du Sommet: ils constituent davantage un programme que des décisions. Plutôt que d'y revenir, je vais rappeler quelques aspects des problèmes à résoudre.

a) Aides à réviser. Les subventions aux énergies renouvelables (surtout éoliennes ou solaires) ont été excessivement gonflées, sans tenir suffisamment compte que le vent n'est pas permanent et le soleil non plus, ce qui a rendu indispensables des installations parallèles et les coûts sont devenus excessifs. La demande des clients baisse, le système est devenu trop cher et il doit être révisé.

b) Concurrence américaine. L'ample utilisation du gaz de schiste aux États-Unis renforce la position concurrentielle de l'industrie américaine, qui paye à présent l'électricité à un prix qui correspond à moins de la moitié du prix européen (lui-même pas uniforme d'un pays à l'autre).

c) Effets pour les pays du Golfe. La chute éventuelle des achats européens de pétrole dans ces pays pourrait influencer leurs achats dans l'UE de palais, équipes de football et autres richesses, ainsi que leurs financements dans les conflits comme celui en Syrie. La réduction éventuelle de la vente à l'UE de pétrole ou de gaz originaires de ces régions pourrait avoir des répercussions politiques dans toute la région.

Autres aspects essentiels. Les aspects cités ne sont que des exemples et il y en a beaucoup d'autres. Le rapport entre efficacité énergétique et précautions environnementales est fondamental, mais difficile à établir. Une politique européenne de l'énergie est facile (ou presque) à dessiner, mais très difficile à concrétiser. Les aspects de politique extérieure dépassent de loin l'exemple cité des pays du Golfe ; il suffit de penser aux relations avec la Russie. Les répercussions de l'évolution américaine avec le gaz de schiste vont bien au-delà de la concurrence industrielle. Ce n'est pas pour rien que Jacques Delors avait préconisé une Communauté européenne de l'énergie et il figure d'ailleurs parmi les personnalités qui ont pris position sur la situation actuelle. Je reviendrai sur ces différents aspects.

(FR)

 

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