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Bulletin Quotidien Europe N° 10683
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Dernières remarques en attendant les décisions sur les perspectives de l'euro

Au moment où débutent les réunions et autres événements dont dépendra largement l'avenir de l'euro, cette rubrique formule quelques considérations et remarques liées à la crise en cours.

L'Europe orientale s'éloigne de l'euro. Plusieurs symptômes indiquent que les pays membres de l'UE situés en Europe orientale ne poursuivent plus l'adhésion à l'euro comme un objectif ; ils se demandent plutôt s'il serait raisonnable de le faire. Pour la Pologne, il y a quelque temps cette adhésion paraissait l'ambition prioritaire ; à présent, le ministre des Affaires étrangères a indiqué que le projet est en suspens et que la situation sera réexaminée lorsque la crise actuelle de l'euro aura été surmontée. La Lituanie attend que la situation soit claire. L'adhésion de la Lettonie était prévue pour 2014, elle a indiqué qu'elle y réfléchira l'année prochaine. La Bulgarie, que les statistiques indiquent comme le pays le moins prospère de l'UE, a annoncé que le 'projet euro' est « congelé à temps indéterminé », malgré les mesures préparatoires en cours.

Deux raisons sont plus ou moins clairement indiquées par les pays en question: on ignore quels seront d'ici quelque temps les règles de l'euro et surtout on se demande combien des pays de la zone devront être financés par les États membres dans leur ensemble. Ces hésitations sont compréhensibles. Entrer avec la perspective de contribuer à financer ensuite des pays plus riches et plus puissants ne serait pas raisonnable.

Il est facile de faire de la rhétorique en exigeant que la zone euro continue à financer sans limites les pays qui ne respectent par les règles, en négligeant le coût pour les autres. Je me rappelle d'un débat au Sénat français pendant lequel Jean Arthuis, ancien ministre des Finances, avait indiqué que le déficit budgétaire de la France en 2012 avait été supérieur aux prévisions car elle avait dû emprunter 19 milliards en plus pour contribuer aux aides du Fonds européen de stabilité financière pour la Grèce et l'Irlande.

Mme Merkel indignée contre les marchés financiers. Je considère comme positifs pour la construction européenne les efforts de Mme Merkel (et d'autres personnalités) afin que les conditions et les règles des financements aux pays de la zone euro qui en ont besoin soient précisées et renforcées. Ceci d'autant plus après les déclarations fermes et explicites de la même chancelière allemande contre les marchés financiers qui ne sont d'aucune manière au service des peuples: au contraire, « au cours des cinq dernières années ils ont consenti à un nombre limité de personnes de s'enrichir au détriment de la majorité des citoyens (…) Il ne faut pas permettre que les marchés financiers puissent détruire le fruit du travail des gens ».

Très bien, d'autant plus que l'indignation contre les abus du monde de la finance commence à se faire entendre même à Londres, même si la City demeure le centre de la spéculation qui s'efforce de détruire l'euro.

L'exigence. Il est évident que c'est la crainte de la disparition de l'euro qui dicte le comportement des opérateurs: si l'euro éclate, les bons du trésor actuels seront remboursés en monnaies nationales. Il est dès lors logique que les marchés rechignent à acheter les bons des pays dont la monnaie nationale rétablie serait très faible et achètent même à perte les bons des pays dont la monnaie nationale est solide.

Cette situation explique l'exigence, pour la zone euro, de garantir par tous les moyens la persistance de la monnaie commune et de déployer tous ses efforts pour aider les pays en difficulté (à l'exception de la Grèce, qui n'est pas en mesure de respecter ses engagements, même en prolongeant les délais).

Encourageant. Un élément encouragent vers le redressement réside dans l'intention du gouvernement belge de rétablir la séparation entre les banques de dépôt et les banques d'affaires. La Belgique (et elle n'est pas la seule) reviendrait à la situation qui existait jusqu'aux années quatre-vingt, c'est-à-dire la période où la séparation fut graduellement éliminée et où les banques de dépôt se lancèrent dans des activités financières à haut rendement, qui vont toujours de pair avec un risque élevé. Le monde bancaire oppose évidemment un grand nombre d'objections, dans le but d'empêcher la séparation.

Or, Paul De Grauwe, professeur à la London School of Economics, vient de publier (notamment dans Le Soir de Bruxelles) la démonstration que les objections sont fausses: elles ne constituent qu'une autodéfense des banques qui ont intérêt à prolonger la situation actuelle et qui ont lancé ce qu'il qualifie de
« campagne de désinformation ». Il prouve que tous leurs arguments sont faux: en fait, la situation actuelle privatise les profits, tandis que les pertes deviennent publiques. Cette rubrique reviendra en détail sur les arguments de M. De Grauwe, qui démolissent la mystification en cours. (FR)

 

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