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Bulletin Quotidien Europe N° 10604
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SOCIAL / (ae) social

Coût de la main-d'œuvre versus compétitivité

Bruxelles, 27/04/2012 (Agence Europe) - Les différences de coûts de main-d'œuvre parmi les Vingt-sept sont toujours aussi considérables. Ils varient, selon les dernières estimations de l'Office statistique de l'UE (Eurostat), de 3,5 euros à 39,3 euros (coûts horaires, indice ICM). Sont-elles pour autant le reflet du niveau de compétitivité des travailleurs et, par ricochet, des industries européennes ?

En 2011, les coûts horaires de la main-d'œuvre, lesquels incluent les salaires et les coûts liés aux cotisations sociales à la charge des employeurs, ont été les plus élevés en Belgique (39,3 euros par heure), en Suède (39,1) et au Danemark (38,2). Dans le bas du classement, on trouve la Lituanie (5,5), la Roumanie (4,2) et la Bulgarie (3,5). Même si cette image est imparfaite, l'UE se divise principalement en deux espaces, l'Est et l'Ouest. La moyenne pour l'UE s'établit à 23,1 euros, légèrement inférieure à celle de la zone euro (27,6).

Ces chiffres bruts n'indiquent cependant pas le niveau de productivité, un ingrédient essentiel de la compétitivité des travailleurs. Et la compétitivité est justement un des objectifs centraux des réformes entamées pour améliorer la gouvernance économique européenne et stimuler l'activité économique dans les États membres. « Les défis immédiats auxquels nous sommes confrontés sont dus au problème de viabilité des finances publiques, à l'instabilité financière et à un manque global de compétitivité », a encore rappelé le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, lundi 23 avril à l'Université de Copenhague.

Ainsi, les indices relatifs à la productivité montrent une hiérarchie des pays qui s'inverse par rapport à celle déterminée par les seuls coûts de la main-d'œuvre. Si la Belgique est le pays le plus 'cher' pour les employeurs, le travailleur belge est toutefois le plus productif, selon une comparaison européenne de PricewaterhouseCoopers (PwC), publiée fin mars. La comparaison est réalisée d'abord en termes de chiffre d'affaires par équivalent temps plein (ETP). « Avec une médiane de 239 000 euros de chiffre d'affaires par ETP, la Belgique domine le classement des pays les plus productifs, suivie par la Suisse (230 000) et l'Irlande (224 000) », a dit Peter De Bley, de HR Consulting en Belgique. Parallèlement, les pays qui ferment la marche sont ceux dont le coût de la main-d'œuvre est le plus bas, la valeur médiane (133 000 euros par ETP) étant atteinte dans les pays de l'Europe centrale et orientale.

Pour déterminer la compétitivité de la main-d'œuvre, il convient de conjuguer les deux classements, tout en y ajoutant d'autres coûts auxiliaires (infrastructure, production, énergie). Dans ce cas, la forte productivité des travailleurs de l'Europe occidentale compense les coûts élevés de la main-d'œuvre, mais seulement partiellement. Car, pour reprendre l'exemple de la Belgique, en termes de bénéfices par ETP, le royaume descend à la 8ème place, alors que la Bulgarie s'affiche en tête du classement.

La compétitivité d'un secteur ou d'un pays se réduit-elle pour autant au seul facteur du retour d'investissement sur le travailleur ? Pour Michel Leis, auteur de 'Crises économiques et régulations collectives' (Ed. du Cygne), « la compétitivité d'une entreprise ne peut se résumer au coût des facteurs de production et à la productivité de l'outil. Elle dépend aussi des caractéristiques du marché, du positionnement du produit et des attentes de profits », a-t-il écrit dans un article publié dans La Libre Belgique, dimanche 15 avril. C'est seulement à travers une harmonisation fiscale et par « l'alignement social par le haut des anciens pays de l'Est » que l'industrie européenne pourrait subsister, estime-t-il, convaincu que les mesures d'austérité et « les efforts demandés aux salariés » ne vont pas la sauver. D'autant plus que les baisses de rémunération ont des conséquences notables sur la demande, comme le souligne le dernier paquet 'Emploi' que la Commission européenne a récemment mis en avant (EUROPE nº 10597).

L'émergence du secteur tertiaire bouscule encore plus ces comparaisons. Les investissements initiaux ne sont plus aussi conséquents, comme pour les outils de production. Déjà, dans l'industrie européenne, la part du salaire ne représente qu'entre 10 et 25% du coût total de production et l'importance de la haute valeur ajoutée technologique est un critère de plus en plus déterminant pour se maintenir dans un marché plus que jamais mondial. C'est dans ce contexte que l'Union européenne mise aujourd'hui, à travers sa stratégie EUROPE 2020, sur une 'Union pour l'innovation'. Elle met ainsi en exergue l'un des ingrédients clés pour favoriser la compétitivité des États membres, à savoir l'accroissement des investissements en matière de recherche et développement et non par une course aux plus bas salaires. (JK)

 

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