Bruxelles, 20/03/2013 (Agence Europe) - Toutes les substances actives sur le système endocrinien ne sont pas nécessairement des perturbateurs endocriniens, cela dépend de l'existence de preuves raisonnables démontrant que la substance peut générer un effet nocif résultant de son interaction ou interférence avec le système endocrinien, or il n'existe pas à ce jour de critères scientifiques spécifique permettant d'établir la distinction entre substance active et perturbateurs endocriniens, a affirmé l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) dans un avis scientifique sur l'évaluation des risques des perturbateurs endocriniens publié le 20 mars.
Mandatée en septembre 2012 par la Commission européenne (DG SANCO), l'EFSA était invitée à répondre principalement à deux questions: comment définir un perturbateur endocrinien ? Comment distinguer les effets indésirables ? Cet avis était très attendu pour aider la Commission - gestionnaire des risques pour protéger les consommateurs et l'environnement des risques éventuels associés aux perturbateurs endocriniens présents dans la chaîne alimentaire - à développer des critères pour les produits phytopharmaceutiques d'ici à la fin de l'année. Il est aussi d'une importance primordiale car il fondera la stratégie de l'UE pour les perturbateurs endocriniens, que prépare la Commission européenne et qui est attendue cette année. Or, sur la question principale, il ne tranche pas. « Il n'existe pas de critère scientifique spécifique défini pour distinguer les effets nocifs potentiels des perturbateurs endocriniens par rapport à une régulation normale des fonctions corporelles ou réponses adaptatives », affirme l'EFSA, ajoutant que « des experts doivent évaluer le poids des éléments probants disponibles au cas par cas ».
Pour la définition du perturbateur endocrinien l'EFSA reprend à son compte la définition qu'en donne l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui, en février a reconnu que ces substances chimiques omniprésentes dans la vie de tout un chacun constituent « une menace mondiale » pour la santé humaine et l'environnement.
Les experts du comité scientifique sur les substances actives sur le système endocrinien ont conclu que les tests actuellement disponibles, ou qui le seront bientôt, et faisant l'objet d'un accord au niveau international permettent d'identifier chez les mammifères et les poissons l'action de certaines substances chimiques sur quatre voies endocriniennes importantes connues pour être sensibles aux perturbations endocriniennes. . . « L'Autorité a examiné les tests actuellement disponibles afin d'aider les gestionnaires des risques à définir ce qui peut constituer ou pas un perturbateur endocrinien, en utilisant des critères scientifiquement fondés. Notre avis souligne la nécessité de développer davantage de stratégies expérimentales afin de tester ces substances de façon systématique et transparente», a déclaré Hubert Deluyker, directeur de la stratégie et de la coordination scientifiques à l'EFSA. Le professeur Tony Hardy, président du comité scientifique de l'EFSA, a ajouté: « Les tests existants se révèlent généralement adéquats pour les mammifères et les poissons et, dans une moindre mesure, pour les oiseaux et les amphibiens, et couvrent quatre voies endocriniennes importantes. Cependant, un test unique n'est pas suffisant pour décider si une substance est un perturbateur endocrinien ; plusieurs tests doivent être effectués et être ensuite évalués dans leur ensemble par des experts dans le cadre d'une approche fondée sur le poids de la preuve. »
L'EFSA estime qu'une approche de l'évaluation des risques qui tienne compte à la fois des effets nocifs potentiels des substances actives sur le système endocrinien et de la probabilité d'exposition à ces substances exploitera au mieux les informations disponibles afin de réglementer leur utilisation.
L'avis de l'EFSA aborde également brièvement plusieurs questions relatives aux tests sur des substances chimiques qui ne sont pas uniquement associées au phénomène de la perturbation endocrinienne, notamment les « fenêtres de sensibilité » (périodes critiques du développement, telles que la conception, la grossesse, la petite enfance, l'enfance et la puberté, pendant lesquelles le corps peut être plus sensible aux substances chimiques, augmentant de ce fait la probabilité d'apparition d'effets nocifs à court terme ou plus tard dans la vie), et d'autres questions liées à la toxicologie chimique et encore sujettes à un débat scientifique, tels que les effets à faible dose, les courbes dose-réponse non monotones et l'exposition combinée à de multiples substances chimiques. Sur ces questions, l'EFSA recommande de réaliser des travaux supplémentaires pour clarifier dans un contexte plus large la façon dont ces divers aspects pourraient avoir une influence sur les approches actuelles d'évaluation des risques et sur les stratégies expérimentales des substances chimiques quelles qu'elles soient. Le travail de l'EFSA à ce sujet est principalement axé sur les substances actives sur le système endocrinien présentes dans la chaîne alimentaire (comme les pesticides) mais il s'inscrit dans une initiative plus large, coordonnée par la Commission européenne, visant à étayer et éclairer la mise à jour de la législation de l'UE applicable aux produits chimiques, aux pesticides et aux biocides. Aussi, l'Agence européenne des médicaments, l'Agence européenne des produits chimiques, l'Agence européenne pour l'environnement et le Centre commun de recherche, impliqués dans ce processus ont-elles contribué à l'élaboration de l'avis de l'EFSA.
De la confusion ajoutée au débat. L'avis de l'EFSA a créé une grande déception chez PAN Europe qui reproche à l'EFSA d'ajouter de la confusion au débat en introduisant une nouvelle catégorie de substances: les substances actives sur le système endocrinien, ce qui risque de saper la réglementation actuelle sur les pesticides (règlement 1107/2009 qui ne fait nullement mention de cette nouvelle catégorie et vise simplement à interdire les pesticides qui ont des propriétés perturbatrices endocriniennes susceptibles d'avoir des effets nocifs. PAN Europe reproche a l'EFSA de n'avoir proposé de critères ni pour les propriétés perturbatrices endocriniennes ni pour les effets nocifs.
Rappelons que, dans une résolution adoptée le 13 mars, le Parlement a appelé l'UE à agir immédiatement et à réglementer les perturbateurs endocriniens en les incluant dans les substances extrêmement préoccupantes couvertes par le règlement REACH (EUROPE n° 10806), mais qu'il avait également exprimé son « total désaccord avec les tentatives visant à introduire le critère d'activité en tant que seuil de définition des perturbateurs endocriniens ». (AN)