Bruxelles, 20/03/2013 (Agence Europe) - Tous les regards sont désormais tournés vers Nicosie, au lendemain du rejet massif, par le parlement chypriote, du plan d'aide européen de 10 milliards qui comprenait une taxe sur les dépôts supposée lever 5,8 milliards d'euros (aucune voix pour, 36 voix contre et 19 abstentions). Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a appelé à une solution rapide, prévenant que « le temps presse, c'est une question de semaines ». Le gouvernement chypriote précédent avait en effet indiqué que les besoins en financement étaient couverts jusqu'au mois de mai, alors que l'île doit faire face à une échéance en termes de remboursement d'1,4 milliard d'euros le 3 juin prochain.
La balle dans le camp des Chypriotes. Selon la Commission, il appartient désormais aux autorités chypriotes de présenter une contre-proposition à l'accord de ce week-end « qui respecte le critère de viabilité de la dette et les paramètres financiers correspondants ». Autrement dit, il n'y a pas d'a priori sur la solution qui sera présentée par l'île, mais il est important que Nicosie garde à l'esprit que la zone euro et le FMI limiteront leur prêt à 10 milliards d'euros, soit déjà 55% du PIB annuel de l'île. Un emprunt plus élevé mettrait en effet à mal la viabilité de la dette chypriote. Nicosie doit donc trouver le moyen de mobiliser 5,8 milliards de ressources internes pour compléter le plan d'aide de 17 milliards.
Selon une source chypriote, les options sur la table concerneraient notamment le rachat par la Russie de certaines banques chypriotes. Le ministre chypriotes des Finances, Michalis Sarris, était à Moscou mercredi pour négocier un assouplissement des termes du prêt de 2,5 milliards accordé en 2011, et, on peut imaginer, une contribution additionnelle de la Russie. « Il n'y a eu aucune offre, rien de concret », a déclaré M. Sarris après avoir rencontré son homologue russe. Les discussions sont appelées à se poursuivre, selon lui.
Une autre éventualité serait la nationalisation des fonds de pensions d'institutions publiques et semi-publiques, mais cela aurait été rejeté par la 'troïka', selon Dow Jones. Contracter le secteur bancaire, via des fusions, afin de réduire le montant de la recapitalisation des banques (qui tourne autour de 10 milliards d'euros) aurait également été envisagé. Sur ce point, la Commission européenne, comme l'Eurogroupe, tout comme Chypre elle-même sont d'accord pour dire que le secteur bancaire est surdimensionné par rapport à la richesse de l'île. La chancelière allemande, Angela Merkel, a par ailleurs estimé mercredi que le secteur bancaire devait « apporter une solution pour rendre la dette viable ».
Les banques de l'île toujours fermées. Les banques, fermées depuis le week-end, pourraient ne pas reprendre leurs activités ce jeudi comme cela était prévu. Une fuite de capitaux pourrait être à craindre, comme l'expliquait le président de la Banque centrale chypriote, mardi. La population a en effet salué le rejet par le parlement chypriote du plan d'aide qui prévoyait de taxer les dépôts entre 20 000 et 100 000 euros à 6,75% et à 9,9% au-delà de ce seuil. Il s'agissait déjà d'une révision de l'accord passé dans la nuit de vendredi à samedi (EUROPE n° 10808) puisque celui-ci prévoyait à la base de ne pas épargner les dépôts en deçà de 20 000 euros. Un accord unanime samedi matin, dont plus personne ne revendique désormais la paternité. La Commission européenne a d'ailleurs réitéré mercredi qu'elle avait plaidé pour que les dépôts inférieurs à 100 000 euros ne soient pas taxés. « Les autorités chypriotes n'ont pas accepté un tel scénario alternatif », a-t-elle déclaré par communiqué.
Outre cette potentielle fuite de capitaux, il y a également une crainte que la BCE décide de ne plus fournir de liquidités aux banques chypriotes. « Les liquidités d'urgence de la BCE ne sont disponibles que pour les banques solvables, or les banques chypriotes ne sont pas solvables tant qu'elles ne seront pas recapitalisées rapidement », a prévenu Jörg Asmussen, membre du directoire de l'Institut de Francfort. Une menace qu'avait également brandie la ministre autrichienne des Finances, Maria Fekter, plus tôt dans la journée. Selon Bloomberg, la BCE attendrait toutefois des clarifications sur le plan d'aide de l'île avant de prendre une décision.
Le président chypriote, Nicos Anastasiades, a par ailleurs convoqué son cabinet mercredi soir. Un nouvel Eurogroupe extraordinaire pourrait avoir lieu une fois une contre-proposition satisfaisante trouvée. (EL)