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Bulletin Quotidien Europe N° 10651
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Espoir, incertitudes et difficultés dans les relations entre l'UE et les pays tiers méditerranéens - Égypte, un cas particulier

L'UE n'a pas de leçon à donner, mais… L'UE n'a pas de leçons à donner aux pays tiers méditerranéens, ni à distribuer compliments ou critiques. Certes, ces pays sont tellement liés à l'Europe par l'histoire, la géographie, les traditions et le passé commun, que leurs évolutions sont suivies avec un intérêt particulier. Mais ce n'est pas à l'UE de les juger. Les élections chez eux se déroulent en général de manière correcte (cette rubrique reviendra sur celles qui viennent d'avoir lieu en Libye) et les résultats doivent être acceptés, même si parfois on les souhaiterait un peu différents et surtout plus favorables à la cause des femmes.

Il est toutefois évident que les évolutions outre-mer influencent les relations réciproques. Le projet irréaliste, rhétorique et mal conçu de zone de libre-échange euro-méditerranéenne a disparu, à mon avis pour toujours, car il présuppose d'abord l'ouverture des frontières entre pays de la rive sud, alors qu'ils ont plutôt tendance à s'éloigner. Il existe et il existera des projets communs ponctuels ; mais il vaut mieux oublier une union véritable qui englobe tous les pays de cette zone ; les quelques députés de Strasbourg qui continuent à l'évoquer font de la démagogie.

Chacun sa voie. Chaque pays de la rive sud s'efforce de développer ses relations bilatérales avec l'UE en suivant des directions radicalement différentes ; la Tunisie n'est pas l'Égypte, l'Algérie n'est pas le Maroc. Les dirigeants des pays tiers méditerranéens négocient séparément avec l'UE, chacun avec leurs objectifs. Le Maroc aspire à un « statut de quasi-adhésion à l'UE », dans le sens de « pouvoir accéder et participer à l'espace économique européen » en partant d'un « accord de libre-échange approfondi et global » (voir notre bulletin n° 10618). Dans le sens opposé, l'Égypte semble donner de moins en moins d'importance à ce qui subsiste de l'Union pour la Méditerranée (UpM); elle avait refusé que des observateurs européens assistent à ses élections présidentielles et depuis mars dernier elle avait laissé vacante sa place de coprésidente de l'UpM. En définitive, Catherine Ashton étant la présidente du côté européen, la coprésidence de l'autre côté a été acceptée par la Jordanie, qui ne fait pas partie de cette rive sud sur laquelle se concentrent attention et efforts qui, je le répète, ne sont absolument pas globaux et uniformes, mais spécifiques à chaque pays.

L'Égypte s'éloigne. Regardons de près le cas particulier de l'Égypte. Les médias européens ont envoyé sur place une nuée de reporters qui ont très bien décrit l'étrange situation: les organisations musulmanes qui gagnent les élections, les institutions qui interviennent avec des initiatives à première vue étranges, les forces armées qui acceptent en principe le résultat du vote, mais gardent la maîtrise du pouvoir réel. La lacune de ces reportages sur place est qu'ils ignorent le substrat des évolutions qu'ils décrivent, c'est-à-dire que les forces armées sont très largement financées par les États-Unis et que cet argent est subordonné au respect des accords de Camp David avec Israël. Si l'Égypte rompt ces accords, la subvention américaine disparaît. La secrétaire d'État, Hillary Clinton, sera en Égypte ce 14 juillet et en Israël les 16 et 17 pour y voir clair et sans doute pour rappeler les conditions de l'aide américaine…

En même temps, Israël se prépare aux évolutions, en cours ou éventuelles, en diversifiant les sources de son approvisionnement énergétique (compte tenu des découvertes dans la mer Méditerranée, autour de Chypre) et en renforçant sa protection dans la zone du Sinaï. En Égypte même, selon les observateurs, la transformation d'Alexandrie est devenue totale. L'ancienne splendeur cosmopolite n'est plus qu'un souvenir: les anciennes communautés grecque, russe, italienne, juive, anglaise et française ont disparu ; les Coptes (qui se considèrent comme les descendants de l'Égypte des pyramides) sont en train d'en faire autant. D'ailleurs, Lawrence Durrel avait déjà écrit il y a 60 ans qu'Alexandrie était une ville « à raconter au passé ». Il est logique que sa population d'aujourd'hui ait tous les droits ; c'est elle qui vote et choisit son présent et son avenir.

La situation politique évolue. L'Iran avait rompu les relations diplomatiques avec l'Égypte à la suite des accords de Camp David il y a plus de 30 ans ; à présent, son président a félicité son homologue égyptien Mohamed Morsi et l'a invité à la Conférence des pays non alignés, annoncée pour le 29 août à Téhéran.

Et les autres choix ? L'Égypte va choisir sa voie et son avenir. Tout indique que, pour l'essentiel, ni l'un ni l'autre ne se développeront dans le cadre de l'Union pour la Méditerranée (dont Israël est membre).

Cette rubrique reviendra demain sur la situation et les perspectives des relations entre l'UE et les autres pays du Sud de la Méditerranée qui aspirent à approfondir leurs relations avec l'Europe.

(FR)

 

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