Aide-mémoire synthétique. Les révélations spectaculaires qui ont entouré les fêtes de Pâques dans le domaine financier ont tellement bousculé les opinions publiques, qu'un rappel synthétique de quelques points fermes ou d'observations personnelles peut être utile, au moment de la relance à plein rythme de l'activité communautaire. Le voici.
Il est très facile et commode pour certains gouvernements, ou pour quelques forces politiques, d'attribuer à l'UE et à ses lacunes des erreurs ou échecs qui sont essentiellement nationaux.
La réduction de certains déficits budgétaires nationaux, excessifs et injustifiés, passe surtout par le redressement des comportements internes et par le respect des engagements souscrits dans le cadre européen. La rhétorique anti-communautaire est devenue un instrument d'auto-défense très souvent artificiel.
Les gaspillages d'un pays ou les abus de sa classe politique enrichissent le monde de la finance et les spéculateurs, au détriment de la plupart des citoyens et surtout des générations futures. Un pays trop endetté dépend de ses créditeurs et il est soumis, pour se financer, aux conditions imposées par la spéculation et par certaines banques, jusqu'à compromettre son identité nationale.
Les instruments de la zone euro permettent de soutenir et de financer les États membres en difficulté, avec de longs délais pour se redresser ; mais celui qui ne respecte pas les engagements souscrits ne devrait pas, à long terme, demeurer dans cette zone.
La sortie d'un pays de la zone euro semble être combattue surtout par le monde bancaire. Il est donc licite de soupçonner que le financement des pays de cette zone en situation difficile soit favorable aux banques, qui pratiquent des taux d'intérêt très élevés. Il ne faut pas tomber dans leur piège.
Il ne faut jamais oublier que le fait de sortir de la zone euro ne signifie aucunement quitter l'Europe ; on reste un État membre de l'UE qui bénéficie des soutiens, éventuellement renforcés, des politiques communes.
Une certaine souplesse. J'estime largement injustifiées les accusations d'égoïsme portées à l'encontre de l'Allemagne, face à la situation européenne actuelle et aux difficultés de la plupart des autres pays de l'UE. Certaines allusions au nazisme sont mesquines et, dans leur forme excessive, ignobles. Quel pays n'a pas traversé, dans son histoire, des moments d'erreurs et d'injustices ? Mme Merkel apparaît raisonnablement compréhensive ; elle approuve une certaine flexibilité dans l'application de la règle du déficit national maximal de 3%, et elle soutient les financements par le budget communautaire (dont son pays est le premier contributeur). Il est vrai que l'Allemagne en tire avantage en tant que premier pays exportateur ; mais ce n'est pas une faute.
De son côté, Mario Monti, Premier ministre en exercice du principal État membre en situation difficile, s'efforce de faire respecter par l'Italie l'incontournable redressement budgétaire, mais avec la faculté de ne pas insérer dans le calcul du déficit national certains grands investissements publics ; M. Monti demande de tenir compte du décalage inévitable entre les réformes structurelles et leurs effets sur le terrain. Le cofinancement national de projets soutenus par les fonds communautaires ne devrait pas constituer un élément du déficit. Ces demandes de M. Monti vont dans le sens, aujourd'hui accepté par tous, d'insérer dans la politique européenne un élément de croissance économique à côté de la réduction, inéluctable et salutaire, des déficits. On le voit, ce principe n'est pas une découverte de la dernière heure.
Miracle européen. J'ajoute quelques remarques toutes récentes de Michel Serres, membre de l'Académie française: « Je suis suffisamment âgé pour savoir que l'Europe unie, sans guerres et sans frontières, est un miracle. Quelles que soient les critiques qu'on peut adresser à l'UE, il ne faut pas oublier que l'histoire enseigne que les guerres sont toujours provoquées par une crise économique. L'Europe est en crise économique depuis 20 ans et il n'y a pas de guerre. L'unité européenne est donc, de ce point de vue, parfaitement efficace, car la crise commune n'a pas entraîné des carnages comme dans toutes les crises précédentes. »
Et j'ajoute: carnages qui existent aux portes de l'Europe ! Il suffit de regarder autour de nous pour constater les conflits cruels qui se poursuivent. Je comprends que l'impossibilité d'un conflit au sein de l'UE ne soit pas toujours une consolation pour ceux de ses habitants qui subissent les effets souvent dramatiques et douloureux de la crise économique, surtout les jeunes qui n'ont jamais connu les guerres intra-européennes. Mais les anciens n'oublient pas ces guerres d'hier et ils remercient l'unité d'aujourd'hui. (FR)