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Bulletin Quotidien Europe N° 10762
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Remarques non conventionnelles à propos du Royaume-Uni et de la Grèce

Les britanniques veulent rester dans l'UE à leurs conditions. La conception de David Cameron concernant la participation de son pays à l'UE est à présent claire: le Royaume-Uni entend y rester mais en choisissant lui-même les domaines et les modalités de cette participation (voir notre bulletin n° 10758). Et la justification de cette liberté de choix est astucieuse et habile: étant donné que d'autres États membres ont décidé entre eux de créer l'euro, en modifiant ainsi la nature de l'organisation à laquelle nous britanniques appartenons, nous avons le droit à notre tour de demander modifications et dérogations.

Le Premier ministre britannique a en même temps écarté l'hypothèse, formulée notamment par Jacques Delors, de sortir de l'UE et de conclure avec elle un accord de libre échange, car ceci signifierait faire partie d'un marché commun sans participer à la définition de ses règles de fonctionnement. Mark Boleat, responsable de la City Corporation, a été plus explicite: « Aspirer à devenir la Norvège ou la Suisse, ce n'est pas sérieux », en faisant valoir que 160 institutions financières européennes sont installées dans la City. Leur, rapatriement dans les pays d'origine serait désastreux: Francfort serait bien placé pour les accueillir, et les banques américaines et asiatiques auraient la tentation de se déplacer sur le Continent. Une lettre de la City publiée dans Le Monde, affirme: « la fin de l'aventure communautaire risque de saper les atouts traditionnels de la capitale britannique », et le président américain a invité le Royaume-Uni à ne pas sortir de l'UE.

Les délais réclamés par Londres sont par ailleurs très longs, avec un référendum national en 2015. En gardant entretemps le rabais arraché par Mme Thatcher dans la participation aux dépenses de l'UE.

Grèce, opération réussie mais irréaliste. L'opération Grèce a atteint son objectif: rétablir une certaine confiance dans la permanence hellénique dans la zone euro, même les sourcilleuses agences de notation donnent l'impression d'y croire. Mon opinion n'ayant aucune influence sur le déroulement des événements je me permets de l'écrire: je n'y crois pas. Je ne crois pas que la Grèce soit en mesure de respecter les engagements souscrits pour réduire son déficit comme prévu. Elle a échoué jusqu'à hier, rien n'indique que la situation ait vraiment changé ; le soutien au Parlement national se réduit et l'opinion publique rejette les sacrifices qui lui sont imposés. Et lorsqu'un document est apparu avec la liste de ceux qui ont transféré leurs capitaux en Suisse, il est resté secret: une bataille juridique est en cours pour savoir si l'on peut le rendre public ! Il est évident que les règles et les lois à cet égard doivent être respectées, mais pour nous, observateurs extérieurs, ce qui importe est de savoir si la liste est vraie ; or, elle reste secrète. En même temps, la presse locale indique que les besoins en capitaux des quatre grandes banques grecques avaient été sous-estimés, il faut ajouter quelques milliards d'euros supplémentaires. On sait en même temps que les réformes annoncées sont, pour la plupart, en retard.

Il est évident que, si l'UE a estimé opportun de prolonger le délai prévu pour le redressement des finances grecques, elle avait ses raisons, qu'on peu résumer en une phrase: la sortie rapide de la Grèce de la zone euro entraînerait des conséquences très lourdes, les nouveaux soutiens sont nécessaires même s'ils sont lourds pour les États membres qui doivent y faire face. Il faut espérer que ces raisons ne résident pas essentiellement dans les intérêts du monde de la finance, car j'estime que les taux d'intérêt pharamineux imposés pour acheter les bonds du trésor grecs se justifient exclusivement si l'on accepte les risques implicites. Si on ne les accepte pas, on appartient à la catégorie des usuriers, situés par Dante dans son Enfer.

On apprend en même temps que la zone euro vient de mettre au point de nouvelles règles pour le marché des dettes souveraines en général, dans le but d'éviter à l'avenir le risque de défauts désordonnés d'un de ses membres. Les nouvelles règles fixent un cadre de négociation entre un État en défaut et ses créanciers, dans l'hypothèse d'une restructuration de la dette. Ce système dénommé CAC (Clauses d'action collective) existe déjà à l'égard des pays émergents après les défauts du Mexique (1997) et de l'Argentine (2001).

Est-il nécessaire de rappeler une fois de plus que la sortie éventuelle de la Grèce de la zone euro ne signifierait aucunement qu'elle « sortirait de l'Europe », ainsi qu'on l'affirme trop souvent par ignorance ou mauvaise foi ? Elle resterait évidemment dans l'UE, avec tous les soutiens qui en découlent (financements budgétaires et de la BEI, pleine participation aux politiques communes et ainsi de suite). Ce qui pourrait signifier la relance économique et sociale du pays, sans les contraintes et les liens de la zone euro qui ne conviennent pas à ce pays et pèsent lourdement sur les autres États membres. ( FR)

 

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