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Bulletin Quotidien Europe N° 10641
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Éviter que le problème grec puisse démolir les résultats du Conseil européen

Engagements non respectés. Je me sens bien seul en continuant à écrire que la Grèce devra dans les prochains mois quitter la zone euro. La mode va dans le sens de croire, ou faire semblant de croire, qu'elle est en mesure d'en respecter les règles. Certes, les institutions communautaires sont tenues, dans les déclarations officielles, de faire confiance à la Grèce, en ajoutant qu'elle doit respecter ses engagements. Or, tout ce qu'on apprend de sources fiables prouve que la Grèce n'est pas et ne sera pas en mesure de respecter les conditions qu'elle avait souscrites pour rester dans l'euro. Aucune des réformes prévues n'a été réalisée et celles décidées ne fonctionnent pas ; les dernières analyses indiquent plutôt une aggravation de la situation. Aucun aspect du programme de redressement convenu avec l'UE n'a été réalisé ; les recettes fiscales des cinq premiers mois de l'année ont été largement inférieures aux prévisions.

Le nouveau plan indicatif transmis à Bruxelles à la fin de la semaine dernière a suscité bien des perplexités. La Grèce demanderait de retarder sensiblement les mesures d'austérité, de reporter les coupures de 11,7 milliards d'euros dans les dépenses publiques, de retarder de deux ans (2016 au lieu de 2014) les délais prévus pour respecter les objectifs budgétaires. Les mesures d'austérité seraient en pratique supprimées ou retardées. Un document interne grec indique en effet: pas d'augmentation d'impôts, pas de réductions supplémentaires de salaires et de pensions, blocage des licenciements dans la fonction publique, réduction de la TVA pour les restaurants et les produits agricoles. La Commission européenne s'est limitée à indiquer qu'elle doit d'abord évaluer ce qui a été réalisé, avant de s'exprimer sur l'avenir.

On verra après le Sommet. Comment éviter que cette situation mette en péril les résultats du Conseil européen de jeudi et vendredi ? En déplaçant radicalement le dossier grec à plus tard. La Troïka (Commission européenne, FMI, BCE), qui aurait dû être à Athènes ces lundi et mardi, a renvoyé sa visite à début juillet. Le Premier ministre Antonis Samaras et le ministre des Finances Vassilis Rapanos ne participeront pas au Sommet pour raisons de santé.

La démagogie est inefficace. Face à la situation décrite, l'UE en général et les pays de l'euro en particulier doivent aider la Grèce de toutes les manières possibles ; mais la voie consistant à la garder coûte que coûte dans la zone euro est rhétorique, inefficace et ruineuse pour la monnaie unique. Les parlementaires européens qui se croient généreux et d'avant-garde parce qu'ils crient haut et fort que la Grèce doit rester dans la zone euro à tout prix ne font à mon avis que de la démagogie. Cette attitude aurait pour résultat de: ruiner la zone euro en aggravant la contagion à d'autres pays ; céder une fois de plus à la spéculation financière et aux places qui la gèrent (avec la City de Londres en tête) ; augmenter radicalement les risques d'échec du Conseil européen des 28 et 29 juin. S'y ajoutent d'autres effets que je qualifierais de psychologiques: quelle serait la réaction du Portugal ou de l'Irlande, qui sont en train de rembourser les financements analogues obtenus ? Certes, la Grèce pourrait encore obtenir quelques améliorations au mémorandum actuel, à propos des taux d'intérêt ou du rééchelonnement de sa dette ; mais de telles concessions ne lui permettraient d'aucune manière de faire face aux engagements souscrits.

Positif pour la Grèce. Le vrai nœud à démêler réside dans la préparation du default grec et du rétablissement de la drachme: quelques mois sont nécessaires. L'opération est compliquée, ce qui explique l'attitude du président de l'Eurogroupe, M. Juncker, qui continue à démentir la possibilité que la Grèce sorte de l'euro. En fait, les travaux préparatoires sont partout en cours et les intéressés le reconnaissent.

Contrairement aux apparences et à la démagogie galopante, la sortie de la Grèce de la zone euro serait positive pour la Grèce elle-même. Elle resterait bien entendu dans l'UE (je le répète à chaque occasion car on continue à écrire, mensonge éhonté, que l'on veut exclure la Grèce de l'Union) et elle bénéficierait à ce titre de soutiens européens d'envergure, destinés à des projets prometteurs qui déjà existent ou sont en préparation. En outre, la Grèce nouvelle pourrait se libérer de la partie corrompue et inefficace de sa classe politique, combattre enfin la fraude et l'évasion fiscales, mieux utiliser ses ressources (naturelles et autres). La Grèce nouvelle serait beaucoup plus efficace et utiliserait beaucoup mieux ses atouts.

Premier résultat, le Conseil européen ne sera pas empoisonné par ce dossier pourri et pourra obtenir en partie les résultats qu'il poursuit ; cette rubrique y reviendra demain.

(FR)

 

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