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Bulletin Quotidien Europe N° 10577
Sommaire Publication complète Par article 35 / 35
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 950

*** Futuribles. Futuribles Sarl (47 rue de Babylone, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 53633770 - fax: 42226554 - Courriel: revue@futuribles.com - Internet: http://www.futuribles.com ). Mars 2012, n° 383, 192 p., 19 €. Abonnement annuel: 115 € (France), 120 € (étranger). ISBN 978-2-84387-396-6.

Ce numéro de la revue mensuelle créée en 1974 par Hugues de Jouvenel pour comprendre les grands enjeux du monde contemporain et ses évolutions possibles est tout simplement remarquable en ce qu'il étudie de manière approfondie, à charge et à décharge, l'une des plus grandes controverses du temps présent: que faut-il penser des organismes génétiquement modifiés (OGM) et, plus précisément encore, des plantes et viandes génétiquement modifiées qui risquent un jour de se retrouver dans notre assiette ? Le sujet divise. En Europe, contrairement aux États-Unis, il divise moins la société que la communauté scientifique. La revue en atteste, elle qui donne la parole à des scientifiques des deux bords, à savoir, résume Hugues de Jouvenel dans son éditorial, à « ceux qui fondent tous leurs espoirs dans le progrès des sciences et des techniques, et ceux qui, au contraire, s'inquiètent de voir des chercheurs jouer aux apprentis sorciers et nous entraîner vers la catastrophe ». La confrontation de leurs arguments respectifs, formulés de manière très compréhensible, est de nature à aider le lecteur à se forger sa propre opinion, quelle qu'elle soit en définitive, mais en tout cas sur la base d'éléments fiables et non point de fantasmes. C'est d'autant plus vrai que le « Dossier » s'ouvre sur une explication didactique de ce que sont les OGM, de l'état de la recherche à leur propos, des secteurs qu'ils concernent, des risques qu'ils présente(raie)nt pour l'environnement et la santé humaine ou animale, des questions que soulève aussi la concentration de la recherche en la matière entre les mains d'une poignée d'entreprises…

Une fois ce décor planté, la parole est dans un premier temps donnée à des scientifiques pour qui les biotechnologies sont, d'une certaine manière, l'avenir de l'Homme. C'est le cas d'un ancien analyste politique de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), David B. Sawaya, pour qui, « à l'horizon 2030, sinon 2015 pour les espèces les plus cultivées, rares seront les plantes destinées à une culture commerciale qui n'auront pas fait l'objet d'une intervention biotechnologique ». Membre de l'Académie des technologies, Pierre Feillet abonde dans son sens, prévoyant que les biologistes continueront à optimiser et diversifier le patrimoine génétique des OGM « en vue d'améliorer les conditions d'alimentation de l'humanité à long terme et de convaincre les populations encore réticentes (dont les Français) de leur intérêt ». Dans le même esprit, le biologiste Marcel Kuntz (CNRS) et Agnès Ricroch (AgroParisTech et CNRS) soulignent que la transgenèse est indispensable pour relever les défis agricoles et alimentaires auxquels la planète sera bientôt confrontée, sans compter qu'elle sera également précieuse dans les domaines industriel (agrocarburants) et pharmaceutique. A l'inverse, d'autres scientifiques - « tout aussi respectables », précise l'éditorialiste - sont nettement plus réservés quant aux bienfaits présumés des OGM. C'est le cas notamment du biologiste Jacques Testart et de l'agronome Frédéric Prat qui en appellent à une plus grande prudence dans les manipulations du vivant. Considérant que « la charrue de l'innovation » est placée « avant les bœufs de la connaissance », ils lancent en substance cet avertissement: « en manipulant les gènes, en favorisant les mutations génétiques sans contrôler les risques de dissémination ou de franchissement des barrières entre espèces (végétales comme animales), certains jouent les apprentis sorciers et s'abritent derrière des arguments (pseudo ?) scientifiques qui pourraient bien, à plus long terme, ne pas aller dans le sens du progrès ». Chercheur à l'Institut national de la recherche agronomique, Pierre-Benoît Joly s'intéresse, quant à la lui, à la rupture qu'a constitué le passage à un « régime d'innovation moléculaire, privé et mondialisé » qui a été favorisé par l'autorisation de breveter la matière vivante et par l'apparition subséquente d'un oligopole biotech dont, précise Hughes de Jouvenel, « Monsanto est un parfait exemple ». Voilà qui, selon le chercheur, engendre une crise de légitimité, celle-ci ayant incité les grands groupes à faire de l'entrisme dans les institutions politiques afin d'imposer leur vision du monde et de s'imposer comme les acteurs incontournables du développement durable en agriculture.

Une dernière contribution devrait tout particulièrement intéresser les lecteurs de la Bibliothèque européenne puisqu'elle voit Bernard Chevassus-au-Louis, Inspecteur général de l'Agriculture et membre de l'Académie française des technologies, explorer les causes du « divorce transatlantique » quant à la perception et à l'utilisation des OGM. Les larges réticences européennes à leur égard s'expliquent, à son avis, par les crises sanitaires qui ont frappé l'Union dans les années 90, de la « vache folle » à la présence de dioxine dans les viandes en passant par la contamination des produits laitiers par la listeria, en ce qu'elles ont « fortement ébranlé le mythe du risque zéro, c'est-à-dire la confiance des citoyens dans la fiabilité des systèmes alimentaires modernes, ainsi que dans la capacité des pouvoirs publics tant à évaluer correctement les risques qu'à contrôler efficacement les différents opérateurs ». Ce qui renvoie, in fine, au constat de Hughes de Jouvenel que la question majeure qui est posée est « celle du débat entre les scientifiques eux-mêmes, mais aussi entre les détenteurs de savoirs experts et de savoirs profanes, donc fondamentalement au problème de l'évaluation des choix scientifiques et techniques qui, à l'évidence, renvoie à des choix qui sont aussi de nature éthique et philosophique ».

Michel Theys

*** ALBERT LEDENT, PHILIPPE BURNY: La politique agricole commune des origines au 3e millénaire. Les presses agronomiques de Gembloux (2, passage des Déportés, B-5030 Gembloux. Tél./fax: (32-81) 622242 - Courriel: pressesagro@sagx.ac.be - Internet: http://www.pressesagro.be ). 2002, 600 p., 33 €. ISBN 2-87016-066-6.

A juste titre, certains lecteurs de la Bibliothèque européenne pourraient s'étonner que celle-ci rende compte d'un titre paru voici pas moins de… douze ans. Pourtant, le choix d'y faire référence est délibéré, ce pour une double raison. D'abord, parce qu'il existe peu d'ouvrages qui présentent la politique agricole commune de manière aussi exhaustive, détaillée et précise que celui-ci. Ensuite, parce qu'une nouvelle édition du livre, évidemment enrichie pour tenir compte des évolutions intervenues dans les années 2000 et des aménagements qui se préparent actuellement, est aujourd'hui en préparation, sa sortie étant attendue sauf accident dans le courant de l'année. Dans la version initiale, Albert Ledent, recteur honoraire de la Faculté des Sciences agronomiques, et l'un de ses anciens élèves s'arrêtaient aux réformes de la politique agricole commune initiées dans le cadre de l'Agenda 2000 et rendue nécessaires, entre autres, par un niveau des prix trop élevé, une image publique dégradée, certains effets négatifs, par la perspective de nouvelles négociations commerciales multilatérales à l'Organisation mondiale du commerce et par celle de l'élargissement aux pays d'Europe centrale et orientale. Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts et dans les champs, d'où l'intérêt de voir les auteurs remettre l'ouvrage sur le métier afin d'offrir une image actualisée de la première des politiques communes, d'en décrypter les réglementations successives, secteur par secteur, depuis les origines et, par-là, d'en présenter tant les succès que les échecs. (MT)

*** BRITTA AMMERMÜLLER: Assessing Cost Recovery. A New Comparative Framework in line with WFD Article 9. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Kommunalwirtschaftliche Forschung und Praxis », n° 21. 2011, 376 p., 60,60 €. ISBN 978-3-631-61371-9.

L'eau n'est pas un produit commercial comme les autres, mais plutôt, ainsi que la Commission l'a reconnu, « un héritage qui doit être protégé, défendu ». Prolongement d'une thèse de doctorat soutenue à l'Université de Leipzig, cet ouvrage est une invitation à vérifier scientifiquement si la directive-cadre sur l'eau dont l'Union européenne s'est dotée le 23 octobre 2000 est un instrument qui est parvenu à concilier aspects économiques et préoccupations environnementales sans que ces dernières ne soient perverties et altérées. De manière plus précise, l'article 9 de cette directive exige qu'il soit tenu compte du principe de recouvrement des coûts pour les services liés à l'eau, y compris les coûts environnementaux et ceux liés à la préservation des ressources, et que l'usage de l'eau fasse l'objet d'une contribution financière adéquate - en tout cas de la part de l'industrie, des ménages et de l'agriculture -, conformément au principe du pollueur-payeur. C'est à le vérifier sur une base comparative, par-delà les méthodologies qui diffèrent entre les États membres, que Britta Ammermüller a consacré son travail, elle qui développe un cadre afin d'analyser si les différents schémas de financement sont pleinement respectueux de l'article 9 de la directive-cadre à partir d'études de cas menées sur la consommation des ménages dans les régions allemandes d'Emscher et Berlin, ainsi que sur celle des exploitations agricoles d'Emilie-Romagne, en Italie. (PBo)

*** PIERRE RADANNE (sous la dir. de): Un avenir durable pour les transports - Now ! Éditions Etopia (Centre d'animation et de recherche en écologie politique, Espace Kegeljan, 52 av. de Marlagne, B-5000 Namur. Tél.: (32-81) 225848 - fax: 231847 - Courriel: info@etopia.be - Internet: http://www.etopia.be ). Collection "Etopia - Revue d'écologie politique", hors-série. 2011, 157 p.. ISBN 978-2-930558-05-9.

Afin d'offrir une « contribution critique mais constructive » aux débats entourant la dernier « Livre blanc » de la Commission sur l'avenir des transports en Europe, le Groupe des Verts et de l'Alliance libre européenne a chargé Pierre Radanne, spécialiste du domaine de la lutte contre les changements climatiques, d'animer une petite équipe de chercheurs en vue de situer correctement toutes les données du problème. Dans le rapport qui constitue le corps de cet ouvrage, les visées, acquis et limites des précédents « Livres blancs » sur les transports sont ainsi analysés, avant que ne soient cernés les défis à relever - l'évolution des prix des carburants, le facteur aggravant que constitue un contexte de crise économique et de mutation sociale, la nécessité de lutter contre le changement climatique - et que ne soient présentés les objectifs qui garantiront une politique de transport véritablement durable (notamment la réduction de 75% des émissions de l'Union et des priorités différenciées pour les transports de personnes et de marchandises), les instruments à mobiliser étant enfin passés en revue. Des conclusions politiques sont tirées par Isabelle Durant, vice-présidente du Parlement européen et membre de la commission des transports, qui regrette, dans un premier temps, que la Commission n'assure pas, avec son dernier « Livre blanc », que les idées prometteuses soulevées dans sa Communication de juin 2009 seront concrétisées in fine. Et la parlementaire d'observer que la Commission Barroso y reconnaît implicitement elle-même ne guère croire « en la possibilité de mettre en œuvre à relativement brève échéance les principes de l'utilisateur-payeur et du pollueur-payeur » lorsqu'elle « prétend répondre à la congestion des aéroports et des routes et autoroutes essentiellement par le développement de nouvelles infrastructures ». Mme Durant invite aussi la Commission à cesser de « considérer la concurrence sur l'ensemble des marchés de transport comme une sorte d'idéal absolu, de saint graal de la politique des transports ». Il est à noter qu'une version anglaise de cette publication est disponible sur le site de la Green European Foundation (http://www.gef.eu/publication/news/a-sustainable-future-for-transport-now ). (MT)

*** GERARD VOISIN: La libéralisation du transport ferroviaire en Europe: une nécessaire mais complexe régulation. Commission des Affaires européennes de l'Assemblée nationale (Boutique de l'Assemblée nationale, 7 rue Aristide Briand, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 40630033 - Internet: http://www.assemblee-nationale.fr ). Collection "Rapports d'information", n° 3204. 2011, 207 p., 6,50 €. ISBN 978-2-11-132360-5.

Spécialiste du domaine des transports, le député français Gérard Voisin fait le point, dans ce Rapport d'information, sur l'ouverture à la concurrence du système ferroviaire des pays de l'Union par le biais, depuis 2001, de trois « paquets ferroviaires ». Alors que la Commission juge que la mise en œuvre concrète de cette ouverture reste insatisfaisante, l'auteur explique les difficultés que rencontrent les pays dans le domaine des réseaux ferrés qui, à la différence du ciel, de la route ou de la mer, comportent une limite physique de capacité. A ses yeux, il est aujourd'hui trop tôt pour mesurer les apports bénéfiques de l'ouverture à la concurrence qui, précise-t-il, concernera peu la grande vitesse mais pourrait, si la question sociale est harmonieusement réglée, avoir des conséquences significatives pour le transport régional. Il constate enfin l'échec, à ce stade, de la libéralisation du fret ferroviaire en France, situation qui contraste avec celle prévalant en Allemagne. (MT)

*** PHILIPPE HAMMAN, CHRISTINE BLANC, CECILE FRANK: La négociation dans les projets urbains de tramway. Éléments pour une sociologie de la « ville durable ». Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 -Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Ecopolis », n° 14. 2011, 246 p., 33,50 €. ISBN 978-90-5201-761-7.

Qu'est-ce qu'une « ville durable » ? Comment se construit-elle collectivement ? Alors que le thème de la « participation citoyenne » fait aujourd'hui florès, quelle part concrète prennent les habitants à la fabrique de la ville et au tissage de ses urbanités ? Quels acteurs et institutions se trouvent en interaction, voire en conflit ? Pour répondre à ces questions, les auteurs de cet ouvrage analysent la manière dont ont été négociés les projets de tramways dans les villes françaises de Strasbourg et Montpellier, tant il est vrai, expliquent-ils, que les transports et les mobilités urbaines voient les acteurs/décideurs être sollicités dans une double contribution d'attaches au quartier et de circulations dans l'aire urbaine. Il ressort de cette recherche sociologique mâtinée d'urbanisme et de science politique que de tels « grands projets » suscitent une articulation variable entre les piliers économique, environnemental et social du développement durable et ne vont pas sans susciter des résistances. En clair, il n'y a pas de modèle unique de mobilité durable. (MT)

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