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Bulletin Quotidien Europe N° 10820
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les pauvres en Europe, les péripéties de Chypre, les dangers des demi-vérités

L'Europe, les pays pauvres et les pays émergents. L'UE a décidé en principe de concentrer sur les pays les plus pauvres du monde son aide au développement, en laissant de côté les pays émergents, qui sont dans une phase évidente de progrès. Cette orientation a suscité des réserves ou des véritables protestations de la part d'acteurs européens de l'aide au développement, qui lui reprochent de négliger les poches de pauvreté qui subsistent dans les pays émergents. Or, la nouvelle orientation européenne me paraît correcte, car les poches de pauvreté sont de plus en plus visibles en Europe elle-même ; l'UE et les États membres ont le devoir d'y faire face ; les pays émergents doivent faire de même chez eux. Quelle est la situation ?

Au sein de l'UE, les personnes ayant besoin d'aide alimentaire sont évaluées à 19 millions. Mais l'exigence de réduire les dépenses européennes imposerait que, pour le septennat 2014-2020, le Programme européen d'aide aux démunis (PEAD) soit réduit de 40%. Le Parlement européen s'y oppose, en faisant valoir que dans l'UE la pauvreté au sens large touche désormais 120 millions de citoyens. D'ailleurs, l'ensemble de l'aide au développement est réduite par l'ensemble des pays de l'OCDE et globalement l'Europe respecte ses engagements. Ma conclusion tient en quelques phrases.

Félicitations et compliments aux pays émergents dont l'expansion est vigoureuse et qui acquièrent de plus en plus de poids au niveau mondial. Ils le méritent. Ils ont aussi le devoir de s'occuper de leurs poches de pauvreté. L'Europe a les siennes, mais elle reste de toute manière le premier donneur d'aide aux pays pauvres.

J'ajouterais que je me méfie un peu de certains organismes communautaires qui distribuent des aides à l'extérieur de l'UE, car ils donnent parfois l'impression de se soucier de leur importance et de défendre leurs disponibilités budgétaires, davantage que des besoins réels des bénéficiaires de leur action.

Chypre et Turquie: divergences maritimes et énergétiques. Au-delà de la boutade d'Ankara invitant les Chypriotes à entrer dans la zone monétaire de la « livre turque » s'ils devaient quitter la zone euro, d'autres aspects des relations Turquie/Chypre sont conflictuels. Ankara s'oppose aux projets chypriotes relatifs à l'exploration et à l'extraction de gaz naturel autour de l'île, car ses propres projets impliquant cette mer sont colossaux, étant liés à l'oléoduc qui va de la mer Noire à la Méditerranée. Et Moscou serait dans ce cas d'accord avec Ankara: pour l'énergie, Turquie et Russie collaborent. À leur avis, Chypre n'a pas le droit d'utiliser les ressources énergétiques offshore comme garantie pour les prêts qu'elle recherche. Et il faut tenir compte aussi de la République turque de Chypre du Nord, que seule Ankara reconnaît.

D'autres pays sont impliqués dans les ressources énergétiques de cette zone. C'est ainsi qu'Ankara a suspendu sa collaboration avec l'ENI (Italie) pour les projets d'investissement sur place. D'ailleurs, les divergences Chypre-Turquie avaient déjà commencé en 2010 pour des raisons politiques: Ankara contestait que les Chypriotes d'origine grecque soient les seuls propriétaires de l'île.

La divergence gonfle car Chypre entend utiliser les ressources pétrolières comme instrument pour surmonter sa crise bancaire. Et les dizaines de milliers de Russes installés sur place n'ont aucune intention de s'en aller. On le voit, le cas chypriote est de plus en plus embrouillé.

La faute à Bruxelles ? Il est trop simpliste à mon avis d'attribuer à l'UE la responsabilité des complications citées. Il est à la mode d'attribuer toutes les fautes à Bruxelles ; c'est simple et souvent bête. Si on avait accepté au départ la solution demandée par Chypre pour faire face à ses difficultés, l'essentiel des efforts aurait pesé sur les contribuables européens. C'est un peu comme pour la Grèce: j'ai lu plusieurs fois que « le plan de sauvetage de ce pays a été le plus coûteux et inefficace de l'histoire du capitalisme ».

Il est normal, et même un devoir pour l'UE, d'aider ses États membres en difficulté, en leur offrant la possibilité de se redresser ; mais ces États doivent tenir compte de leurs engagements. Il est trop facile pour une partie du Parlement européen et pour certains commentateurs de réclamer l'aide communautaire sans limites à tous les pays de la zone euro, en négligeant les responsabilités des fautifs et en cachant la vérité sur le coût véritable pour tous les Européens. Je me demande parfois si les gagnants de certains marchandages ne sont pas en définitive les banques sans scrupules. La démagogie qui consiste à ne pas mettre en cause les responsabilités des pays qui ne respectent pas les engagements souscrits est négative. Sans oublier que les abus de la classe politique sont parfois la première cause des déséquilibres budgétaires.

(FR)

 

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