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Bulletin Quotidien Europe N° 10823
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POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) santÉ

Accès aux soins, Médecins du Monde lance un cri d'alarme

Bruxelles, 09/04/2013 (Agence Europe) - La crise économique et financière a un impact négatif direct sur l'accès aux soins de santé en Europe. Les plus pauvres et les plus démunis sont les premières victimes de ce phénomène. Dans son rapport sur l'accès aux soins en Europe en temps de crise, publié le 9 avril, Médecins du Monde lance un cri d'alarme: « Le sort des plus vulnérables ne cesse d'empirer, non seulement en termes d'accès aux services de soins, mais également quant aux autres déterminants de la santé, tels que le degré d'exclusion sociale, l'éducation, le logement et les conditions de vie générales, la qualité du régime alimentaire, la vulnérabilité à la violence. » Le réseau exhorte l'Union européenne et le Conseil de l'Europe à mettre en place des mesures permettant d'assurer la protection des étrangers gravement malades pour qu'ils ne soient pas expulsés vers des pays où ils n'auront pas accès aux soins. Il appelle également à combattre activement les discours populistes et les idées reçues quant au « tourisme sanitaire » des migrants.

Hausse du chômage, augmentation de la pauvreté infantile et de la précarité, expulsions régulières des logements pour insolvabilité… Les systèmes européens de santé et de protection sociale vacillent sous la pression et les mesures d'austérité déclenchées par les gouvernements européens pour répondre à la crise. Dans ce contexte, les plus pauvres, déjà confrontés à divers facteurs de vulnérabilité (personnes sans-abri, migrants, usagers de drogues), voient les filets sociaux de sécurité qui leur apportaient auparavant une aide minimale se réduire, voire disparaître. Alors même que l'ensemble de la population doit faire face à une augmentation de la pauvreté, on assiste à la multiplication des actions et déclarations xénophobes à l'égard des migrants, pris comme boucs émissaires d'une situation qui les rend encore plus vulnérables. Dans son rapport, Médecins du Monde constate que l'état de santé des patients rencontrés quotidiennement dans ses centres en Europe continue d'être bien plus inquiétant que celui de la population générale. En Espagne, l'accès aux soins pour les migrants sans-papiers fait l'objet de restrictions juridiques ; en Grèce, l'ensemble du système de santé publique est mis à rude épreuve par les mesures d'austérité. Le réseau dénonce également la situation insoutenable vécue par des patients au Portugal et en Grèce, obligés désormais de choisir entre se nourrir et acheter des médicaments. Par ailleurs, un nombre significatif d'États membres de l'UE a augmenté la part des dépenses non remboursées aux malades, touchant en premier lieu les plus précaires.

Voici les chiffres les plus marquants recueillis pas Médecins du Monde en 2012:

1) 26% des patients examinés se jugent en mauvais, voire très mauvais état de santé général. Or la santé ne représente que 1,6% des raisons invoquées pour expliquer la migration, réfutant ainsi les affirmations selon lesquelles les mécanismes de protection sociale représentent un facteur d'attraction pour les migrants ;

2) 28% des usagers des services de Médecins du Monde déclarent être en mauvais ou très mauvais état de santé mentale (en Grèce, ils représentent 50,8% des patients) ;

3) Plus de 80% des patients reçus vivant dans la précarité doivent payer la totalité des frais médicaux pour pouvoir accéder aux soins ;

4) 59% des femmes enceintes n'ont pas accès aux soins prénataux ;

5) Parmi les patients qui ont abordé le sujet des violences, 40% ont vécu dans un pays en guerre, 20% ont été menacés, torturés ou emprisonnés en raisons de leurs idées, 40% ont été battus, 22% ont souffert de violences psychologiques, 8% ont été sexuellement agressés et 5% ont été violés. Et 27% ont été victimes de violences depuis leur arrivée en Europe ;

6) 20% signalent s'être vu refuser l'accès aux soins par un prestataire de soins au cours des douze derniers mois (surtout en Espagne, 62%) et 36% disent avoir renoncé à recourir à des soins l'an dernier ;

7) 60% de l'ensemble des patients ne savent où aller pour se faire vacciner ;

8) 78% des diagnostics nécessitent un traitement urgent et plus de la moitié des patients ayant besoin d'un traitement vraiment nécessaire n'en avaient reçu aucun au moment de la consultation médicale ;

9) 49% résident dans des logements temporaires ou instables ;

10) 55% des patients citoyens de l'UE ne sont pas autorisés à résider dans le pays hôte.

Dans son appel à l'Union européenne et au Conseil de l'Europe, Médecins du Monde revendique le droit de dispenser les soins de santé conformément à l'éthique médicale, indépendamment du statut social ou de l'origine ethnique des patients. L'ONG appelle au maintien de systèmes de santé publique nationaux reposant sur la solidarité, l'égalité et l'équité, accessibles à tous ceux vivant sur le territoire européen et non des systèmes fondés sur une logique de profit. Elle appelle en outre à une politique de santé publique européenne cohérente en matière de prévention et de traitement des maladies infectieuses et un accès égal pour tous aux programmes nationaux de vaccination et aux soins pédiatriques, de même qu'un accès aux soins pré et post nataux pour toutes les femmes enceintes. Enfin, le réseau demande une protection en Europe des étrangers gravement malades qui n'ont pas accès à des soins appropriés dans leur pays d'origine. (IL)

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