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Bulletin Quotidien Europe N° 10683
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) commerce

Antidumping, les panneaux solaires chinois sous investigation

Chengdu, 06/09/2012 (Agence Europe) - Malgré les réticences de la chancelière allemande, Angela Merkel, la Commission lance une enquête antidumping sur les panneaux solaires importés de Chine. L'exécutif européen entend réparer, s'il s'avère réel, un préjudice de taille, puisque les exportations chinoises de panneaux solaires et de leurs composants photovoltaïques vers l'UE ont atteint 21 milliards d'euros en 2011.

Après une valse-hésitation, l'exécutif européen a finalement décidé d'ouvrir, jeudi 6 septembre, une enquête antidumping visant les importations de panneaux solaires et leurs composants essentiels (les piles et wafers solaires) en provenance de Chine, donnant ainsi suite à la plainte déposée le 25 juillet par l'association industrielle EU Pro Sun, qui regroupe une vingtaine d'industriels européens autour de l'allemand SolarWorld AG. Avec une production collective dépassant 25% de l'ensemble de la production européenne, seuil minimal nécessaire pour ouvrir une enquête, EU Pro Sun dénonce les conditions qui ont permis à ses concurrents chinois de passer d'une part de marché de 40% en 2009 à 80% en 2011 au plan mondial. Alors que le fabricant allemand de cellules photovoltaïques Q-Cells a déposé le bilan en avril dernier, les fabricants chinois se sont emparés des sept premières places mondiales du marché des modules photovoltaïques. L'industrie européenne accuse ses concurrents chinois de vendre leur technologie à un prix inférieur aux coûts. Il s'agit de la plus importante plainte antidumping reçue par la Commission à ce jour, puisque les exportations chinoises de panneaux solaires et de leurs composants essentiels en Europe ont atteint 21 milliards d'euros l'an dernier !

L'enquête examinera la production de panneaux solaires chinois comme leurs composants - les wafers solaires sont transformés en cellules, lesquelles sont ensuite assemblées en modules, certains producteurs ont une production intégrée, d'autres ne produisent que des wafers, des cellules et/ou des modules. L'enquête durera 15 mois, mais la Commission aura la possibilité, au bout de neuf mois, en l'occurrence en juin 2013, d'instituer des droits antidumping provisoires pour une période de six mois, si elle considère avoir suffisamment d'éléments de preuve démontrant le dumping. Si le dumping est avéré, l'exécutif européen proposera, au bout de quinze mois, d'instituer des droits antidumping définitifs pour une durée de cinq ans.

Plus tôt cette année, l'allemand SolarWorld AG avait obtenu gain de cause aux États-Unis, où sa filiale américaine, à la tête d'une coalition de producteurs américains de panneaux solaires, a convaincu Washington de frapper les exportations chinoises de panneaux solaires de droits antidumping. Après avoir décidé en mars d'imposer des taxes de 2,9% à 4,73% sur les importations des trois principaux fabricants chinois, Washington a décidé en mai de frapper les produits de 61 fabricants chinois de taxes comprises entre 30% et 250%.

Aussitôt après l'annonce d'une enquête antidumping par la partie européenne, la Chine a mis en garde l'UE, jeudi matin, contre les conséquences pour le secteur européen des énergies renouvelables des restrictions qui pourraient affecter ses exportations de panneaux solaires. Mais, tandis que plusieurs firmes concernées par l'investigation - Yingli Green Energy, Suntech Power Holdings, Trina Solar et Canadian Solar - ont menacé de déclencher une guerre commerciale, Beijing n'a fait aucune allusion à de possibles mesures de rétorsion, exprimant seulement ses regrets, par la voix du porte-parole du ministère chinois du Commerce, Shen Danyang. « Le 30 août dernier, lors de consultations gouvernementales, le Premier ministre, Wen Jiabao, et la chancelière allemande, Angela Merkel, sont parvenus à un consensus s'opposant à du protectionnisme pour résoudre nos frictions commerciales, incluant le cas de l'industrie photovoltaïque, au profit de dialogue et de consultations », rappelle M. Shen, laissant entendre que des mesures antidumping contre les exportations chinoises de technologie photovoltaïque pourraient affecter le développement du secteur des renouvelables dans le monde. « À l'heure actuelle, le développement et l'utilisation de l'énergie renouvelable font de plus en plus l'objet d'un consensus mondial. Tous les pays doivent renforcer leur coopération et promouvoir un recours plus étendu à l'énergie photovoltaïque dans le monde. Le ministère chinois du Commerce tient à créer les conditions pour établir des plateformes de promotion de la coopération mondiale » en la matière, ajoute-t-il.

Si la réaction chinoise semble mesurée, le prochain sommet UE/Chine, le 20 septembre à Bruxelles, s'annonce néanmoins sous haute tension, d'autant plus que plane toujours la menace d'une enquête visant les subventions de Beijing aux équipementiers chinois de télécommunications.

Les Verts saluent l'ouverture d'une enquête. « Plus de six mois après l'administration américaine, la Commission ouvre enfin une enquête ! Nous souhaitons que la concertation débouche vite sur des mesures transitoires de protection à nos frontières. Protéger l'industrie photovoltaïque et soutenir les renouvelables en Europe n'est pas seulement un enjeu climatique et énergétique majeur. Se joue ici le sort de centaines d'entreprises innovantes et de dizaines de milliers d'emplois dans l'UE », commentait jeudi le français Yannick Jadot. (EH)

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